Carrefour des lecteurs

Des scientifiques vous expliquent

OPINION / Ce texte est signé par Catherine Laprise, professeure en sciences fondamentales de l'UQAC et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en environnement et génétique des troubles respiratoires et de l'allergie à l'UQAC, avec la collaboration de Caroline Duchaine, professeure au département de biochimie, microbiologie et bio-informatique de l'Université Laval. 

Ce texte vise à partager les faits scientifiques documentés concernant le coronavirus.

Terminologie

• Virus — Particule infectieuse (ADN ou ARN) enfermée dans une coque. Le virus a besoin d’un hôte pour se reproduire. Il infecte une cellule et détourne sa machinerie à son avantage pour se propager.

• Coronavirus — Famille de virus qui causent des infections allant d’un simple rhume à des infections respiratoires importantes comme des pneumonies. L’épidémie de SRAS en 2002 était aussi causée par un coronavirus.

• COVID-19 —Nom donné à la maladie par l’OMS. CO pour corona ; VI pour virus ; D pour disease (maladie) et 19 pour l’année d’apparition.

• SRAS-CoV-2 —Coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère. Virus à ARN.

Origine du SRAS-CoV-2

Par comparaison du code génétique du SRAS-CoV-2 à celui d’autres virus, les chercheurs ont conclu que l’origine de la COVID-19 s’expliquerait par le transfert humain-petit mammifère. Par comparaison du virus humain à ceux de la même famille retrouvés chez la chauve-souris et le pangolin, ils ont déterminé que le virus proviendrait de la chauve-souris et qu’il aurait été transmis d’abord au pangolin (hôte intermédiaire) où il aurait subi des transformations. Comme le pangolin est consommé dans le sud de la Chine, le virus aurait été transmis à l’humain soit dans une forme non pathogène et aurait muté pour devenir pathogène ou transmis directement à l’humain dans la forme pathogène.

Ces modèles invalident l’idée que ce virus ait été fabriqué en laboratoire pour des fins de bioterrorisme.

Symptômes de la COVID-19

Chez l’adulte, la fièvre et une toux sèche sont les principaux symptômes. Des difficultés respiratoires sont souvent présentes. Comme les symptômes s’apparentent à un rhume, il n’est pas évident de conclure à la COVID-19 sans un test diagnostic. Ce test se fait à partir de cellules nasales prélevées à l’aide d’un écouvillon. L’échantillon sera envoyé en laboratoire pour la détection du virus. Les tests sont réalisés selon un protocole établi.

Le premier bilan de Chine rapporte que 80 % des cas avaient une forme bénigne, que 14 % avaient une forme sévère (avec pneumonie) et que 5 % étaient critiques. De plus, 1,2 % des personnes sont asymptomatiques (sans symptômes), mais pourraient propager la maladie. Enfin, 2,3 % sont décédés de la COVID-19. Selon ce bilan, les individus à risque pour les formes sévères sont âgés de 70 ans et plus, atteints de maladies cardiovasculaires, de diabète, de maladies respiratoires, d’hypertension artérielle et de cancer. Enfin, les hommes et les femmes seraient égaux face à la COVID-19 !

Les enfants représentent 2 % des cas. Ils ont surtout une forme légère. Aucun décès n’est rapporté chez les moins de neuf ans. Une réplication virale plus faible, une protection causée par l’exposition à plusieurs virus dans les garderies, ou encore l’atteinte davantage intestinale permettant d’éviter l’infection pulmonaire pourraient expliquer la différence avec les adultes. Un article rapporte la présence du virus dans des frottis rectaux d’enfants testés négativement dans les voies nasales. Ceci suggère que la transmission pourrait se faire par voie fécale-orale comme pour l’influenza.

Mode de transmission du SRAS-CoV-2

La rapidité de transmission a vite proposé un transfert humain-humain. Ainsi, si rien n’est fait comme mesure préventive, une personne peut transmettre la COVID-19 à 2,5 autres par jour (RO). Le virus est transmis par les éternuements et la toux. Lors de ces évènements, les gouttelettes pourraient s’évaporer et former des aérosols. Selon une étude, le SRAS-CoV-2 survit 3 heures dans les aérosols et 3 jours sur les surfaces propres et sèches. Le virus peut donc entrer dans les poumons par la respiration de particules ou par contact d’une personne atteinte, ce qui souligne l’importance de respecter la distance physique. Mais puisque la transmission se fait surtout par les surfaces contaminées, le lavage fréquent des mains et des surfaces à l’aide de savon et d’eau est essentiel.

Pourquoi une quarantaine de 14 jours ?

Les symptômes peuvent prendre jusqu’à 14 jours après l’exposition avant de se manifester. Durant cette période, il n’est pas impossible de transmettre le virus. Ainsi, si vous avez voyagé, si vous avez des symptômes qui s’apparentent au rhume, redoublez de prudence afin de protéger les autres.

Traitements

Il n’existe présentement aucun traitement contre le SRAS-CoV-2. De nombreuses équipes de chercheurs sont à l’œuvre pour trouver un antiviral ou développer un vaccin. Un médicament anti-Ebola pourrait être prometteur puisque les deux virus sont similaires. D’autres antiviraux comme des inhibiteurs de protéases et des interférons sont dans la mire des chercheurs. Le criblage de produits pharmaceutiques est fait et les molécules prometteuses sont présentement étudiées.

L’autre alternative est le développement d’un vaccin. Il existe plusieurs types de vaccins dont les inactivés ou les vivants atténués. L’objectif étant le même, soit injecter une « copie » du virus non pathogène pour éduquer notre système immunitaire à combattre le virus lors d’une exposition subséquente. Certains laboratoires qui travaillaient déjà sur le développement de vaccins inactivés pour d’autres virus apparentés au SRAS-CoV-2 se concentrent à cette tâche.

Aplatir la courbe : ça veut dire quoi ?

Lors de la prise en charge des patients gravement atteints, des soins intensifs et l’assistance respiratoire sont parfois nécessaires. En suivant les consignes, il sera possible de ralentir la progression de l’épidémie et de faire en sorte que les patients très malades seront mieux répartis dans le temps évitant des débordements des hôpitaux.