Des phares de notre chanson !

OPINION / (De Félix à Desjardins, ces voix pionnières )

Leclerc, premier printemps d’une portée musicale

Grandeur nommée, trouvère d’une langue chantée

Bâtisseur d’îles sous les envolées d’outardes fières

Dans sa guitare, un souffle de génie battait la mesure.

Vigneault, droit dans les hivers de grande solitude

Chêne vivace où scintillent les feuilles de la vaillance

Or du temps qui passe, chant du poème de nos jours

Voix qui s’élève dans les éléments d’un vaste territoire.

Lévesque, si humble dans la complexité des choses

Porteur d’un hymne de paix et d’amour universel

Dans la grande chaîne de la vie, ses mots cristallisés

Au-delà des guerres et pour notre meilleure partie.

Ferland, fier délinquant et amoureux impénitent

Troubadour jouant ses amours en mode majeur

Dans le tumulte de ses jours, les femmes de sa vie

Ont façonné ses grandes mélodies, mémoire d’elles.

Léveillée, ce chevalier lyrique de la langue française

Pianiste jusqu’aux confins des grands espaces intérieurs

Là où la musique souvent le prenait comme une mer

Sur son cheval blanc, il nous amena loin, loin, loin.

Desrochers, grande passagère à l’ombre de l’Oxford

Clémence comme clémente, mais femme guerrière

Usant de l’humour comme de l’amour en ses paroles

Bouleversante de tendresse, touchante messagère.

Charlebois, premier dieu fou chantant de notre scène

Soixante-huitard assumé, fils de la Révolution tranquille

Avec ses mots ou ceux de Ducharme, Péloquin, Rimbaud,

Il inventa un son nouveau, élan vif moderne électrifié.

Lelièvre, richesse exprimée envers les choses inutiles

Qui font la beauté du monde sous la plume aguerrie

De ce fin observateur qui poétisa en simplicité volontaire

Ce qu’il percevait de grand dans les petits riens du jour.

Desjardins, oiseau déserteur embrassant la liberté

Écrivain sonore inscrit de plein fouet dans la modernité

Élevant l’âme québécoise en une oeuvre fraternelle

Poète touchant l’essentiel de l’espérance humaine.

Tous ces p’tits bonheurs et ces gens de mon pays

Ces voix, ces échos, ces airs fredonnés dans le temps

Et les voix nouvelles soufflées par les voix pionnières

Qui interpellent les voix chères qui se sont tues.

Ces opus vibrants entre nos quatre murs de glace

Ces chansons, hommage à la vie et sa déferlante

Dans tout ce qui meurt et dans tout ce qui naît

Attisent un beau grand feu de joie humanitaire.

Yvan Giguère

Saguenay