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Des moments de bonheur en pandémie, utopique?

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / C’est bien beau, par exemple, de vouloir garder le sourire en temps de pandémie, mais sourire sous un masque de protection, voilà qui freine les ardeurs de plusieurs. Pour ma part, j’ai réussi à garder un brin d’humour quand je me regarde aller dans cette pandémie qui perdure. Je fais dans l’autodérision. Parce que depuis plus d’un an, ma vie au quotidien est chamboulée, comme doit l’être la vie de la plupart d’entre vous d’ailleurs.

Par Yvan Giguère, Saguenay

Alors, j’accumule mes petits records Guinness personnels, pourrais-je dire. Juste la barbe. Eh oui la barbe! Je ne la fais jamais avant une semaine minimum, moi qui me la fais habituellement chaque jour. Mais avec le port du masque, à quoi bon pour le célibataire que je suis. Et donc à cause de la pandémie, j’ai malencontreusement découvert que j’avais des poils blancs dans ma barbe noire. Le drame vous dis-je! Pas même un cheveu blanc encore. Mais la barbe oui! Il vaut mieux en rire qu’en pleurer, me suis-je dit.

Et parlant des cheveux, que j’ai encore abondants malgré mon âge (qui commence hélas à devenir avancé), je me les suis fait couper dernièrement, après plus d’un an. Mon petit record Guinness absolu! Je commençais à ressembler à un primate. Mais avec la fermeture et réouverture en yoyo de nos salons de coiffure, j’avais préféré attendre le bon moment. Mais j’avais toujours une bonne raison pour repousser ce moment justement.

Alors au sortir du salon de coiffure, plus personne ne me reconnaissait. Vous dire le bonheur! Un homme nouveau, plus léger! Une petite victoire personnelle. Un autre petit record Guinness!

Comme je n’ai ni laveuse ni sécheuse chez moi, et que le lavoir de ma rue est fermé depuis le début de la pandémie, mes vêtements furent mis à rude épreuve depuis. Lavage de chemises, sous-vêtements et bas, fait dans le lavabo de ma cuisine. Séchage sur les deux convecteurs électriques de mon appartement. Mais pour les pantalons, ce fut une autre paire de manches, ils pouvaient bien attendre. Mais n’en pouvant plus, j’ai décidé carrément d’aller m’en acheter des neufs. J’ai profité de la période de zone orange pour aller au manufacturier de vêtements. Aux poubelles les anciens, me voilà dans du neuf. Heureux comme un roi et en sifflotant, je suis sorti du magasin rayonnant de joie, que c’en était presque gênant à voir. Faut quand même pas avoir l’air trop heureux quand la déprime est le lot de ses semblables en temps de pandémie. Mais pour un bref moment, je ne me suis plus senti de ce lot. J’étais sur un nuage!

Et comme j’avais du temps devant moi avant le couvre-feu de 21h30 (il était 20h40), je suis allé à la librairie du coin. Je ne m’étais pas acheté un livre depuis 14 mois. Je me suis senti appelé faut croire. Mais quel livre m’acheter et comme disait le poète Mallarmé : «...Hélas j’ai lu tous les livres». Alors quel livre me racheter dans ce cas-là?

Un commis me présenta Les Fleurs du mal de Baudelaire et Les Fables de La Fontaine, deux livres que j’ai lus et relus mille fois. Alors j’ai demandé : «Avez-vous du Félix?» Il me tendit Le petit livre bleu de Félix, justement, à 5,75 $. Bien entendu, j’ai ce livre dans ma bibliothèque, mais c’était une édition nouvelle avec des dessins et, à ce prix-là, quelle aubaine!

Et j’ai quitté la librairie encore plus léger et encore plus joyeux que tout à l’heure, en lisant du Leclerc tout en marchant. Et cette fois-là je me suis bien fichu d’avoir l’air trop heureux sur le chemin du retour avant que le couvre-feu me prenne en défaut. Exit la culpabilité!

Ce soir-là, j’avais décidé de faire un pied de nez à la crise sanitaire que nous traversons et qui accapare chaque recoin de notre existence. Et vous savez quoi? S’offrir des moments de bonheur malgré la déprime ambiante, ça fait le plus grand bien! Et y’a rien d’utopique là dedans!