Des enjeux agricoles majeurs

L'abondance d'aliments en provenance de toute la planète et notre pouvoir d'achat font du Québec un marché hautement convoité que les producteurs locaux peinent à percer. À peine 33% des aliments sur les tablettes de nos marchés d'alimentation proviennent d'ici. Avec ses 30 000 fermes, à majorité de type familiale, qui peinent à joindre les deux bouts, le Québec demeurera toujours un petit joueur sur l'échiquier mondial. Bien saisir les enjeux qu'on ne peut contrôler peuvent expliquer notre impuissance à influencer les choses. Un modèle agricole durable pour le Québec doit de prendre en compte un certain nombre de facteurs préoccupants qui prévalent à l'échelle de la planète.
La population mondiale oscille autour de sept milliards d'humains, dont près d'un milliard souffrent de la faim et deux milliards de malnutrition, les rendant vulnérables à des maladies invalidantes qui font exploser le coût des systèmes de santé. Même au Québec, ce sont de 15 à 17% des ménages qui sont affectés par la malnutrition. Dans un tel contexte, alors que des millions de petits agriculteurs ont été poussés au chômage par la libéralisation des marchés qui a mis en compétition des agricultures de forces inégales, on aurait eu besoin de tous ceux qui veulent s'investir en agriculture pour combler le déficit alimentaire. À titre d'exemple sur le 1,38 milliard d'agriculteurs que compte la planète, seulement 28 millions disposent d'un tracteur, 250 millions d'animaux de trait et environ 1 milliard cultivent quasi-exclusivement avec des outils manuels.
Alors que les prix d'une majorité des aliments de base explosent et ont atteint des sommets inégalés, laissant présager une deuxième grande crise alimentaire mondiale en cinq ans, démonstration est faite de l'importance pour les pays d'intervenir pour assurer la sécurité alimentaire de leur population. Par ailleurs, les prix payés par les consommateurs ne cessent d'augmenter et les prix payés aux producteurs, outre certains épisodes, sont en baisse constante. Entre les deux, de grands industriels exploitants qui s'accaparent une marge croissante des profits. Enfin, les prix internationaux des principales denrées sont inférieurs aux coûts de production pour une majorité d'agriculteurs qui constituent 75% des personnes les plus pauvres de la planète.
Le phénomène de l'accaparement des terres constitue une menace de taille partout sur la planète. Des quantités importantes de terres agricoles sont détournées de leur vocation pour la production de biocarburants et la spéculation, exerçant ainsi d'énormes pressions à la hausse sur le prix des terres et des denrées de base tout en occasionnant une problématique au niveau de la relève. En même temps, la distance moyenne parcourue par un aliment de la ferme à la table, oscille maintenant autour de 2500 kilomètres, provoquant une problématique de gaz à effet de serre, de conservation et de qualité des aliments contribuant ainsi au bilan qui démontre que 40% de la production alimentaire mondiale est perdue avant d'être consommée.
Une majorité de pays coupent dans leur budget de soutien à l'agriculture, réduction de la dette oblige, laissant toute la place à de grands industriels, davantage préoccupés par les profits que par les grands enjeux de la conservation des ressources, de la dynamisation des territoires et de la santé des populations. Pourtant, de nombreux spécialistes affirment que les investissements en agriculture sont beaucoup plus régénérateurs d'emplois et de richesses que les investissements dans les infrastructures en plus de contribuer au développement local et à la vitalité des communautés.
Raymond Rouleau
Producteur en serres
Saint-Gédéon