Des déficits

OPINION / Le maire sortant Gilbert Simard a écrit dans ce journal que son projet de parc ornithologique ne coûterait rien aux contribuables de Saint-Fulgence. L’aspirant maire prétend le contraire et s’oppose au projet. Réaliste, ce projet ? Viable, ce projet ? C’est sur l’envers du décor que je souhaite attirer l’attention des citoyens.

J’ai lu et relu l’imposant document de 200 pages qu’une firme de consultants a rédigé en définition de toutes les facettes du projet de parc ornithologique, sa vocation touristique ainsi que sa mission de réhabilitation des oiseaux.

Lors de la séance de présentation publique du projet tenue à la salle multifonctionnelle, j’ai posé une question en regard de la rentabilité du projet. 

Le maire m’a répondu sans hésitation que la preuve en était faite au rapport que je me suis procuré le lendemain. Respectueusement faux !

Il est écrit au rapport qu’un comité de suivi dûment formé doit chiffrer des proformats financiers afin de valider la viabilité (rentabilité) du projet avant que toute autre action ne soit entreprise (p-118). 

La charrue ayant été placée devant le bœuf, le directeur général de la municipalité m’a affirmé que des demandes de subventions ont été initiées auprès des gouvernements, mais que l’exercice financier de base, soit celui d’établir les coûts d’exploitation, n’a toujours pas été effectué (2 octobre 2017).

Le consultant au projet a effectué des projections de revenus pour les trois premières années d’exploitation. 

Suivant ses analyses de marché, 140 000 visiteurs (payants et gratuits) devraient passer au guichet et générer des revenus bruts de 381 000 $. 

Dans son rapport, le consultant attribue une dimension étonnamment régionale au projet puisque, écrit-il, les citoyens, commerçants, partenaires touristiques, la population de la ville de Saguenay et de la MRC du Fjord constituent la clientèle cible première. Ce marché constitue un bassin de clientèle sur lequel il est possible de construire l’achalandage du parc (pages 75,77).

En clair, cela signifie que le projet ornithologique qu’on souhaite constituer en attrait touristique majeur d’envergure provinciale et internationale dépend non pas en partie, mais en majorité sur la fréquentation soutenue, répétée, fidélisée de la population, disons domestique.

Je cite textuellement : « Toutefois, dans les opérations courantes, la réalité fait en sorte que le parc n’aura pas les moyens financiers de supporter une grosse équipe de gestion ainsi que les grandes campagnes de marketing, de publicité, de démarchage et de communications. Nous recommandons la création d’un organisme... auquel le conseil municipal accorde son appui financier » (pages 75,100). 

Doit-on comprendre que la viabilité du projet est fragilisée à l’aube de l’an quatre ? 

Serait-ce que la clientèle cible primaire domestique aura commencé à s’essouffler ? 

N’est-ce pas ce qui est arrivé aux Grands jardins de Normandin ?

Quoi qu’il en soit, concentrons-nous sur les trois premières années de lancement.

Les projections de revenus établies par le consultant pour les trois premières années sont connues. Pour pallier le défaut du comité de suivi de s’assurer de la viabilité du projet, j’ai dû procéder moi-même à l’exercice des frais d’exploitation, c’est-à-dire les dépenses courantes pour le commun de mortels.

Suivant les recommandations du rapport il faudra prévoir des frais pour un gestionnaire chevronné pour diriger le chantier, développer les affaires, démarcher en matière de publicité/marketing et des relations avec les partenaires corporatifs et touristiques. Puis évidemment, il faudra bien tempérer l’immense pavillon multimédia d’une superficie de 50 % supérieure à la salle multifonctionnelle (antérieurement l’église). Enfin au meilleur de mes connaissances, j’ai estimé les besoins d’un coordonnateur et des préposés à la clientèle en saisons haute et basse. Résultat de l’exercice : les frais courants pour les trois premières années d’exploitation du parc se soldent à 530 000 $ contre des revenus de 381 000 $. Un déficit annoncé donc de 149 000 $ au terme des trois premières années de lancement. Qui paiera ?

Enfin, la noble mission de réhabilitation des oiseaux rattachée au parc aura besoin, au dire d’une source non vérifiée, de 50 000 $ par année. Une Fondation mènera une campagne de financement annuelle auprès de généreux donateurs, vous et moi, les commerces et le milieu corporatif.

À l’évidence, ce projet n’est pas un cadeau ou alors, il en est un empoisonné !

Jean-Marc Pagé

Saint-Fulgence