Départ de la rectrice de l'UQAC : le syndicat fait le point

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / La décision de la rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard, de mettre fin à son mandat plus tôt que prévu, a suscité différents commentaires dans l’espace public, plus ou moins conformes à la réalité. Nous tenons ici à informer les médias et la communauté régionale d’un certain nombre de faits.

Syndicat des professeures et professeurs de l’UQAC

Il faut d’abord rappeler que l’annonce de la rectrice survient, comme par hasard, au moment où a été déposé un rapport d’enquête concernant un possible conflit d’intérêts impliquant son conjoint qu’elle avait nommé, tandis qu’il était sous enquête, à un poste d’importance au sein du Bureau de la planification et du développement stratégique. Nous ignorons toujours le contenu de ce rapport, mais le conjoint en question, qui a pu en prendre connaissance, vient de démissionner. Alors que certains accusent les professeur∙es, cette coïncidence apparente soulève un doute sur les motifs réels de la rectrice. Les professeur∙es avaient déjà fait part de leur malaise à ce sujet, il y a plusieurs mois déjà.

Contrairement à ce qui est souvent affirmé, le mécontentement exprimé par le corps professoral ne se limite pas à un groupuscule ou à un quelconque CoMo2 agissant dans l’ombre et inconnu de nous. Jamais nos assemblées syndicales n’ont suscité la participation d’autant de membres et les résolutions dénonçant les problèmes vécus à l’université ont toutes été adoptées à l’unanimité.

Quelqu’un a affirmé sur les ondes d’une station de radio régionale que la rectrice n’avait pas à « subir tout ça ». Une analyse plus équilibrée aurait évoqué ce que d’autres ont subi. Les démissions et rétrogradations se sont succédé à un rythme jamais vu au sein de la haute direction (vice‐rectorats, décanats, registrariat, création puis abolition d’un poste de protecteur universitaire, non-remplacement du secrétaire général pendant une longue période, etc.). Une telle situation résulte‐t‐elle d’une série de malchances ou de problèmes réels quant au climat de travail ? Tout cela, couplé à des changements de structure interminables, a créé beaucoup d’incertitude et d’instabilité institutionnelle. En aucun cas, et contrairement à ce que plusieurs ont sous‐entendu ou même affirmé, cela ne saurait être mis sur le compte d’une résistance au changement motivée par la volonté de maintenir des privilèges.

Nous sommes nous aussi préoccupés par la nécessité d’une saine gestion. Le principe de collégialité, pierre d’assise de la gestion universitaire et de la liberté académique, ne constitue pas un simple idéal, mais un outil indispensable à la bonne marche d’une institution universitaire.

Or, depuis quelques années, ce principe a été constamment bafoué. Autre exemple d’autoritarisme : l’administration actuelle écarte systématiquement les professeur∙es des décisions liées à la pédagogie, alors qu’il s’agit là de leur fonction première. Comment interpréter une telle attitude ?

En soutien à la rectrice, un commentateur a rappelé que la gestion de l’UQAC, qui « n’est pas une binerie », coûtait très cher et qu’il fallait que quelqu’un finisse par prendre une décision, précisant que « c’est bien beau la collégialité, mais... ». Ce commentateur passe sous silence le fait que, tout au long de l’année académique, les professeur∙es consacrent collectivement des milliers d’heures à délibérer dans les assemblées départementales, les modules, les unités d’enseignement et diverses autres instances, notamment pour les priorités d’embauche professorale et l’amélioration de la qualité de nos programmes. Quand la haute direction écarte du revers de la main des décisions résultant de tous ces efforts, il s’ensuit non seulement une perception de mépris envers les compétences des professeur∙es et une atteinte à la mission qui est la leur, mais aussi un énorme gaspillage de fonds publics, sans compter les coûts liés à une bureaucratie alourdie comme jamais par l’embauche de professionnels, ce qui est le propre d’une gestion centralisée. Et l’autoritarisme comporte un prix d’autant plus élevé qu’il commet davantage d’erreurs que la collégialité.

On entend aussi que tout cela résulterait de la situation d’urgence à laquelle nous sommes confronté∙es. L’argument voulant que l’autoritarisme procède de l’urgence liée à la COVID‐19 est catégoriquement invalide. La situation a commencé à se détériorer bien avant la pandémie. Il est également malheureux d’entendre que la rectrice paie le prix d’être une femme. Le mécontentement général exprimé à l’égard de son rectorat s’est révélé dans un contexte où les professeur∙es sont très sensibles aux inégalités de genre et au traitement différencié souvent destiné aux femmes dans les rôles de décideures. Introduire la variable du genre dans cette équation relève d’une méconnaissance totale de tout ce qui s’est passé au cours des dernières années.

L’avenir de l’UQAC nous tient à coeur. Attirer les étudiants, améliorer les programmes, veiller à une gestion responsable, transmettre et produire des connaissances, promouvoir l’image de marque de notre université font partie de nos responsabilités. Mais tout cela exige un climat harmonieux dans un cadre réellement collégial. Nous comprenons parfaitement bien que les directions universitaires éprouvent des difficultés croissantes, comme en témoigne la démission d’autres dirigeants du réseau au cours des derniers mois. Le ministère de l’Enseignement supérieur devra d’ailleurs prendre bonne note qu’un virage s’impose, inspiré par un retour aux valeurs fondatrices de l’université. Il n’en demeure pas moins qu’au sein de notre institution, des problèmes se posent et ne dépendent pas tous de la conjoncture globale. Certains auraient pu être résolus avec un minimum d’écoute. Malheureusement, la muraille construite par la rectrice et son entourage immédiat est finalement devenue infranchissable.