Démocratie gazée

OPINION / Le 12 octobre dernier, le conseil municipal de Saguenay tenait une réunion d’urgence afin d’adopter une résolution d’appui à un projet de construction éventuel d’une usine de liquéfaction de gaz naturel dans le parc industriel de Jonquière. Une urgence telle que les membres du conseil n’ont reçu l’ordre du jour et la convocation la veille même. Ceci est attesté par l’huissier, M. Jean-Marc Claveau, et consigné au procès-verbal de la réunion.

Bien que le projet en question restait nébuleux en ce 12e jour d’octobre, les conseillers présents y ont accordé leur appui. Ce n’est que plusieurs jours plus tard que nous en avons appris plus. D’une part, le journal Le Quotidien, en page 11 de son édition du 26 octobre, nous apprenait vaguement qu’Énergir était sur les rangs en plus de six autres promoteurs. D’autres parts, le 27 octobre, Radio-Canada nous parlait plutôt de DGSC, une entreprise qui aurait rencontré, il y a quelques semaines, les dirigeants de Promotion Saguenay. Il s’est donc passé plus de 13 jours avant que des journalistes, pourtant d’ordinaire sagaces, en apprennent plus.

Tout ça m’amène à questionner le processus démocratique en place à Saguenay. Comment les conseillers ont-ils pu prendre une décision sur un sujet aussi important avec si peu de préavis et si peu de détails sur les tenants et aboutissants d’un projet ? Et que dire de la transparence tant promise dans le programme de l’ERD ? Le plus perturbant dans cette histoire est que le préambule de la décision présente le gaz « naturel » (mais pas si « naturel » que ça) comme une énergie moins polluante que le pétrole. D’évidence, les conseillers ne savent pas que le gaz naturel conventionnel, moins polluant, n’existe pratiquement plus en sol nord-américain. Il y a un peu plus de dix ans, les promoteurs nous annonçaient une pénurie de gaz alors qu’ils nous proposaient des projets d’importation d’outre-mer et prévoyaient une demande importante pour les 50 prochaines années. On se rappellera des projets Rabaska, Gros-Cacouna et de Grande-Anse. C’est l’avènement de la technique de fragmentation hydraulique des pierres de schistes et des shales qui a révolutionné l’offre de gaz. Maintenant, on ne nous parle plus d’importation, mais bien d’exportation. On nous présente le gaz naturel comme une énergie de transition en attendant le développement des énergies vertes. Tout ça est faux ! Le gaz de schiste est un désastre environnemental avec des émanations plus importantes et plus nocives que le charbon sur tout son cycle de vie. De plus, les technologies de production d’énergies vertes existent déjà. Si nous investissions autant d’argent dans les nouvelles technologies que dans le gaz, il y a longtemps que la transition tant attendue serait faite. La seule vraie raison pour laquelle on nous propose de tels projets est que quelqu’un a du gaz à nous vendre.

Ce qui étonne aussi c’est qu’une période de questions du public ait été prévue à l’ordre du jour. Allez donc vous préparer à poser des questions alors que cette réunion s’est presque tenue dans le secret et que même les conseillers présents n’ont eu que 24 heures d’avis.

Benoît-Robin Lessard

Saguenay

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UN VENT DE FRAÎCHEUR

OPINION / Un vent de fraîcheur souffle sur le Collège des médecins du Québec (CMQ). Quel plaisir de lire les propos du nouveau président de cette institution. À peine élu, le Dr Mauril Gaudreault dit vouloir mettre l’accent sur l’importance de l’aspect collectif de la profession médicale. Le professionnalisme et le respect du contrat social vont maintenant être au cœur des débats !

Une évolution inévitable, que préconise depuis des années l’Association médicale du Québec (AMQ). Dès 2013, notre association a décidé de lancer des recherches et des travaux en voyant monter la contestation tant en matière de rémunération des médecins que d’accessibilité aux soins. Une réflexion qui a mené à la publication de deux rapports, l’un sur le contrat social qui lie les médecins et la population ainsi qu’un autre sur le professionnalisme.

Pour un médecin, prendre soin de son patient est une évidence dès sa formation. Être professionnel nous ramène aux compétences que nous avons acquises, mais il y a aussi une autre dimension : nous avons un engagement collectif envers la société. Si les médecins ne participent pas à la gestion des établissements ainsi qu’à la définition des services de santé nécessaires aux besoins de la population, d’autres s’en chargeront et pas forcément pour le mieux des patients. Lors d’une tournée provinciale sur le professionnalisme en 2017, l’AMQ a pu constater que la grogne couve chez les médecins. À titre individuel, ils savent la valeur de leur rôle, mais collectivement, ils ont du mal à se reconnaître dans ce qu’est devenue leur profession. Cette problématique n’est pas seulement québécoise. L’Association médicale canadienne, elle aussi, a entrepris depuis quelques années des travaux sur le professionnalisme.

Nous sommes à la croisée des chemins. Le gouvernement et la profession médicale semblent constamment en conflit et pendant ce temps, le contrat social qui lie les médecins et la population continue de s’effriter. La profession médicale doit prendre son rôle de leadership dans l’organisation et l’amélioration des services de santé à la population pour assumer sa responsabilité collective.

Précurseur dans ce débat, l’AMQ, qui contribue à la diffusion de pratiques professionnelles et organisationnelles innovantes, ne peut qu’appuyer le Collège dans sa volonté d’une plus grande ouverture. Ensemble, nous pouvons agir pour améliorer l’organisation du système de santé, recentrer nos soins sur les besoins de nos patients et retrouver le plaisir de faire de la médecine pertinente et efficace. C’est l’essence du professionnalisme.

Dr Hugo Viens, B. Sc., M.D., FRCSC

Président de l’AMQ