Dédé Fortin : un allumeur de phares !

OPINION / Dédé Fortin nous a quittés il y a 20 ans, le 8 mai 2000. C’est en 1993, alors que j’étais bénévole à l’Auberge de jeunesse de Tadoussac, que j’ai pris toute la mesure du phénomène musical qu’était alors Les Colocs. Leurs chansons tournaient en boucle sur la plupart des radios du Québec. À l’Auberge, leur premier album ne cessait de jouer. La voix du leader du groupe, Dédé Fortin, semait la joie et la bonne humeur dans la place. La majorité des chansons étaient d’ailleurs signées par cet auteur-compositeur de talent. Dédé avait l’art de créer le party tout en étant engagé et en faisant réfléchir. Je pense entre autres à sa chanson La rue principale.

Puis je me souviens avoir vu Dédé, l’air fébrile, sur un trottoir de la rue Saint-Denis de Montréal, en début de soirée d’un certain 30 octobre 1995. Je me souviens surtout l’avoir vu pleurer plus tard en direct à la télévision en apprenant la défaite du oui, à la suite du deuxième référendum sur la souveraineté du Québec. Plusieurs d’entre nous s’en souviennent encore d’ailleurs.

Notre chanteur tant aimé était resté sans voix devant l’animateur qui lui avait demandé sa réaction. Ce soir-là, j’ai vu sur le visage de Dédé toute sa vulnérabilité et une part de détresse qui l’habitait. La défaite du oui l’avait dévasté. Il l’avait pris personnel, dirait-on. Ses chansons ont par la suite pris un tournant plus sombre, tout en demeurant toujours aussi lumineuses.

André « Dédé » Fortin était un être charismatique. Un allumeur de phares. Mais le 8 mai 2000, il a choisi d’éteindre sa propre lumière.

Dernièrement encore, en préparant un souper bien arrosé, je n’ai cessé de fredonner avec entrain et bonheur plusieurs de ses chansons que je connais encore par coeur. Voilà une part non négligeable de son héritage musical. Ses chansons demeurent, 20 ans plus tard, toujours aussi vibrantes et elles sont souvent porteuses de joie et d’espoir. Elles demeurent engagées dans la vie.

Yvan Giguère

Saguenay