Rodrigue Bégin
Rodrigue Bégin

Décès d’un bâtisseur

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / J’ai appris avec stupéfaction le décès de Rodrigue Bégin, ce photographe chicoutimien qui a consacré une grande partie de sa vie au développement du ski alpin dans la région.

Je le rencontrais souvent dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce où il prenait ses marches quotidiennes.

Volubile comme toujours, l’ex-candidat conservateur pouvait encore compter sur sa mémoire fiable pour nous raconter des pans de la petite histoire de la région. Que ce soit à l’occasion de nos voyages de pêche à son chalet des monts Valin ou de ces matins au café du coin, il ne manquait jamais de nous étonner par son vaste champ de connaissances.

Comme le rappelait avec justesse Lucien Gendron, ex-vice-recteur de l’UQAC, Rodrigue Bégin n’a jamais reçu tout le mérite qui lui revient. Je me rappelle, entre autres, tous les efforts qu’il a déployés pour convaincre les autorités politiques de l’importance de développer les monts Valin pour les sports d’hiver. Notamment pour développer une station de ski sur cette montagne qui atteint des hauteurs rivalisant avec le mont Sainte-Anne, reconnu sur le plan national.

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On lui a finalement donné raison, mais la station ne pouvait être installée du côté de Saint-Fulgence parce que les fonctionnaires refusaient de doter la région d’une station de dimension nationale. On a donc opté pour le sommet d’à côté, le mont Mgr Victor Tremblay.

Il y a eu plusieurs versions concernant la décision du gouvernement du Québec de choisir le mont plus à l’ouest pour le développement de ce centre de ski. Même si, au début des années 1980, une route menait déjà au plus haut sommet des monts Valin, on aurait préféré passer par Falardeau (et Saint-Honoré) plutôt que Saint-Fulgence pour des raisons politiques. Le député-ministre de l’époque, Marc-André Bédard, un fin stratège politique, avait un important bassin de partisans du côté de Saint-Honoré et Falardeau. Il ne s’agit là que d’une des nombreuses spéculations dont a fait l’objet ce développement de sport d’hiver qui a connu depuis un développement exponentiel de son village alpin.

Et Rodrigue Bégin a largement contribué à ce spectaculaire développement. L’un des premiers à s’y établir, Rodrigue amenait régulièrement des amis visiter l’endroit et les inciter à s’y établir.

Démarcheur hors pair, il n’avait de cesse de talonner les leaders politiques pour le développement des projets dont il était souvent le leader dans l’ombre. Et le plus beau, c’est qu’il n’a jamais tenté d’en tirer un quelconque profit. Il se contentait de souligner fièrement la concrétisation d’un projet qui dotait sa région d’un avantage concurrentiel.

La région perd un grand bâtisseur, il faudra se souvenir de lui.

Richard Banford

Chicoutimi