De Shakespeare à SLAV de Lepage

OPINION / Beaucoup d’encre a coulé dernièrement dans la foulée de la controverse entourant le spectacle SLAV, mis en scène par Robert Lepage au Théâtre du Nouveau Monde, présenté dans le cadre du Festival de Jazz de Montréal.

Mais la décision qui a été prise par la direction du FIJM de mettre fin aux représentations de SLAV semblait inévitable, puisque l’ampleur de la contestation était telle qu’elle risquait tout simplement de compromettre l’édition 2018 de ce festival. La controverse commençait à avoir des échos à l’échelle internationale, ce qui risquait donc d’entacher la réputation dudit festival. Du moins voilà ce que je peux en déduire.

Si cette décision en a choqué plusieurs — plusieurs intellectuels ont parlé d’un geste d’une grande lâchetée —, elle aura au moins mis un frein à la triste déferlante dénonciatrice d’un groupe de contestataires gonflé à bloc qui avait envahi les devants du Théâtre du Nouveau Monde, brandissant leurs pancartes antiracistes visant les créateurs de ce spectacle dans lequel des artistes blancs chantaient des chansons d’esclaves noirs. On a donc évoqué et dénoncé une appropriation culturelle.

Mais je ne reviendrai pas ici sur les détails du pour et du contre SLAV, qui a fait office d’un réel débat public. Tout me semble avoir été dit, ou presque.

Mais un nom m’est venu en tête, suite à ce mouvement de contestation du spectacle SLAV. Ce nom c’est Shakespeare, rien de moins.

À l’époque de ce grand dramaturge anglais (début 17e siècle) les rôles de femmes étaient joués par des hommes et il est même arrivé que les rôles d’hommes soient interprétés par des femmes. Dans le film Shakespeare et Juliette, on en a eu un bel exemple. Cette pratique était donc chose courante du temps du grand dramaturge et même dans le théâtre grec du temps de Sophocle.

Plus près de nous, ici même au Québec, au temps des séminaires où des classes d’élèves n’étaient constituées que de garçons — et dans le cadre des cours d’art dramatique —, les rôles de femmes étaient interprétés par des garçons. D’ailleurs, la pièce Les Feuluettes de Michel-Marc Bouchard en est une belle démonstration.

Dans tous ces exemples précités, en aucun temps on a parlé de sexisme ou d’appropriation identitaire, culturelle ou autre. Aucun mouvement de contestation n’a été soulevé dans ce contexte.

La pièce Othello, une tragédie de Shakespeare, nous présente l’histoire d’un roi africain. Parmi les grands interprètes contemporains de ce rôle marquant de l’œuvre de Shakespeare ont figuré le grand acteur anglais Laurence Olivier et l’acteur réalisateur américain Orson Welles, qui ont livré deux interprétations inspirées d’Othello au cinéma.

Deux grands interprètes blancs qui ont donné vie à ce célèbre roi noir de Shakespeare, un des plus grands personnages de l’histoire du théâtre. Et à ma connaissance il n’y a pas eu de manifestations à la sortie des salles de cinéma pour dénoncer ces deux soi-disant appropriations culturelles. Pas de contestations antiracistes n’a eu lieu pour dénoncer le fait que des acteurs blancs ont jouer un personnage africain de race noire crée par un grand dramaturge anglais de race blanche — et j’ai nommé —, William Shakespeare.

Parce que justement il n’y a eu ni racisme ni appropriation culturelle. Idem pour le spectacle SLAV mis en scène au Théâtre du Nouveau Monde par le grand metteur en scène Robert Lepage.

Être ou ne pas être censuré dans le domaine de l’art en 2018 ? Telle est la question, comme dirait Shakespeare lui-même.

Yvan Giguère

Saguenay

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VIVRE AVEC LE ZONA

OPINION / Le zona est une maladie trop peu connue même si on est nombreux à l’avoir au Québec.

Dès que l’été arrive à Rouyn-Noranda, mon mari et moi, nous sortons nos quadriporteurs pour aller prendre l’air et admirer la belle nature. Nous profitons bien de la vie en compagnie de notre grande famille qui compte 5 enfants, 10 petits-enfants, 8 arrière-petits-enfants et bientôt un 9e ! J’ai toujours eu une santé de fer jusqu’à ce que je traverse un deuil très douloureux.

Ensuite, j’ai enchaîné une bronchite, puis une pneumonie. Puis, tout de suite après la pneumonie, un soir, j’ai commencé à avoir des démangeaisons dans le dos, puis des petits boutons. Voyant que ça se ne calmait pas, je suis allée voir mon médecin de famille qui m’a diagnostiqué un zona. J’avais 79 ans.

À l’époque, j’ignorais ce qui m’attendait et je n’avais jamais été vaccinée contre le zona. Pendant près de 5 mois, j’ai eu des épisodes de démangeaisons et de douleurs dans le dos et sous le sein droit. Je ne pouvais même plus porter de soutien-gorge tant la région était sensible. À un certain moment, la douleur est devenue tellement intense que j’ai dû me rendre à l’urgence et être hospitalisée pendant vingt-quatre heures.

Au fil du temps, la douleur aigüe s’est transformée en point constant dans le dos. C’est seulement à ce moment que j’ai pu recommencer à sortir de la maison, à descendre prendre mes repas à la salle à manger, à socialiser avec mes amis après un printemps où je me suis sentie très isolée par la maladie.

Au pire des symptômes, je ne pouvais plus sortir. J’ai même cru que je ne pourrais pas assister au mariage de ma petite-fille. Heureusement que les gens de mon entourage m’ont aidée. Moi qui suis tellement active et énergique, ça a été vraiment difficile physiquement et psychologiquement d’être si affaiblie et fragile.

Aujourd’hui, je vais bien, mais à l’occasion la douleur réapparaît. Je sais bien que ce ne sera peut-être pas mon seul épisode de zona, mais si mon histoire peut en aider d’autres, je suis bien contente. Je pense qu’on gagne à se renseigner sur la maladie, et à la prévenir, si on le peut.

Louisette Girard

Rouyn-Noranda