De la vraie nature du gaz naturel

OPINION / Que penser du dossier de GNL Québec ? Grosse question. Les avis et les opinions se contredisent et les « pour » aussi bien que les « contre » semblent tous aussi convaincus les uns que les autres du bien-fondé de leurs arguments. Il faut dépasser ce genre de clivage qui verrouille la recherche de solutions.

Pour ma part, j’ai toujours tendance à prendre du recul lorsqu’il s’agit d’intérêts étrangers que nous ne connaissons pas bien, qui arrivent d’on ne sait où et qui affirment haut et fort que c’est dans notre plus grand intérêt. Il y a toujours le risque d’avoir devant soi une sorte de vendeur de balayeuses itinérant. Mais bien entendu, ce n’est pas assez non plus.

Donc pour les protagonistes, d’un côté des promoteurs qui ont flairé une bonne affaire, des travailleurs qui ont besoin de grands projets pour gagner leur vie, des contribuables qui veulent que leur région se développe et des décideurs pour qui un nouveau compte de taxes industriel apporterait des revenus non négligeables pour continuer à offrir de bons services à leurs contribuables.

De l’autre côté, des citoyens qui pensent que ce n’est pas une bonne idée, des informations qui laissent croire que les promoteurs ne sont pas irréprochables, un impact sur les changements climatiques difficile à bien comprendre, mais qui semble évident, et des tendances globales qui donnent à penser que l’avenir se trouverait plutôt dans la direction des énergies renouvelables.

Et que le plus fort gagne (c’est à dessein que j’évite le qualificatif de « meilleur »). Non, il faut dépasser ce type de dialogue de sourds. Donc aujourd’hui, j’ai le goût de prendre un peu de recul et de vous proposer une petite allégorie pour discerner un peu mieux s’il est possible de reconnaître le véritable intérêt supérieur de la communauté.

Supposons un promoteur qui nous suggère un projet avec une excellente présentation. Appelons-le M. Duprojet. Ça part de l’idée que quoi que nous fassions, bon nombre de personnes vont continuer à fumer (la cigarette !). Ces dernières sont produites ailleurs, au détriment de la balance commerciale et de l’entrepreneuriat, et il faudrait bien penser à une étape de transition.

Il propose une cigarette meilleure pour la santé. Bien entendu le tabac serait bio et roulé dans un papier recyclé. Le bout filtre serait fabriqué de matériaux naturels et biodégradables. Pour limiter le gaspillage, elles seraient vendues en vrac et à l’unité selon les besoins.

M. Duprojet a conclu des ententes avantageuses pour les agriculteurs locaux qui ont accepté avec enthousiasme de cultiver ce tabac non seulement de manière biologique, mais en utilisant les techniques de pointe les plus avancées de l’agroécologie pour que les superficies en culture soient endogènes en fertilisants et deviennent même un puits de carbone se méritant des crédits à la bourse du carbone.

M. Duprojet prévoit construire une usine de transformation qui emploiera des travailleurs syndiqués et bien payés. L’usine sera entièrement fabriquée en bois de structure régional et dont la finition extérieure sera en bois torréfié. Il compte donner l’essentiel des contrats et sous-contrats à des entreprises de la région ; et 10 % des profits seront remis à des œuvres pour contribuer à financer la recherche contre le cancer.

Enfin, M. Duprojet a établi un partenariat avec des scientifiques de renom et a pris soin de financer lui-même une étude rigoureuse qui confirme que l’ensemble de la filière répond aux critères du développement durable. De même, l’étude conclut que moyennant quelques ajustements et investissements supplémentaires, son initiative pourrait aussi devenir carboneutre dans sa totalité, ce que le cas échéant M. Duprojet assure vouloir réaliser scrupuleusement.

C’est une comparaison un peu caricaturale, j’en conviens. J’ai choisi un exemple avec lequel il est facile de comprendre que dans ce genre de situation, le problème ne réside en aucune manière dans les techniques de production ni dans quelque autre paramètre périphérique. C’est le produit lui-même (dans ce cas fictif la cigarette) qui est le problème. Tout le reste n’est que distraction.

Il en va de même pour les hydrocarbures. Il y a un consensus scientifique très large voulant que les combustibles fossiles soient la principale cause d’un réchauffement climatique qui met en danger l’ensemble des êtres vivants de la planète y compris les êtres humains. Et que le temps presse avant que ces changements ne deviennent irréversibles.

Il faut réduire rapidement et substantiellement notre consommation de combustibles fossiles. Il faut réduire la demande. Mais le projet de GNL Québec va exactement dans le sens contraire : s’il se réalise, il va augmenter l’offre. Ce n’est pas dans cette direction qu’il faut mettre nos espoirs ni nos énergies (vous me pardonnerez le jeu de mots facile).

Oui, peut-être que ce serait dans l’intérêt économique de la région à court terme, mais sur du plus long terme, non ce n’est pas du tout dans l’intérêt supérieur de la communauté, peu importe l’échelle où nous la définissons. Et c’est ainsi que pour bon nombre de spécialistes, le gaz naturel n’est pas une énergie de transition, mais plutôt une énergie de distraction.

Gérald Tremblay

Alma