De Félix et de Piché

OPINION / Qu’ont en commun Félix Leclerc et Paul Piché, outre le fait qu’ils soient tous les deux des auteurs-compositeurs-interprètes québécois de renom ? Tenez, je vous donne une réponse toute personnelle : ce sont deux artistes de la chanson qui m’ont interpellé dès mon plus jeune âge. Félix à 10 ans, à la petite école. Piché a envouté mon adolescence. L’un est disparu, mais est toujours bien vivant dans le cœur des Québécois. L’autre a lancé dernièrement son plus récent album, qui commémore ses 40 ans de carrière, intitulé Quarante printemps, et qui est disponible depuis le 15 novembre dernier.

Les deux demeurent des bardes. Les deux ont hissé bien haut le drapeau du Québec aux quatre vents et ont fait l’éloge de notre langue française. Félix est devenu un personnage historique, un géant de notre culture ; le père de la chanson québécoise, rien de moins.

Piché porte sur ses épaules ce qui reste encore de beau à dire de nous. Piché a la stature de ceux et celles qui chantent nos espoirs et qui portent en eux notre fibre identitaire. Et comme Félix, Piché aborde des thèmes universels dans ses chansons tels la fraternité, l’amour, la guerre, la paix, l’espoir, etc.

Mais qu’ont aussi en commun Félix et Piché ? Peut-être le fait qu’ils gagnent encore à être connus, ici même au Québec, et par les jeunes tout particulièrement.

Un commis de supermarché, mi-vingtaine, à qui je disais que j’offrais parfois des conférences sur Félix Leclerc dans les bibliothèques, m’a dit que ce nom lui disait quelque chose. Il savait bien qu’une autoroute portait son nom de même qu’une école de son quartier et même une rue. Je lui ai alors dit que c’était un grand auteur-compositeur-interprète du Québec, de même qu’un écrivain marquant de notre littérature. Quand je le revis quelques jours plus tard, il avait navigué sur le Web à partir de son téléphone intelligent et il me fredonna fièrement Le p’tit bonheur. Il me dit aussi qu’il passerait à sa bibliothèque pour emprunter le roman Pieds nus dans l’aube, puisqu’il avait aussi lu sur Internet que le cinéaste Francis Leclerc avait réalisé un film inspiré du roman de son célèbre père. Tenez, je me suis dit humblement que j’avais fait, bien malgré moi, mon petit devoir de mémoire. Le jeune homme n’avait jamais entendu parlé de Félix Leclerc à l’école.

En 2014, dans une auberge de jeunesse où j’ai présenté un spectacle, je demandai à la préposé de l’accueil, début vingtaine, étudiante brillante en art et en cinéma, si elle connaissait Paul Piché. Non, me répondit-elle ! Mais en moins de deux elle empoigna la souris de l’ordinateur devant elle et tomba sur la chanson Un château de sable, qu’elle écouta religieusement et qu’elle trouva géniale. Elle ajouta alors Paul Piché à ses favoris en me disant qu’elle ferait jouer cette chanson plus tard dans ladite auberge de jeunesse. Mais elle n’avait jamais entendu parlé de Paul Piché avant, surtout pas à l’école.

Alors pas trop difficile de faire le constat suivant : ce n’est pas dans nos établissements scolaires que les jeunes d’aujourd’hui risquent d’entendre parler pour la peine des grands noms de la chanson québécoise. Pas même d’un artiste de la chanson qui a marqué la francophonie et qui fait figure de légende, et j’ai nommé Félix Leclerc. Pas plus que l’un de nos plus brillants auteurs-compositeurs toujours bien vivant, en la personne de Paul Piché.

Yvan Giguère

Saguenay