Courage politique

OPINION / Je tiens à souligner le courage politique dont ont fait preuve récemment les conseillers Simon-Olivier Côté et Marc Pettersen. Leur position fait contrepoids au discours dominant de l’élite politique et économique régionale, qui a toujours répondu positivement aux demandes d’Arianne Phosphate (AP). Quand AP a souhaité une desserte ferroviaire pour transporter son minerai du lac à Paul vers le port de Grande-Anse, Saguenay a avancé les 6 M $ sur les 37M $ nécessaires. Quand, en 2013, AP a soudainement modifié sa stratégie d’exportation, exigeant un troisième port sous prétexte du fameux « pas de port, pas de mine », nos élites locales se sont empressées de l’appuyer, quitte à défigurer le fjord, et ce, malgré le fait que le port de Grande-Anse attend désespérément des clients depuis plus de 30 ans.

On a cependant exagéré le pouvoir de cette sortie allant jusqu’à accuser M. Côté d’empêcher le projet de se concrétiser. Ce sont plutôt les lois du marché qui risquent de le faire capoter. Car contrairement à ce qu’on véhicule, AP est loin d’être sur le point de voir le jour. Depuis quelques années déjà, c’est le gouvernement du Québec qui fait vivre la minière à coup de quelques millions annuellement. L’annonce, clamée récemment par AP, d’un investissement de 1,5 M $ de la part de Québec, faisait d’ailleurs plutôt figure de non-nouvelle. De même, un troisième ou quatrième client ne garantira pas le démarrage du projet si le prix du marché du phosphate n’est pas au rendez-vous. Sa cote en bourse, qui a chuté drastiquement il y a quelques années, n’a d’ailleurs pas bougé malgré l’annonce de deux premiers clients potentiels.

Dans le domaine des minières, la compétition est féroce. Il est vrai que l’apatite de la mine AP est pratiquement exempte de métaux lourds, ce qui pourrait avantager son exploitation. Elle demeure, en contrepartie, plus coûteuse à extraire et à transporter (240 km dans le bois) que le phosphate sédimentaire du Maroc. Par crainte de devenir dépendante du phosphate russe moins riche en cadmium que celui du Maroc, l’Union européenne n’a malheureusement pas abaissé de façon significative ses exigences quant au taux de cadmium de ses engrais phosphatés, comme l’espérait AP. Les portes de l’Europe se sont en quelque sorte fermées pour AP. Et il serait étonnant que l’Inde, même si AP proclamait récemment y avoir une entente de démarchage, soit prête à payer plus cher ses fertilisants afin d’éviter d’épandre des métaux lourds sur ses terres. Même le Canada n’a pas encore réglementé en cette matière.

AP a donc encore le temps de se voir venir au monde. Il est faux de prétendre que défigurer le fjord est « le prix à payer » pour permettre l’ouverture de la mine. Le troisième pont et le projet QcRail – projet de train entre Dolbeau-Mistassini et Baie-Comeau qui passerait à 50 km de la mine et qui est prévu pour 2024 – risquent de devenir des possibilités de transport plus économiques pour AP. Et si l’un de ces projets s’avérait plus avantageux pour tous, AP devra l’utiliser ! Il en va de son acceptabilité sociale !

Jacinthe Marceau

Chicoutimi

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UN TERRAIN POUR LOGE M'ENTRAIDE

Mme Josée Néron et conseillers municipaux de Saguenay,

Je suis membre et militante de Loge m’entraide depuis plusieurs années. N’étant pas en mesure de participer au rassemblement pacifique que l’organisme tient le 22 mai à l’hôtel de ville, je vous écris plutôt afin d’exprimer mon appui à la demande de Loge m’entraide. Oui, le terrain de l’ex-Boulangerie Fortin, jadis offert pour la construction d’une coopérative d’habitation, doit être cédé de nouveau pour permettre enfin la fondation de la coopérative d’habitation La Solidarité.

En 2013, par une résolution du conseil municipal, Saguenay avait offert ce terrain à Loge m’entraide pour fonder une coop. Les analyses de sol ont révélé par la suite que le terrain était impropre à la construction domiciliaire parce que contaminé. En 2014, la Ville l’a donc repris. Et tout dernièrement, il a été annoncé dans les médias que la Ville procédera à la décontamination pour le vendre au privé. Nouvelle plutôt déconcertante pour des gens qui luttent depuis six ans pour fonder une coop à Kénogami !

Madame Néron, mesdames et messieurs du conseil de ville, je vous demande de venir en aide aux citoyennes et aux citoyens à faible revenu qui ont besoin d’un logement abordable à Jonquière, en offrant de nouveau ce terrain à Loge m’entraide, pour lui permettre de procéder à la naissance de la coopérative d’habitation La Solidarité, qui est attendue depuis six ans à Kénogami. Le logement au privé n’est pas la solution pour tout le monde. Vous n’avez qu’à regarder l’augmentation faramineuse du coût de la plupart des loyers pour en faire le constat !

J’aimerais lire que la Ville a reconsidéré sa décision par rapport au terrain et qu’elle a choisi de soutenir la cause du logement social en acceptant d’aider Loge m’entraide à fonder la coopérative d’habitation La Solidarité. Je vous remercie de l’attention bienveillante que vous portez à cette question. Veuillez agréer mes salutations les plus cordiales et solidaires.

Betty Turner

Chicoutimi