Couillard et son engagement

OPINION / Lorsque j’ai lu dans Le Quotidien du 5 mai dernier le bref article ACFAS : Couillard, invité d’honneur, je me suis étouffé avec mon café matinal. Il y était écrit : « Nous sommes ravis que M. Couillard ait accepté d’être l’hôte de marque de ce 86e Congrès. Cet appui prestigieux témoigne de l’engagement du premier ministre et de son gouvernement à soutenir une recherche scientifique forte et engagée et à reconnaître ses retombées essentielles pour la société, ce qui est de bon augure pour l’avenir ».

Les règles de la politesse obligent Mme Sauvageau, présidente de l’ACFAS, à manifester tous ces égards envers notre brave docteur, le député de Roberval. Cependant, si le passé est garant du futur, l’avenir de la science au Québec s’annonce très sombre. 

Le gouvernement Couillard est responsable de la pire période d’austérité que le Québec a connue dans son histoire récente. Même le gouvernement Bouchard n’est pas allé aussi loin dans sa quête du déficit zéro. Pour les exercices budgétaires 2014-2015 et 2015-2016, l’IRIS (L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques) a totalisé des compressions de 4 024 027 000 $. Pour ceux qui ont la mémoire courte, le site internet de l’IRIS compilant ces mesures d’austérité est toujours actif. 

Le secteur de l’éducation postsecondaire n’a pas été épargné, loin de là. Ces mesures vont d’une compression de 72 800 000 $ dans l’ensemble des Universités du Québec en 2015, d’une coupure de 10 000 000 $ du Fonds québécois de recherche nature et technologie (FQRNT) en 2015, des compressions de 300 000 $ au Cégep de Chicoutimi, etc. La liste est trop longue pour toute l’énumérer. Dans le secteur de la recherche forestière, que je connais mieux, ce gouvernement a aboli le volet V du Programme de recherche en partenariat sur l’aménagement et l’environnement forestiers, ainsi que le Programme d’appui à la recherche forestière. Ces mesures ont été précédées d’une coupe de 10 M$ du fonds Nature et Technologie (FQRNT). 

Le Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale de l’UQAC a vu son budget de recherche passer de 2 M$ à 600 000 $, au cours des dernières années. Le Consortium a cessé ses activités après 22 ans d’existence. Ces coupes sont d’autant plus vicieuses qu’elles ont été camouflées. Dans le cas du volet V du Programme de recherche en partenariat sur l’aménagement et l’environnement forestiers (ouf), le gouvernement n’a pas annoncé l’abolition du programme comme il l’a fait en Abitibi, mais des hauts fonctionnaires ont décidé que tous les projets soumis en 2015 par les chercheurs de l’UQAC dans le domaine de la foresterie n’étaient pas pertinents. C’est assez incroyable que ces chercheurs qui performaient si bien les années précédentes deviennent soudainement les cancres de la recherche cette année-là. Le public et la presse n’en ont pas eu vent parce que tous les intervenants dans ce dossier sont restés muets, incluant le recteur de l’université de l’époque. 

Mon hypothèse est que cette information a été camouflée par les hauts bureaucrates du ministère pour ne pas nuire au député de Roberval. Pensez-y, l’exploitation forestière est vitale pour l’économie du Lac-Saint-Jean et il est insensé de ne pas consacrer plus d’efforts à la recherche scientifique dans un comté qui dépend autant des ressources forestières. Le défi qui attend le Québec dans les prochaines années est de faire face à la concurrence de ses partenaires commerciaux dans un marché mondial de libre-échange. Si l’on ne fait pas de R&D et que l’on n’investit pas dans l’éducation, à tous les niveaux, nous serons déclassés et relégués à une économie de pays sous-développé. Les électeurs du comté de Roberval devraient s’attendre de leur député qui est aussi le premier ministre de la province un peu plus considération pour ce secteur essentiel à l’économie locale.

Ça n’a ni queue ni tête. Mais dans ce monde bureaucratique, on ne doit s’étonner de rien. En 2016, j’ai été contacté par le ministère des Forêts pour réaliser un contrat de recherche en région en partenariat avec le bureau régional du ministère. Pas des sommes folles, 25 000 $, mais quand même un projet porteur susceptible d’accroître d’une manière significative la productivité des plantations forestières. Eh bien non, le doyen de la recherche et de la création de l’époque à l’UQAC a refusé la subvention parce qu’il avait peur de ne pas être payé par le ministère. Son argument était que dans le cadre des derniers PFRDAF, le ministère n’a pas été capable d’honorer le paiement de la troisième année des ententes qu’il avait signées avec plusieurs universités québécoises, dont l’UQAC. Le Québec engrangeait à l’époque 4 G$ de surplus budgétaire, si on inclut le fond des générations et notre brave doyen croyait le gouvernement Couillard insolvable. C’est le bout ! 

Ç’a été mon coup de grâce et je n’ai plus jamais travaillé en recherche depuis ce temps. Il faut dire que je ne suis qu’un pion dans ce vaste échiquier bureaucratique, et que les pions ne sont là que pour être sacrifiés. Je termine en citant l’éditeur du philosophe Alain Deneault au sujet de son livre publié en 2015, La Médiocratie. « Dans son essai La médiocratie, Alain Deneault dénonce la perte de la pensée critique et la montée de la médiocrité dans toutes les sphères du pouvoir. Il remet en question “l’ordre médiocre érigé en modèle” et dénonce la perversion des établissements, notamment des universités, qui suivent à la lettre des théories de gestion menant au mépris de leurs employés. Il constate la caution de modèles productivistes stériles et montre du doigt la fragmentation du travail, qui suppose que tout travailleur est interchangeable, pour expliquer la montée de la médiocrité dans la société. ». À lire et à méditer en cette année électorale.

Denis Walsh

Chicoutimi