Philippe Couillard

Couillard à l’ONU? Non merci!

OPINION / Monsieur le premier ministre Justin Trudeau,

Dans un bulletin de nouvelles de Radio-Canada le 28 janvier, on annonçait que l’ancien premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a posé sa candidature au poste de « directeur exécutif » du Programme des Nations unies pour l’environnement.

J’aimerais vous rappeler qu’alors qu’il était en poste, Philippe Couillard a souvent relégué l’environnement au second plan derrière l’économie et pire encore, derrière son éventuelle réélection. Lors de la récente campagne électorale, en présentant son bilan environnemental, il déclarait à propos des cibles de réduction des GES établies par son gouvernement qu’elles ne seraient pas atteintes : « Je pense que c’est fort possible qu’on atteigne [ces cibles], […], mais il faut protéger les emplois des gens aussi. Si vous ne faites pas ça, vous allez perdre le soutien de la population, [car] il y a une limite à [la] bonne volonté. Les gens veulent vivre aussi. » D’électoralistes, ses arguments populistes abaissent le débat au caniveau. Il en rajoutait : « Pour moi, l’erreur du mouvement écologique, qui est une erreur grave, c’est de délaisser et de minimiser les conséquences sociales de leurs actions. […] Quand tu poses des actions qui ont comme résultat de disloquer l’économie de communautés entières, tu ne fais pas du développement durable. » (La Presse 22 septembre 2018). Mais qui veut de ce « développement durable » au détriment de la sauvegarde de la nature et de la vie sur Terre ?

Au moment où la majorité des écosystèmes de la planète sont sérieusement menacés ou irrémédiablement détruits (voir le documentaire canadien Anthropocène), comment pouvons-nous suggérer pire pour ce poste clé ? Et surtout en Afrique, où la crise environnementale demande une approche holistique et avant-gardiste qui offre un développement axé sur une vie meilleure pour toutes les espèces dans tous les aspects environnementaux, sociétaux et économiques. Alors que la liste des espèces menacées ne cesse d’allonger, il faut aborder l’enjeu de la biodiversité avec détermination, compétence et humanisme. Durant la saga des caribous forestiers, qui risquent toujours de disparaître de la forêt boréale sous le joug de l’industrie forestière, précisément dans le comté de l’ancien député démissionnaire, il déclarait qu’il ne « sacrifierait pas une seule “job” dans la forêt pour les caribous ». Il a tenu parole avec cette décision de laisser la société EACOM (anciennement Produits forestiers Domtar) construire un chemin forestier dans la réserve de biodiversité des Caribous-de-Val-d’Or, créée en 2009. Et pour celui qui postule à un tel poste, il a soutenu cette position suspecte malgré le fait qu’en mai 2014, son ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, David Heurtel, disait considérer cette question (le sort du caribou forestier) comme prioritaire.

Est-ce le genre de solution que proposera Philippe Couillard au sein de l’ONU ? A-t-il le leadership nécessaire pour une telle charge quand on se souvient de la collégialité de boutiquier de son caucus ? Son besoin de visibilité et de pouvoir surpasse-t-il son réel désir de travailler à la sauvegarde de notre planète ? Toutes ces questions me laissent avec de sérieuses inquiétudes pour l’avenir.

Je vous en conjure, monsieur le premier ministre, pour l’avenir de vos enfants, laisser ce triste sire au bout de ses lignes à pêche. Je vous prie d’agréer l’expression de ma très haute considération.

Marc Fortin

Alma

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L'ALOUETTE EN COLÈRE

OPINION / « J’ai un fils révolté, qui ne croit ni à Dieu ni au diable ni à moi. J’ai un fils écrasé par les temples des finances, où il ne peut entrer, et par ceux des paroles d’où il ne peut sortir... J’ai un fils dépouillé comme le fut son père, porteur d’eau, scieur de bois, locataire et chômeur, dans son propre pays, sa propre cité... Alors moi, j’ai eu peur et j’ai crié à l’aide, au secours quelqu’un ! Le gros voisin d’en face est accouru, étranger, grossier, pour ‘faire taire mon fils’ une bonne fois pour toutes, et lui casser la tête et le cou et le dos,... Alouette ! Mon fils est en prison, et alors moi, malgré moi, malgré moi, au plus profond de moi, s’élève la colère. » (Texte emprunté, avec quelques variantes, à Félix Leclerc)

Plus près de nous, il y a des citoyens enragés qui ne croient ni à la mairie ni au conseil ni à l’argent. Il y a des citoyens écrasés par leurs dettes, qu’ils ne peuvent effacer, et par les belles paroles de ceux et celles qui « veulent leur bien et qui réussissent à leur prendre ». Il y a des citoyens bernés, dépouillés par Jean et les autres après lui, comme le fut leur père... Il y a des citoyens révoltés, humiliés, affamés, qui demain n’auront pas, eux, leur « juste augmentation » de salaire.

Alors, ils ont crié : « Assez ! À l’aide ! Au secours quelqu’un ! »

Ont reçu comme réponse à leur indignation, à leur incompréhension :

— Une augmentation des taxes ;

— Des propositions de projets faramineux « pas chers pantoute » ;

— Une augmentation de la dette ;

— De nouveaux employés grassement payés ;

— L’augmentation honteuse, jamais vue, du salaire des élus (plus de 66 %).

Et je te plume la tête, et le cou, et les ailes, et les pattes, ah ! Il ne leur reste plus à ces citoyens dépouillés qu’une belle vue sur le Saguenay. Et alors, chez ces citoyens, au plus profond d’eux, malgré eux, malgré eux, s’élève la colère.

André Houde

Chicoutimi