Combattre des mythes sur la récolte forestière

OPINION / Le tiers de la population canadienne vit dans des régions forestières ou à proximité de celles-ci. À l’échelle du Québec seulement, le secteur forestier emploie près de 60 000 travailleurs et génère 6,5 milliards $ d’activité économique.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la forêt fournit 10 % des emplois, et plus de 40 % dans le Nord-du-Québec. En fait, l’activité forestière est une part importante de l’économie pour environ 200 municipalités au Québec. Lorsqu’on a cela en tête, on comprend pourquoi saisir les opportunités qu’offrent les forêts est si important, et pourquoi aussi il faut combattre certains mythes sur leur exploitation et leur état.

Contrairement à ce que certains croient, la récolte forestière n’est pas synonyme de déforestation. Alors que la déforestation correspond à une disparition permanente de la forêt en raison de l’activité humaine, la récolte de bois en forêts aménagées, elle, permet que les arbres repoussent naturellement avec l’aide des travaux sylvicoles et qu’ils puissent être récoltés de nouveau.

Ainsi, en dépit des activités qui y ont cours, le couvert forestier canadien est demeuré relativement stable depuis 1990, et cette tendance devrait se poursuivre au cours des dix à vingt prochaines années. Historiquement, le niveau de récolte a toujours été considérablement inférieur à ce que les forêts pouvaient produire ; autrement dit, la quantité de bois récoltée chaque année est inférieure à l’intérêt versé par le capital forestier.

Produire plus tout en coupant moins d’arbres
Dans une logique de profit, les entreprises investissent des sommes importantes pour réduire le gaspillage et tirer le maximum de chaque arbre récolté en forêt, indépendamment de ses défauts. Dans le sous-secteur du sciage, l’utilisation des nouvelles technologies permet de produire davantage tout en utilisant de moins en moins d’arbres.

Entre 1990 et 2017, le volume de bois rond résineux nécessaire pour produire mille pieds mesure de planche (Mpmp) a ainsi diminué de presque un quart. À titre de comparaison, les usines de sciage auraient consommé plus de 30 millions m3 de bois rond résineux en 2017 si elles avaient affiché le même rendement qu’en 1990, soit environ 7 millions m3 de plus. Un tel niveau de consommation aurait été plus élevé que ce que les forêts du Québec peuvent actuellement soutenir et aurait pu les mettre en danger à long terme.

Pendant que les usines de sciage coupent de moins en moins d’arbres pour produire une quantité de bois donnée, les autres usines de transformation utilisent de plus en plus de résidus (copeaux, écorces, sciures, rabotures). Par exemple, il y a une quarantaine d’années, seulement 20 % de l’approvisionnement des usines de pâtes et papiers était composé de produits recyclés du sciage. Aujourd’hui, c’est plus de 80 % ! À l’instar des usines de sciage, ces gains d’efficience ont permis de produire plus tout en coupant moins d’arbres.

Aménager, régénérer, récolter
La valorisation des sous-produits du sciage a ainsi fait croître la productivité du secteur forestier, puisque la richesse tirée de chaque arbre récolté ne cesse d’augmenter. Il en est de même lorsqu’on la mesure en fonction du nombre d’heures travaillées.

Au Québec, le PIB par heure travaillée a essentiellement doublé depuis deux décennies pour les différents secteurs liés à la forêt, soit beaucoup plus que l’ensemble des entreprises productrices de biens. À l’échelle du Canada, aussi, la croissance de la productivité des secteurs forestiers a été considérablement supérieure à celle de l’ensemble des entreprises qui produisent des biens.

Compte tenu des gains technologiques réalisés au cours des dernières années, il n’y a aucune raison valable au plan environnemental de ne pas poursuivre le développement de notre industrie forestière, ou de l’empêcher de saisir les occasions qui s’offrent à elle, tout en préservant nos forêts et leur biodiversité. Vu de nos villes, on a tendance à l’oublier, mais les premiers intéressés par la santé de nos forêts sont les communautés qui en vivent. L’exploitation de la forêt leur permet de subvenir à leurs besoins, mais sa préservation leur permettra de survivre.

Alexandre Moreau

Analyste en politiques publiques

Institut économique de Montréal