Cinq questions gênantes sur GNL Québec

OPINION / Dans son matériel promotionnel, GNL Québec se vante d’offrir des réponses directes à des questions directes. Voici cinq questions directes aux lobbyistes du projet le plus polluant de l’histoire du Québec.

Selon l’IRIS, la structure fiscale de GNL Québec est conçue pour minimiser ses retombées fiscales au Saguenay et au Québec. En clair, comme les investisseurs étrangers derrière le projet sont enregistrés dans des paradis fiscaux, comme les Bermudes et les Îles Vierges britanniques, ils paieront 5% en impôt sur les dividendes, contre 39,9% s’ils étaient soumis au même régime qu’une entreprise enregistrée au Québec. GNL Québec réplique que leur projet respecte les lois en vigueur. En effet, l’évitement fiscal est légal - mais la question est ailleurs. Est-ce qu’un projet qui échappe à ses obligations morales mérite de recevoir de l’argent public?

GNL Québec n’ignore pas qu’elle participe à la course mondiale au gaz naturel. 202 nouveaux projets de terminaux GNL sont en construction ou en préconstruction à l’échelle mondiale, surtout en Amérique du Nord. Le « boom gazier » représente plus d’un billion de dollars d’investissement. Or, l’intensification inévitable de la lutte aux changements climatiques combinée à la chute du coût des énergies renouvelables menace la rentabilité de projets comme GNL Québec. Déjà, plus de 1000 institutions à l’échelle mondiale ont désinvesti 8,7 billions de dollars des énergies fossiles, dont le gaz naturel. Lorsque la bulle va éclater, qu’est-ce qui arrivera aux retombées économiques du GNL au Québec?

GNL Québec affirme que le GNL exporté à Saguenay remplacera des énergies fossiles plus polluantes ailleurs. Ses lobbyistes font miroiter une réduction des GES en aval pour faire oublier les 7,8 millions de tonnes de GES, celles-là bien réelles, qui seront produites en amont par le projet. La réalité du marché mondial de l’énergie est moins rose. Elle est dictée par le prix, pas les voeux pieux de GNL Québec. Le GNL exporté pourrait donc remplacer des énergies renouvelables s’il est moins cher. Pire, les sources d’énergie ne se substituent pas, elles s’additionnent plus souvent qu’autrement. Lorsque du GNL remplace du charbon, le charbon passe au prochain appel, à la prochaine usine. GNL Québec va donc augmenter la quantité d’énergie fossile en circulation. Comment allons-nous sortir le monde de sa dépendance aux énergies fossiles en produisant plus d’énergies fossiles?

GNL Québec sera une épine dans le pied pour les autres industries assujetties au marché du carbone. Le système de plafonnement et d’échange (SPEDE) limite les crédits d’émissions disponibles annuellement pour les entreprises, un plafond abaissé annuellement. Les joueurs industriels de la région devront donc partager les crédits disponibles avec GNL Québec, et ainsi réduire leurs émissions de GES plus rapidement que prévu. C’est comme si on se partageait un gâteau qui se rétrécit chaque année: les industries émettrices n’ont pas d’autre choix que de se mettre au régime. La transition écologique pose déjà un immense défi pour des entreprises comme Rio Tinto Alcan. Pourquoi leur ajouter de la pression en accueillant un projet aussi polluant que GNL Québec?

Le Saguenay manque cruellement de main-d’oeuvre. Dans la construction, plus de la moitié des métiers sont en pénurie. Rio Tinto a dû forcer des arrêts de production; pour Résolu, qui devra remplacer 800 départs à la retraite dans les prochaines années, c’est un défi monumental. La résilience économique de la région dépend de sa capacité à retenir et attirer les jeunes. Début novembre, 260 « enfants du Saguenay-Lac-Saint-Jean » affirmaient que l’avenir de la région passe par « de véritables projets de transition écologique », pas « le projet d’une autre époque » de GNL Québec. Qui va bâtir l’avenir de la région, des travailleurs temporaires de l’Alberta ou des jeunes qui reviennent au bercail grâce à la transition écologique?

Si les lobbyistes de GNL Québec sont à court de réponses satisfaisantes, pourquoi devrions-nous leur donner la réponse qu’ils espèrent: un « go » du gouvernement et le soutien des contribuables?

Manon Massé, porte-parole de Québec solidaire

Ruba Ghazal, responsable solidaire de la transition économique et écologique