Changements politiques

OPINION / Le film du cinéaste Joe Wright, L’heure la plus sombre, raconte qu’en 1940, avant de capituler devant Hitler, comme le lui conseillait son entourage immédiat, le premier ministre britannique, Winston Churchill, est descendu dans le métro de Londres pour consulter son peuple. Cela a eu l’heur d’éviter la transformation du monde libre en pire des cauchemars. Le grand homme n’avait qu’une seule définition de « démocratie souveraine » : « Le gouvernement du peuple, pour le peuple, avec le peuple. »

Le changement politique ressemble au changement climatique : sournois, insidieux, profondément enraciné pour durer. Des recherches du politologue de l’Université Harvard Yasha Mounk et de son collègue, le philosophe Michael Sandel, donnent à penser que l’affect pour la démocratie même imparfaite est en baisse un peu partout dans le monde libre. Selon les chercheurs, 40 % des électeurs, plutôt que d’aller voter, approuveraient un gouvernement « d’experts non élus » ; 22 % des Américains accorderaient leur confiance à un « leader fort » capable de décider sans interférence du Parlement et de la Cour Suprême. Dans pareil cas, Donald Trump aurait l’allure d’un grand démocrate.

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Selon un spécialiste des sondages, Roberto Foa, ce sont d’abord les jeunes qui ne veulent plus rien savoir de la démocratie imparfaite. La moitié des jeunes Américains de 18 à 34 ans trouveraient acceptable de vivre sous la houlette d’un leader fort, ou être gérés par un gouvernement d’experts non élus. Cette étude publiée en 2016 indique que plus de 70 % des jeunes des pays libres nés au début du siècle, les milléniaux, ne croient pas important de vivre en démocratie. Ils n’ont pas d’intérêt pour des « élections libres » et expriment peu de crainte face aux coups d’État, aux élections truquées comme en Russie, aux élections partielles (juste pour les membres du parti communiste) comme en Chine.

Selon Le Quotidien du 22 mars dernier, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) peut difficilement expliquer les raisons de ce désintéressement fort inquiétant des 18-34 ans pour le vote démocratique dans notre région : 51 % aux élections de 2014. Aux dernières élections municipales, j’ai vu défiler bon nombre d’électeurs dans 4 boites de scrutin et constaté une absence à peu près totale de ces jeunes. Ils se disent non intéressés aux élections par manque d’information, selon le DGEQ. Eux qui ont continuellement ou presque le nez rivé sur leur téléphone intelligent !

Le problème n’est pas le manque d’information, mais plutôt l’avalanche indigeste qu’ils sont incapables de gérer, faute de méthode. Il faudrait les y préparer sur les bancs de l’école selon le DGEQ. Et comment ! Ce sont ces citoyens qui demain seront appelés à voter, ajoute-t-il. Sinon, la démocratie, bien qu’imparfaite, ne survivra pas quand nous, les plus vieux, auront quitté ce monde. L’école traditionnelle, fort bien, mais ce n’est pas suffisant sans le complément pratique.

L’excellente chronique récente d’Isabelle Brochu dans Le Quotidien, intitulée « La valeur de l’or bleu » de Saguenay, dans laquelle elle considère qu’un débat démocratique est nécessaire sur le projet de la minière BlackRock, m’interpelle. BlackRock, veut pomper pour ses besoins personnels notre eau potable à raison de 800 mètres cubes, 24 heures sur 24, 365 jours par année, durant 25 ans minimum, dit-elle. 

Dans pareil cas, la population doit s’inviter à faire valoir son droit de parole face aux nouveaux élus dont plusieurs, se reconnaissent dans la célèbre phrase de Churchill. Parce que, si je comprends bien la chroniqueuse, à défaut d’être un enjeu planétaire pour trop de monde qui nage dans le déni des changements climatiques, il devrait en être au moins un pour le peuple saguenéen. L’absence à peu près totale de consultation sur les enjeux de ce projet gigantesque est un signal clair pour le peuple saguenéen. 

À lui de prendre les choses en mains pour que l’information et la transparence promises par le nouveau Conseil de ville ne soient pas juste un vœu pieux. On a mis au monde un conseil de ville à notre image…

Marcel Lapointe

Jonquière