C’est où «à Saguenay»?

OPINION / Je viens de recevoir le feuillet des festivités au village portuaire de Saguenay. Le montage est très bien fait, mais c’est où le village portuaire de Saguenay ? C’est où la Zone portuaire de Saguenay ? Il y a un port à Chicoutimi et un port à La Baie. C’est où l’Agora de Saguenay ? C’est où les Rythmes du monde à Saguenay ? C’est où le Festival des bières à Saguenay ?

Les arrondissements possèdent un nom bien à eux : Chicoutimi, Jonquière, La Baie.

Pourquoi ne pas les utiliser ? Ainsi, la population serait bien située et bien identifiée.

À Montréal, on a continué d’utiliser les noms Anjou, Saint-Léonard, Ahuntsic, Lachine, Côte-des-Neiges, etc. Je comprends que Saguenay est la grande ville fusionnée, mais c’est un nom emprunté qu’on utilise à toutes les sauces, même le Lac-Saint-Jean est souvent immergé dans la sauce Saguenay. Chicoutimi, Jonquière, La Baie, Laterrière, Shipshaw, voilà les noms d’origine que l’on doit utiliser pour nous identifier correctement et nous situer avec justesse. Est-ce logique lorsqu’à la télévision, qu’on nous parle de l’Université du Québec à Chicoutimi, à Saguenay ? Les cyclistes du Grand Défi Pierre Lavoie sont partis de La Baie pour se rendre à Saguenay ?

À la Poule aux œufs d’or cette semaine, il y avait un monsieur de Jonquière et une dame de La Baie ; dernièrement une dame de Laterrière. Et à l’émission Viens-tu faire un tour, les invités ne sont-ils pas Louise Portal de Chicoutimi et Dany Turcotte de Jonquière ? Personne n’utilise Saguenay. Tous s’identifient avec le nom d’origine et c’est parfait comme ça.

Saguenay ne nous identifie pas, c’est l’ambigüité totale. Un nom généralisé comme si on avait décidé, du jour au lendemain, que tous les habitants de notre région seraient des Tremblay.

Bonne réflexion.

Pauline Brassard

Chicoutimi

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D'UNE FÊTE À L'AUTRE

OPINION / Ne plus se sentir chez nous ! Voilà ce que je ressens depuis quelques mois. La cause de ce malaise : le débat sur la laïcité. Le Québec est au cœur d’une grave crise identitaire. De partout viennent les attaques sur la question du vivre-ensemble versus le racisme. Le Québec est-il raciste ?

Je pense qu’en s’attardant à cette question, nous évitons le véritable débat qui devrait porter sur ce que nous voulons être en tant que collectivité. Au Canada, le gouvernement prône le multiculturalisme, mais ne l’était-il pas dès le départ ? Issu de migration européenne, le Canada s’est façonné avec l’autre. Toutefois, au Québec, bien que le fruit d’une colonisation européenne, nous pouvons constater une certaine homogénéité de la population, et ce, jusqu’à tout dernièrement (et là je parle de quelques décennies). Ainsi, en voulant nous amener vers le multiculturalisme, le gouvernement fédéral ou même provincial a engendré un profond malaise, voire une remise en question de la définition de la collectivité québécoise. Et pour aplanir les différences mises en évidence par le malaise, le gouvernement a opté pour la laïcité. Oups ! Ils ont ainsi jeté de l’huile sur le feu (de la Saint-Jean…), provoquant une vague (que dis-je, un tsunami) antiraciste.

Mais au fond, que représente cette loi sur la laïcité ? Un moyen de protéger nos acquis si durement gagnés. Provoquer l’autre, peut-être. Le résultat est, jusqu’à présent, clair, le Québec a entamé une acculturation collective qui donnera comme résultat une culture sans saveur ni couleur. En misant sur la laïcité, le gouvernement québécois mise sur le « tout garder et ne rien perdre », sans exclure et en étant le plus ouvert possible à l’autre.

Beau projet, mais pas des plus réalistes : on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Ou on préserve nos acquis culturels ou on accepte l’autre dans ses us et coutumes, sans contrainte. La fin de semaine dernière, les spectacles de la Fête nationale se sont voulus intégrateurs, mais sans saveur. Se voulant intégrateurs, on a oublié la fierté d’être francophone dans un monde, dire un univers anglophone.

Je suis Québécoise francophone dans un Canada qui prétend être bilingue, mais soyons réalistes, le Canada est anglophone et je suis l’autre qui refuse de s’intégrer.

Annie Bonneau

Roberval