Ce terrain ne doit pas être vendu au privé

POINT DE VUE / La demande de Loge m’entraide que le terrain de l’ancienne boulangerie Fortin, à Kénogami, soit cédé à la Coopérative La Solidarité a fait couler beaucoup d’encre, dans les derniers mois. Avec raison. Il s’agit d’un rare terrain appartenant à la municipalité ; il devrait servir au bien-être collectif.

Depuis des années, notre regroupement, dont est membre Loge m’entraide, demande que les terrains publics excédentaires, payés par les contribuables, qu’ils soient municipaux, provinciaux ou fédéraux, soient réservés à des projets de logements sociaux et/ou répondant à d’autres besoins de la communauté, que ce soit pour un CPE, une école ou un parc, par exemple. Les villes devraient même en acquérir davantage pour constituer des réserves à ces fins.

Au cours des derniers mois, cette demande, portée par plusieurs organismes, semble avoir trouvé une oreille attentive dans différentes municipalités. Ainsi, récemment, la Ville de Québec a acquis un terrain public appartenant à Hydro-Québec pour le réserver à un projet de logement social. La Ville de Montréal a fait de même à plusieurs reprises, l’exemple le plus récent étant celui de l’ancien Hôpital chinois dans le quartier Villeray. De plus petites villes le font aussi. Ainsi, Sutton en Estrie annonçait récemment qu’elle avait acheté un terrain d’une fabrique pour le céder gracieusement à un projet de 18 logements sociaux.

En 2013, la Ville de Saguenay s’inscrivait dans cette logique en offrant ce terrain à une coopérative d’habitation pour la somme symbolique de 1 $, mais la découverte de contaminants sur le terrain avait mis fin à la démarche. C’est pour des raisons financières sur lesquelles elle a peu de contrôle que la coopérative, soutenue par Loge m’entraide, a alors dû se résoudre à abandonner le site, le coût de sa décontamination étant exorbitant pour le groupe.

Il faut comprendre que les projets de logements sociaux qui se développent actuellement au Québec sont régis par un programme, AccèsLogis, et que celui-ci a été sous-financé pendant des années ; les paramètres du programme n’ont pas été indexés pendant 10 ans. La coopérative et les organismes qui l’accompagnent ne peuvent faire fi de la viabilité financière du projet, à défaut de quoi il serait refusé.

Six années plus tard, le terrain est en voie d’être décontaminé ; le programme AccèsLogis a (enfin) été partiellement amélioré ; Loge m’entraide a aussi mené plusieurs collectes de fonds lui permettant de contribuer aux frais de décontamination. Il serait honteux, maintenant que ces conditions sont réunies, que la Ville revende le terrain au plus offrant.

L’arrivée de la coopérative à Kénogami contribuerait à améliorer les conditions de logement et freiner l’appauvrissement des locataires dans un secteur défavorisé de Saguenay ainsi qu’à dynamiser l’économie locale comme le démontre une étude récente de la Société d’habitation du Québec. Chaque dollar investi dans AccèsLogis rapporte 2,30 $ en retombées économiques locales, en plus de contribuer à créer de nombreux emplois directs et indirects. Qui plus est, l’accès à un logement décent et abordable permet de contrer la dévitalisation en maintenant, par exemple, des personnes aînées dans leur milieu.

Alors que les locataires de Saguenay sont trop nombreux à avoir des besoins impérieux de logement (2995, selon Statistique Canada), parce qu’ils vivent dans un logement trop cher, trop petit ou en mauvais état, et qu’ils sont parmi les plus pauvres du Québec, tous les paliers de gouvernement ont un rôle à jouer pour faciliter le développement de logements qui répondent à leurs besoins. Nous talonnons Québec et Ottawa à ce sujet, mais dans ce dossier-ci, c’est la Ville de Saguenay qui peut faire une différence.

Le FRAPRU joint sa voix à celle de Loge m’entraide et demande à l’administration Néron de céder le terrain de l’ancienne boulangerie Fortin à la Coopérative La Solidarité, seul projet de logement social en élaboration sur le territoire et pour lequel les membres et leur communauté sont mobilisés depuis maintenant six ans.

Véronique Laflamme, porte-parole

FRAPRU