Ce n’était que du fard vert

OPINION / On parle abondamment de l’importance d’un journal régional vivant, qui dit présent quand vient le temps de protéger l’essentiel, en toute logique.

À titre d’exemple, à venir jusqu’à maintenant, concernant les grands projets dans le fjord du Saguenay, je pense que la ligne éditoriale du journal Le Quotidien a été à la hauteur, parce qu’elle fut cohérente et équilibrée. Tenter de l’accuser de parti-pris serait, à mon avis, pure malhonnêteté.

Cependant, on ne pourrait en dire autant des élus de Saguenay, entre autres, des membres de la Chambre de commerce et de toutes personnes qui continueront de défendre dans l’absolutisme le plus entêté, le projet de GNL Québec. Ces « courts voyeurs » assujettis au grand capital n’ont d’yeux, évidemment, que pour la salivante création d’emplois de qualité, toujours dans un contexte de croissance économique générateur de GES. Comme si tout autre paradigme ne saurait être envisageable.

C’est, je pense, exactement la vision défendue dans le Carrefour des lecteurs, en fin de semaine dernière, par l’élu municipal Marc Pettersen, qui prétend que les politiciens dorment au gaz ; il n’a jamais si bien dit, en l’occurrence.

Ce projet de production de gaz naturel de fragmentation fut dénoncé, dès le départ, par les groupes de protection de toutes sortes, de même que par 150 scientifiques québécois à cause de sa dangerosité pour l’environnement, la nature et la beauté du monde.

Sans doute, on nous servira la rhétorique voulant que des forces occultes montréalaises instrumentalisent des groupes qui ici luttent pour la protection de nos rivières, etc. Mais, logiquement, ce qui vaut pour le monde versus le poumon de la planète qu’est l’Amazonie, qui présentement brûle à raison de 41 000 feux allumés par des incendiaires cupides du Brésil, vaut également pour les Québécois préoccupés par la dégradation de l’un des plus splendides sites naturels de la province. À bien plus petite échelle, certes. 

Mais la multiplication de ces « petites échelles », compartimentées et pas évidentes à première vue, d’autant si l’information ne circule comme elle le devrait, nous expose à bien plus que ce que nous vivons là, en raison du changement climatique.

GNL Québec, à ce stade d’avancement de son projet, croyait-elle passer à travers les mailles du chalut de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE) ? On ne peut que saluer la pertinence et l’impartialité de l’Agence qui, suite aux pressions de groupes écologistes, a accordé un E à GNL-Québec, qui a lamentablement échoué à démontrer que son projet était bien ficelé ; autrement que juste pour remplir de fric les poches déjà débordantes de quelque1 % des gens.

On a posé la question à GNL Québec sur une alternative pour éviter que ses méthaniers se retrouvent, comme l’éléphant dans le magasin de porcelaine, en plein cœur de l’habitat des familles de bélugas et de rorquals, deux espèces en péril. Stéphanie Fortin, des relations publiques de la compagnie, a glissé tout en laissant l’impression de maîtriser la situation. Seulement, la déstabilisation de la porte-parole était visible, malgré une énième déclaration visant à rassurer l’opinion publique. 

Avec un triplement de transits, 1300 rien que pour GNL, on ne peut donner cher de la peau des 880 bélugas encore vivants dans l’embouchure du Saguenay. Déjà que leur population est à la baisse à cause de différentes sources de stress, le son en particulier.

Le masque vert de GNL Québec est enfin tombé. Il ne lui reste plus qu’à ramasser ses petits et à tenter sa chance sur le versant nord du Saguenay, plus précisément à Dolbeau, pour faire transporter son gaz à Sept-Îles et ensuite sous des cieux présumément plus cléments.

Marcel Lapointe

Jonquière