Ce gaz que l’on dit naturel

OPINION / Dans le texte « À quoi sert le gaz naturel », paru le 17 août dans cette même rubrique, Gilles Gauthier rappelle la nécessité d’utiliser une certaine quantité de ce carburant fossile même dans une province comme le Québec, grande productrice d’énergie hydroélectrique. Cependant, il importe de nuancer cette réalité pour ne pas fausser le débat concernant la pertinence d’accueillir dans notre région de nouvelles industries qui reposent sur l’extraction, la transformation et l’exportation de ce type d’énergie.

C’est le cas du projet Énergie Saguenay avec son gazoduc de 780 kilomètres en territoire québécois, son usine de liquéfaction de Grande-Anse à La Baie ainsi que sa flotte de super méthaniers à destination d’autres continents en passant par les fragiles écosystèmes du fjord et du fleuve Saint-Laurent.

Le Québec possède déjà les sources d’approvisionnement nécessaires en gaz naturel pour le développement de ses industries de transformation des matières premières. Sur le plan environnemental et dans une optique de développement durable, il n’a aucun intérêt à en produire massivement pour les marchés de l’Europe et de l’Asie.

Rappelons qu’avec le projet Énergie Saguenay, le gaz des provinces de l’ouest qui alimenterait l’usine de liquéfaction de GNL Québec proviendrait à 80 % de puits de forage impliquant la fracturation hydraulique à une grande profondeur. Une technique très énergivore qui n’a rien d’écologique bien qu’elle soit encadrée par le gouvernement canadien. En ajoutant son exportation par bateaux sur de très longues distances et la nécessité de le reconvertir sous sa forme originelle dans les pays importateurs, ce gaz risque de produire au terme du processus autant de GES que le pétrole et le charbon qu’il est censé remplacer.

Je dis bien censé. En effet, de nombreux experts estiment que le gaz canadien risque plutôt de s’additionner aux autres carburants fossiles ou encore de se substituer au gaz en provenance de régions plus rapprochées, dont l’empreinte écologique serait moindre.

Le seul argument en faveur du projet Énergie Saguenay est de nature économique. Il pourrait favoriser chez nous une nouvelle poussée de croissance pour une durée limitée, au terme de laquelle nous nous retrouverons avec des installations obsolètes et un environnement – sol, air et eau – dégradé. Il ne faut pas se laisser endormir par les discours rassurants de l’industrie, laquelle serait au bout du compte la seule véritable bénéficiaire de cette exploitation. Et encore faudrait-il qu’il n’y ait aucun accident de parcours.

Pourquoi s’engager dans ce bourbier ? Nous avons plein d’autres opportunités de générer de la richesse tout en préservant les attraits naturels de notre magnifique région.

Clément Fontaine

Chicoutimi

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ÇA FAIT RIRE LES OISEAUX

C’était en décembre 1995.

La Compagnie Créole venait donner un spectacle dans le sous-sol d’une église à Chicoutimi-Nord.

Un membre de mon groupe de travail avait eu l’idée, vu la période des Fêtes, de faire tirer un billet d’entrée pour le spectacle. À mon grand étonnement, sans n’avoir eu aucune attente, c’est mon nom qui est sorti. J’ai accepté le billet, je sais vivre.

Mon patron, Denis, à l’époque, avait fait la remarque devant tous, que le billet tombait bien, vu que ce groupe rejoignait surtout les vieux.

Il avait raison. Des personnes assez matures et très sages remplissaient et composaient le public de ce sous-sol d’église.

Vingt-quatre ans plus tard, sur la Côte-Réserve, Ça fait rire les oiseaux passe par la fenêtre de ma chambre et dérange mon sommeil.

Je crois d’abord que la musique provient d’un voisin, cela ne me dérange pas, je n’oblige personne à se coucher à l’heure des poules, il était 20 h 45.

On me dit que la musique provient de la rue Racine, des Rythmes du Monde. La Compagnie Créole sur la rue Racine !

Je les croyais vieux et dans des maisons de retraite...

Le lendemain, dans presque tous nos médias d’ici, on vantait la prestation incroyable de la Compagnie Créole. Nous en manquions de mots.

On avait cependant eu un problème de son. L’auditoire tassé, collé et serré de la Racine n’avait pas entendu grand-chose. Le technicien au son de la Compagnie n’avait pas branché les fils à la bonne place.

L’avoir su, la foule serait montée sur la Côte-Réserve, le son, on l’a appris ce soir-là, monte.

Que dire maintenant des messages, ou plutôt des sous-messages entendus à l’après-Rythmes du Monde ?

On a parlé de notre ouverture comme région blanche, unilingue face aux autres ethnies. On s’est dit aussi que la Racine ne pouvait plus accueillir autant de monde, faut avoir d’autres projets, discours nouveau en 17 ans de cet événement. D’autres projets ? On sait tous lequel.

Le succès des Rythmes du Monde, c’est le « tassé, collé, serré ». Amenez, l’an prochain, ces milliers de personnes au centre Georges-Vézina ou au Vieux-Port. On s’en reparlera.

Pour sept ou huit soirs par an, pensons-y comme il faut. Vous me comprenez.

Pauline Germain

Chicoutimi