Carrefour des lecteurs

Le « robot culinaire »

La robotique fait son petit bonhomme de chemin en restauration rapide. Avec les guichets de service, de plus en plus, l’humain joue un second rôle pour satisfaire les clients qui visitent les lieux. Avec la campagne du salaire minimum à 15 $ de l’heure, le coût de la main-d’oeuvre augmente partout en Amérique du Nord. Bien sûr, les entreprises tentent de minimiser l’impact de ces hausses, d’une façon ou d’une autre.

Mais voilà qu’un restaurant à San Francisco a décidé d’utiliser les grands moyens. Le restaurant Creator, où l’on sert des burgers, a ouvert ses portes il y a quelques semaines, devenant ainsi le premier établissement de restauration rapide sans cuisinier. Même si le restaurant emploie un certain nombre d’employés, il n’y a personne dans la cuisine. Tout se fait par un robot muni de 350 détecteurs et de 20 ordinateurs.

Les quelque 130 burgers fabriqués chaque heure ne nécessitent l’intervention d’aucun humain. Chaque burger prend environ cinq minutes à produire. Les clients peuvent suivre l’évolution de leur commande sur une tablette ou un téléphone intelligent. À l’extérieur de la cuisine, Creator engage environ 40 employés, afin de rendre l’expérience client la plus agréable possible. En revanche, de ces 40 employés, seulement neuf d’entre eux travaillent dans la salle à manger du restaurant. La majorité surveille et assure le bon fonctionnement de la robotique et de l’approvisionnement des ingrédients.

Le menu offre un choix restreint de quatre plats au total, mais le sur-mesure vole la vedette, bien évidemment. Les clients peuvent même demander d’augmenter la portion de leur ingrédient favori, sans frais supplémentaire. Bientôt, les clients pourront même demander l’ajout d’une quantité minimale d’un ingrédient, au millimètre près. Pour les prix, la formule s’avère fort simple. Un burger coûte 6 $, et les à-côtés s’obtiennent pour 2,50 $ supplémentaires. Donc, pour 8,50 $, vous obtenez, dans votre assiette, un burger et une frite. Pas si mal pour un restaurant dans la région de San Francisco ! Le décor minimaliste du restaurant, constitué de murs blancs et de ciment, vise à concentrer le regard des visiteurs vers le maître à l’oeuvre, le robot culinaire de 14 pieds.

Creator s’ingère dans le monde de la restauration rapide par le biais d’experts étrangers au domaine de l’alimentation. L’intelligence et la robotique de Creator ont été développées par des experts ayant déjà travaillé chez Apple, Tesla, Walt Disney et la NASA, rien de moins. Ces jours-ci, l’innovation dans le domaine alimentaire est généralement amorcée par les protagonistes de la technologie qui émanent de divers secteurs étrangers au domaine agroalimentaire. Creator ne fait donc pas exception à cette tendance.

Les avantages d’un tel modèle impressionnent. Creator offre à sa clientèle une qualité constante, sans faille. Au niveau de la salubrité alimentaire, les avantages sont énormes. Il y a, bien évidemment, toujours un risque de contamination, mais la manipulation humaine, qui apporte habituellement son lot de problèmes, est inexistante. La nette diminution du coût de la main-d’oeuvre favorise des portions d’ingrédient plus généreuses chez Creator, comparativement à d’autres endroits mettant en vedette le burger.

La robotisation n’en est pas à sa première incursion dans le domaine de la restauration rapide à San Francisco. La région possède déjà une pizzéria et un café automatisés depuis déjà quelques années.

Malgré l’attrait et l’attention médiatique, il n’existe toujours que deux ou trois restaurants automatisés dans la région. L’aspect humain, en restauration, demeure tout de même un élément important de l’expérience. Ce n’est donc pas demain la veille où nous assisterons à l’ouverture d’une panoplie de restaurants avec des robots aux fourneaux. Cuisiner demeure avant tout un art, malgré l’influence des grands maîtres de la Silicone Valley. Sans surprise, les grandes chaînes s’efforceront sans relâche à trouver des moyens de toutes sortes pour diminuer les coûts de la main-d’oeuvre.

Creator apporte toutefois son lot d’intrigues. Si vous pensez vous rendre au restaurant une fois à San Francisco, pour goûter un burger fait à la machine, détrompez-vous. Vu l’achalandage, il faut se procurer un billet à l’avance pour visiter le restaurant, et aucun n’est disponible jusqu’en octobre. Depuis son ouverture, Creator devient un véritable phénomène social et culturel. Une mine d’or, vous dites ?

Sylvain Charlebois, professeur

Doyen de la Faculté de management

Université Dalhousie (Nouvelle-Écosse)