Carrefour des lecteurs

L’apport de l'éolien à la vitalité de nos régions


Depuis plusieurs années, l’énergie éolienne est la cible de critiques, parfois virulentes, celles-ci allant de l’appauvrissement des citoyens québécois à une gestion électoraliste du développement régional. Malheureusement, cette analyse de l’industrie éolienne ignore les motifs qui sous-tendent son développement et ne traite pas des retombées économiques locales significatives pour les communautés, de même que l’état actuel de la production d’électricité provenant des éoliennes.

Le Québec accueille aujourd’hui près d’une quarantaine de parcs éoliens installés dans près de 70 municipalités. Pour les communautés concernées, ces éoliennes génèrent des retombées considérables et participent à la vitalité de nos régions. Selon une étude réalisée par AVISEO conseil, la production d’énergie éolienne permet un versement annuel de 93,5 millions $ aux communautés locales.

Ces retombées sont encore plus importantes dans les derniers projets éoliens où les municipalités, MRC et communautés autochtones sont des partenaires financiers du projet. Au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, les municipalités toucheront annuellement 60 millions $ au cours des 25 prochaines années grâce à la production provenant des parcs éoliens de leurs régions. C’est de l’argent frais qui contribue à la diversification des revenus municipaux et qui sert au développement économique autonome de ces régions.

Lors du dernier appel d’offres en 2014, le prix de l’énergie éolienne se situait à 6,3 sous du kilowattheure, une diminution de 60 % en comparaison à 2008. Selon le président-directeur général d’Hydro-Québec, la filière éolienne est maintenant évaluée sérieusement par Hydro-Québec pour répondre aux nouveaux besoins énergétiques. « On a construit la Romaine à 6 cents du kilowattheure. Le prochain ouvrage, plus au nord, pourrait être beaucoup plus coûteux dépendamment des types de sols. À ce moment, on aura une décision : est-ce qu’on fait de l’éolien ? », a déclaré celui-ci aux parlementaires chargés d’étudier les crédits d’Hydro-Québec.

Évidemment, si le Québec est en situation d’importants surplus énergétiques, tout ajout à sa capacité de production, peu importe qu’il soit hydroélectrique ou éolien, peut difficilement être rentable. Toutefois, dans notre évaluation de l’énergie éolienne, il est important de ne pas adopter une vision réductrice et à court terme.

Chaque projet éolien est différent, et il est important de juger du bien-fondé de chacun d’eux sans faire le procès de l’énergie éolienne dans son ensemble. De plus, la demande en énergie éolienne est amenée à augmenter. À l’échelle mondiale, compte tenu du défi climatique, on estime que 72 % des 10,2 billions $ consentis en ajout de capacité de production d’électricité d’ici 2040 le seront dans l’éolien et le solaire. Déjà, plusieurs États américains susceptibles d’être visés par Hydro-Québec pour l’exportation de notre électricité exigent qu’une partie de cette énergie provienne de l’énergie éolienne. Loin d’être éphémère ou dépassé, le secteur de l’éolien est là pour rester.

Il ne faudrait pas oublier également que ces investissements publics de la part du gouvernement ont favorisé le développement d’une expertise qui permet aujourd’hui au Québec de se positionner avantageusement dans ce domaine, et ce, à l’échelle internationale. Quand le gouvernement accorde d’importants crédits d’impôt aux entreprises de multimédias, ce n’est pas vu comme une subvention destinée aux citoyens des grandes villes, mais comme un investissement stratégique dans la vitalité d’un secteur clé de notre économie. Il s’agit de la même situation pour l’industrie éolienne.

Les régions demandent aujourd’hui que des mesures concrètes soient prises afin qu’elles aussi puissent se développer et se diversifier. C’est pourquoi la Fédération québécoise des municipalités (FQM) défend régulièrement, et avec raison, la nécessité de créer des emplois structurants dans nos régions.

Avec ses 5 000 emplois situés majoritairement en région et un salaire annuel moyen de 30 % supérieur au revenu moyen des particuliers québécois, l’éolien répond clairement à cet objectif.

Ces emplois renforcent et diversifient le tissu économique de nos régions tout en leur permettant de faire face adéquatement aux soubresauts de notre économie. Même si le travail n’est pas terminé, le développement que connaît depuis peu la région de la Gaspésie en est un exemple éloquent.

Alors que nous savons que les petits centres de population ont vu plus de 45 000 emplois disparaître sur leurs territoires dans les cinq dernières années, nous croyons important de connaître ce que les partis politiques comptent faire pour renforcer et diversifier l’économie de nos régions. La FQM, quant à elle, est convaincue que le maintien d’un secteur éolien dynamique fait partie intégrante de la réponse.

Jacques Demers, président

Fédération québécoise des municipalités (FQM)