Carrefour des lecteurs

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+ ACHETER LOCAL

En réaction à l’éditorial de Marc St-Hilaire intitulé « Les grands perdants » et paru dans l’édition du 21 août.

Je suis vraiment en accord avec votre éditorial concernant l’avenir du Quotidien. Sachez qu’étant moi même, avec mon époux, propriétaire d’un petit commerce qui, en passant, annonce chez vous, je suis très préoccupée par l’avenir des médias, mais aussi par celui des petits commerçants locaux qui triment dur et fort pour se faire un chemin à travers tous ces géants qui essaient, tant bien que mal, de nous écraser.

Aujourd’hui, les gens vont jusqu’à acheter des produits alimentaires identiques à ceux que j’offre sur Internet. [...]

C’est décevant de voir comment les gens de la région prennent plaisir à inciter les autres à acheter dans des commerces appartenant à des propriétaires corporatifs. Moi, je fais partie de ceux qui ont une franchise et l’argent que les gens dépensent chez nous reste ici, dans notre région. Par contre, chez Walmart et Costco, l’argent sort de la région, sauf pour les salaires des employés. Je ne sais pas ce que ça va prendre à nos concitoyens pour se réveiller et prioriser nos journaux locaux et l’achat dans les commerces comme le nôtre.

Il faudrait que les gens de la région et de la province apprennent à être contents du succès ou de la réussite de leur voisin, ou juste le citoyen de la même ville qui a eu le courage d’essayer de se partir en affaires. Il faudrait que les gens soient fiers de dire qu’ils participent à la réussite d’un commerçant local en allant l’encourager, au lieu de le regarder en se disant : « Je vais voir jusqu’à quand il va tenir le coup. » Heureusement, il y a des gens qui comprennent et qui viennent nous encourager. Alors, merci à ceux qui nous encouragent déjà et on espère que d’autres gens vont changer leur façon de faire.

Moi, je suis très sensibilisée et j’essaie de propager ma façon de penser en sensibilisant mon entourage, mais malheureusement, je me sens comme un dinosaure, seule dans mon coin.

Je vous souhaite pour vous et tous vos confrères le meilleur dans cette épreuve et j’espère que le meilleur reste à venir. On se souhaite bonne chance et on ne lâche pas.

Cathy Wilmott

Saguenay

+ C’EST TRÈS GRAVE

Il faut sauver le journal Le Quotidien ; surtout, empêcher qu’il ne tombe dans les griffes d’un concentrateur de la presse écrite. Il en va de la santé de la démocratie au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Voir disparaître presque tous les journaux hebdomadaires de la région s’est avéré, pour moi, un mauvais signe avant-coureur. Parce qu’avant de disparaître, prenons par exemple l’hebdo Le Réveil de Jonquière, je constatais qu’inexorablement, la quantité et la qualité de l’information laissaient place à toutes sortes d’autres choses. La pire étant l’envahissante publicité.

Puis, la logique capitaliste a fait le reste, pour fermer une entreprise déjà à genoux sur le plan financier et dont les employés étaient en conflit de travail depuis plusieurs mois. Toutes les conditions étaient réunies pour lui donner le coup de grâce.

Rien de mieux que la concentration dans un même créneau économique pour enrichir davantage la minorité possédante. Quoique dans le cas de la presse écrite et d’autres médias d’information, c’est très grave ce qui se passe. Prenons le journal Le Quotidien de Saguenay. Advenant sa fermeture, avec, à la clé, la privation d’une information locale, qui, depuis des décennies maintenant, fait sentir son importance, voire sa nécessité.

Au Québec, les citoyens des régions qui ne possèdent pas ce que j’appellerais un observatoire critique de l’actualité locale, à l’affût du scandale, des grands projets et autres, n’en souffrent pas. Ils n’ont pas le choix de se rabattre sur un quotidien provincial, la radio, la télé, en demeurant dans les limbes ou presque concernant l’activité sociale, politique, culturelle et économique de leur propre patelin.

Ironie du sort : de surcroît, le proprio capitaliste (Pierre Karl Péladeau) qui veut s’emparer du Quotidien pour concentrer davantage la presse – c’est ma conviction profonde – est le même qui, sans état d’âme, a fermé l’entreprise Le Réveil.

Bien sûr, il existe encore des hebdos locaux à certains endroits, mais si peu, et au demeurant, cette presse est, elle aussi, polluée de pub abondante pour survivre.

Quelqu’un, récemment, dans le Carrefour des lecteurs, a mentionné les mots « survivre pour une presse libre » en parlant de l’avenir de notre quotidien régional. Mais non ! Cela fait déjà assez longtemps que le journal est en état de survivance, sur des eaux tumultueuses infestées de requins à l’affût des canards rendus boiteux par les passe-droits que les politiques pleutres et assujetties au grand capital réservent aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) de ce monde.

Oui, les deniers du trésor public sont les bienvenus, même ceux des villes importantes de la région, qui, à mon avis, se sont davantage tournées vers le Web pour faire passer des messages, des annonces et je ne sais quoi d’autre à leurs citoyens. Je pense que les citoyens qui veulent de l’information démocratique accepteraient de payer un peu plus de taxes pour assurer la pérennité de notre fleuron régional. Le Quotidien, comme d’autres, parce qu’il n’a pas le choix – survivre ou crever –, fait place à toujours plus de pub au détriment des nouvelles et chroniques, lesquelles, au demeurant, proviennent trop souvent des salles de rédaction des autres partenaires de Groupe Capitales Médias.

J’espère que le quotidien régional pourra reprendre sa vie d’antan, sans continuer à être en mode survie et sans nous accabler avec davantage de pub. S’il y a assez de lecteurs comme moi pour y tenir, il doit bien y avoir des moyens autres pour assurer une vitalité renouvelée et durable à ce journal !

Marcel Lapointe

Jonquière

+ SORTEZ LA SACOCHE

Je ne suis plus dans la région, mais j’aime savoir ce qui se passe. Votre présentation est excellente sur Internet. Ce n’est pas tout de dire : « J’aime lire le journal sur Internet, car c’est gratuit. » Il faut que nous, les lecteurs sur Internet qui ne déboursent rien, finissions par sortir notre sacoche nous aussi. Car, ce n’est pas seulement à ceux qui reçoivent le contenu sur papier d’en supporter la publication. [Je suis] abonnée au Devoir (papier). Nous devons faire un peu plus pour sa survie. Je vais faire ma part, car un journal, c’est la survie d’une région. Ne cherchez pas ailleurs.

Agathe Girard

Brossard

+ CETTE FOIS DOIT ÊTRE LA BONNE

Lundi s’amorce à Québec une commission parlementaire décisive pour rien de moins que la pérennité de la vie démocratique québécoise. La commission sur l’avenir des médias d’information survient tout juste une semaine après que le Groupe Capitales Médias se soit placé, avec ses six quotidiens, à l’abri de ses créanciers.

Si rien n’est fait au-delà des cinq millions de dollars annoncés par Québec cette semaine, Le Soleil (Québec), Le Droit (Ottawa-Gatineau), La Tribune (Sherbrooke), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), La Voix de l’Est (Granby) et Le Quotidien (Saguenay–Lac-Saint-Jean) – de véritables institutions qui font partie de l’ADN de leur région – pourraient disparaître. Les Québécois sont sous le choc.

On répète pourtant ad nauseam depuis des années qu’il y a une crise dans les médias, mais des solutions tardent à être mises en place pour remédier à l’exode des revenus publicitaires vers des géants du Web comme Google et Facebook. Ces derniers ont grossi en vampirisant le contenu produit par les médias traditionnels… et en ne donnant rien en retour, pas même leur juste part de taxes et d’impôt. Même si Québec a bougé sur ce plan en demandant aux GAFA de percevoir la TVQ depuis janvier, rien n’est en vue du côté d’Ottawa pour rétablir l’équilibre fiscal à court terme et les journaux attendent toujours l’aide promise dans le dernier budget fédéral. On dit souvent que « les journalistes sont les chiens de garde de la démocratie » et ce n’est pas une lubie. À l’aube du déclenchement d’une campagne électorale fédérale et à l’ère des fake news, le journalisme est plus essentiel que jamais et la valeur démocratique de marques d’information fiables comme La Voix de l’Est, Le Soleil ou les autres journaux de Groupe Capitales Médias est immense.

Espérons que cette énième consultation sera la bonne. Elle doit permettre non seulement de trouver comment assurer la survie des médias qui sont à la base de notre démocratie, mais aussi comment maintenir les emplois et les conditions de travail qui permettent la production d’une information de qualité partout au Québec. Le gouvernement Legault doit rapidement développer une solution globale qui s’adresse autant aux journaux, qu’à la télévision et à la radio. Il doit également faire pression sur Ottawa afin que la fiscalité et la réglementation soient adaptées au numérique pour éviter la fermeture d’autres médias.

Denis Bolduc, président

Syndicat canadien de la fonction publique (FTQ)