Carnet de voyage

OPINION / Il y a tant à dire sur la Chine et son peuple que des choix s’imposent pour présenter mon carnet de voyage. Parmi les remarques qui me viennent à l’esprit, les marrés humaines qui déferlent vers les grands classiques touristiques de l’Empire du Milieu (Grande Muraille, Cité interdite, armée de soldat en terre cuite) sont composées en majorité d’habitants du pays.

Le caucasien que je suis avait ni plus ni moins l’allure de Charlie à travers les contingents qui déambulaient dans les rues de Shanghai, côté vieille ville, pour se rassembler sur le bord du grand fleuve Yang-Tsé-Kiang afin d’admirer la parade de bateaux de croisière devant la nouvelle ville. Shanghai, la contrastante, c’est capoté !

Les Chinois en moyens de le faire découvrent leur singulier pays. Ils sont conscients que sa croissance économique passe par l’achat local. Si l’industrie touristique est dominante en Chine, c’est d’abord le Chinois lui-même qui la fait vivre en visitant sa Chine. Le Chinois riche, d’abord, mais aussi la classe moyenne, qui est en plein essor dans ce pays d’un milliard 400 millions d’âmes.

C’est remarquable : je n’ai pas vu de voitures personnelles usagées en Chine; HGrégoire y ferait faillite. Les Chinois mieux nantis circulent en voiture récente – il y a beaucoup de VUS, mais pas de camionnettes. Les nombreuses autoroutes en sont encombrées. Sinon, c’est le scooter, silencieux parce qu’électrique, soit dit en passant. Pour une vaste proportion, téléphone intelligent à la main. Les moins riches ou ceux qui préconisent le transport actif s’en remettent au vélo public géré numériquement de façon très efficace, ou à la marche. Pas, ou si peu d’obésité en Chine. On ne nous sert pas de dessert en Chine, si ce n’est que du melon ou de quoi de semblable.

On peut imaginer le bien à l’économie chinoise provenant des retombées économiques du tourisme chinois, contribuant justement à sortir les moins bien nantis de la misère, qui, à leur tour, pourront découvrir les richesses millénaires que renferme le pays. Parmi les forces économiques de la Chine, le tourisme sera toujours en mesure de soutenir son PIB. Que Donald Trump se le tienne pour dit.

Ce n’est pas que les Chinois pris individuellement soient plus criards que d’autres races, mais la voix du nombre qui m’entourait, à Pékin comme à Shanghai, était pour le moins étourdissante. Cela n’enlève rien à l’aménité de ce peuple extraordinaire à bien des égards. Un peuple capable de baisser le ton si nécessaire , par exemple sous le dôme érigé par les autorités pour protéger le singulier site archéologique de l’armée des 6000 soldats en terre cuite, découvert accidentellement par un fermier qui se creusait un puits. On y chuchote ou on se tait. Atmosphère de recueillement sur un site archéologique renversant quand on imagine, ne serait-ce qu’un instant, l’importance accordée par les anciens à un travail de cette envergure.

Oh ! Il faut que je vous parle des 1800 marches inégales qu’il m’a fallu gravir pour atteindre le sommet de la Grande Muraille en compagnie d’une Almatoise et d’une Jeannoise d’origine devenue Sherbrookoise. 

Du coq à l’âne : la pêche au cormoran est maintenant interdite en Chine, entre autres à Guilin, la ville des mille collines. Mais qu’à cela ne tienne, un ex-pêcheur imaginatif, avec ses deux cormorans perchés sur ses épaules, gagne sa vie à se faire photographier avec les touristes.

Mon seul regret : n’avoir pas séjourné assez longtemps dans ce pays remarquable. Car, c’est inévitable, on passe beaucoup de temps dans les transports. Cinq jours, ce n’est pas assez.

Marcel Lapointe

Jonquière