Bertrand Tremblay n'est plus, mais sera toujours

OPINION / Lorsque je me suis réveillée à l’aube ce samedi 20 septembre, j’ignore pourquoi, j’ai pensé à Bertrand Tremblay, me disant, il serait temps que nous le partagions ce café promis. Je l’ai vu à la réception festive organisée pour les 21. Il m’a enlacée, disant sa joie de me voir. Je l’ai embrassé, ignorant que c’était pour la dernière fois. Et en ce moment, j’éprouve une infinie tristesse et le regret de savoir le livre de ses mémoires inachevé. Difficile d’admettre qu’il ne soit plus là.

Bertrand Tremblay n’est plus, mais il sera toujours. Pour moi et beaucoup d’autres, je n’en doute pas. À la création du journal Le Quotidien, Bertrand Tremblay occupait le poste de rédacteur en chef. Sa porte était toujours ouverte pour les jeunes journalistes que nous étions. À l’écoute et toujours prêt à désigner le meilleur chemin sans jamais l’imposer. 

Il avait l’élégance de l’esprit, l’ouverture du cœur. On pouvait ne pas être d’accord, il laissait toute la place à la dissidence, ouvrant quand même la porte à la réflexion. Il m’a inspiré respect et confiance et transmis son amour pour ce Saguenay–Lac-Saint-Jean qu’il n’a jamais cessé de défendre. Avec ses écrits, combien de luttes il a su mener pour que cette région ne soit pas ignorée, pour qu’elle résiste à l’amputation des centralisateurs. 

J’ai connu le Bertrand Tremblay festif alors que nous étions comédiens dans la série des Grands Revenants du Carnaval-Souvenir de Chicoutimi. Dans les loges, avant et après le spectacle, ainsi que lors des répétitions, avec les autres comédiens s’installe un lien qui n’a plus rien à voir avec le lien professionnel. Mais là, comme toujours, cet homme demeurait intègre, passionné et, à travers son personnage, prêt à combattre pour défendre les idées que l’auteur lui prêtait. 

J’ai connu un Bertrand Tremblay farouchement engagé pour que la région ne soit pas dépouillée de ses fleurons. Rédacteur en chef du magazine AL13 il en était un des piliers soucieux d’assurer la pérennité du Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium. Recrutée à ma retraite journalistique comme pigiste, il m’a fait l’honneur de devenir son assistante pendant plusieurs années. Un travail qui a contribué à créer une complicité et, inévitablement, une amitié. 

Bertrand m’ouvrait son univers. Je lui ouvrais le mien. Il était un fidèle des Saguenéens, mais il était aussi un fervent admirateur de nos artistes. Il fut, plusieurs années, membre du jury de l’Ordre du Bleuet, soucieux de rendre hommage à ceux qui ont contribué à notre richesse culturelle. 

J’ai tant de peine de savoir son décès. Et tant de fierté d’avoir eu dans ma vie un être de cette qualité. Mes plus sincères condoléances à la famille de cet homme exceptionnel.

Christiane Laforge

Ex-journaliste

Saguenay