«Ben oui, on est raciste»

OPINION / L’ex-ministre de l’Immigration du Canada et de plein d’autres ministères aussi, ex-ambassadeur du Canada en France et Robervalois de souche, Benoît Bouchard, s’était fait taper sur les doigts parce qu’il avait osé dire que notre région du Saguenay-Lac-Saint-Jean était plus hermétique aux immigrants et à leur influence sur notre culture en raison de son éloignement. Même si toute vérité n’est pas bonne à dire ; il avait raison même si ce n’est plus le cas aujourd’hui depuis l’ouverture sur le monde, provoquée par l’accessibilité à la toile mondiale, ce triple w incontournable. Je devais avoir 10 ou 12 ans, quand pour la première fois j’ai vu, en chair et en os, un homme noir comme on en voyait sur les pages des journaux de l’époque. Il descendait d’un wagon de marchandise garé devant l’entrepôt de matériaux de construction Collard dans la côte du rang neuf à Alma.

Mon petit fils, né à Montréal, est entré en prématernelle dans l’Ouest, près de chez lui. Il a partagé ses jeux avec une majorité d’enfants hispanophones et anglophones. Aujourd’hui, alors qu’il entreprend son secondaire, il parle trois langues et son meilleur ami est Vietnamien.

Aucune comparaison possible avec la réalité des années 1950 et 1960, chez nous. Pourtant, certains événements de l’époque auraient dû nous sensibiliser aux autres cultures mondiales. En 1956, par exemple, alors que la Russie a envahi la Hongrie, mes parents avaient accueilli une famille hongroise à la maison pendant quelques mois. Cette famille originaire d’une petite ville, à cheval sur la frontière de la Hongrie et de l’Autriche, dont le père connaissait quelques notions d’anglais, s’est expatriée à Toronto, qui comptait déjà une communauté hongroise importante. Quelques années plus tard, la jeune fille, qui avait à peu près mon âge, nous envoyait de la Ville Reine une photo de son mariage.

N’empêche que jusqu’à ce qu’on quitte le cocon familial, notre mentalité d’insulaire se refusait à l’acceptation universelle. Et les immigrants devaient le sentir, parce qu’il y en avait très peu chez nous.

Heureusement, notre région, comme toutes celles du Québec profond, n’a pas manqué de prendre le train de l’évolution tiré par les locomotives de l’éducation et de la croissance économique. Aujourd’hui, aucun effort n’est négligé pour attirer chez nous des immigrants entre autres pour combler les besoins en main-d’œuvre. Et on a tous compris que ces nouveaux arrivants constituent un apport inestimable à notre économie comme à notre culture.

Richard Banford

Bégin

Alcool et lieux publics: portée trop large?

OPINION / Il est légitime pour une municipalité de réglementer la consommation de boissons alcoolisées dans les lieux publics. Cela fait partie de sa responsabilité de protéger la « paix et l’ordre » de ses citoyens. Toutefois, ce pouvoir ne doit pas aller trop loin en couvrant des comportements qui ne sont pas illégaux en soi.

En prévision de la légalisation du cannabis, plusieurs municipalités du Québec ont modifié leur législation pour prohiber la consommation de drogue dans tout lieu public, autorisant la consommation aux seuls lieux privés. On peut critiquer ce choix, mais il n’est pas déraisonnable.

Toutefois, plusieurs municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont allées plus loin. Elles ont prohibé le seul fait d’être sous l’effet d’une drogue dans les lieux publics. Plus encore, certaines sont même allées jusqu’à interdire d’être sous l’influence d’une boisson alcoolisée dans ces lieux, sauf lorsqu’autorisé.

Donc une personne allant dans un restaurant avec sa voiture et qui, jugeant qu’après trois coupes de vin elle ne devrait pas conduire, s’en retourne à pied chez elle, contreviendrait au règlement.

À la lumière du principe énoncé par la Cour suprême dans l’affaire Bedford, il m’apparaît qu’une telle disposition « va trop loin et empiète sur un comportement sans lien avec son objectif ». Certains diront que les policiers font preuve de jugement et ne donneront pas de constat d’infraction à la légère. On peut raisonnablement le penser. Cela étant dit, on ne devrait pas tenir la validité d’un règlement au seul pouvoir discrétionnaire d’un agent de l’État, fusse-t-il le plus sage et posé du monde.

J’invite donc mes collègues qui conseillent les municipalités à considérer la pertinence de modifier les règlements. À titre de comparaison, la Ville de Québec interdit le fait d’être ivre dans tout lieu public. C’est un pas dans la bonne direction, mais c’est insuffisant. Être ivre ne veut pas nécessairement dire qu’on trouble la paix publique. Les villes de Shawinigan et de Saint-Hyacinthe ont des approches intéressantes. La première crée une infraction pour « toute personne qui, sans excuse raisonnable, est trouvée circulant, gisant ou flânant, ivre ou sous l’influence de drogue ou de narcotique ». La seconde « interdit à toute personne de troubler la paix et le bon ordre, en étant ivre ou intoxiquée par une drogue ou toute autre substance ».

D’ici à une éventuelle modification, les règlements demeurent valides ; ils ne vont pas partir en fumée. J’invite les citoyens à s’y conformer et à faire preuve de sobriété. N’allez surtout pas, pour ainsi dire, sabrer le champagne.

Pascal Lévesque, avocat

Saguenay