Avoir l'heure juste pour progresser

OPINION / J’ai enseigné dans la région durant plus de 30 ans et je demeure passionnée par l’éducation des jeunes. À titre de commissaire à la commission scolaire des Rives-du-Saguenay, je suis convaincue que notre conseil doit tout mettre en œuvre pour gérer notre organisation en se concentrant sur la réussite des élèves et en appuyant la direction générale. Je constate malheureusement que, depuis le printemps dernier, nous nous éloignons dangereusement de cet objectif. 

Tous ceux et celles qui suivent de près la commission scolaire savent que nous avons traversé une période très difficile au cours des années précédant l’embauche de la directrice générale actuelle. Un départ rapide à la retraite et deux congés de maladie en moins de deux ans, dont un s’est terminé de manière tragique, voilà un bilan qui devrait nous interpeller. 

En juin 2016, le conseil des commissaires a embauché la nouvelle directrice générale au terme d’une démarche rigoureuse et il lui a fixé plusieurs objectifs, dont le repositionnement de la direction générale auprès des établissements, la clarification des rôles et des responsabilités, les mécanismes de reddition de comptes et la révision du processus d’évaluation.

Son travail s’est amorcé rapidement et un plan d’action pour le développement d’une vision pédagogique commune a commencé à se discuter avec les directions d’écoles dès la rentrée de l’automne 2016. Le conseil des commissaires a suivi de près l’évolution de cette démarche et, malgré la démission du président, une rencontre de travail a eu lieu en mars avec la directrice générale et la secrétaire générale pour mettre à jour le règlement sur la délégation de fonctions et de pouvoirs. Le conseil a aussi complété une évaluation très positive du travail de la directrice générale, en confirmant la réussite de sa période de probation et en soulignant son leadership, sa gestion participative, ainsi que la transparence dont elle fait preuve dans l’exercice de ses fonctions.

À compter du 7 mai, à la suite d’une élection complémentaire à la présidence, le climat de collaboration entre le conseil et la direction générale a amorcé un virage majeur, alimenté par la suspicion et la provocation. Dès la séance du conseil du 24 mai, la première manifestation depuis l’embauche de la directrice générale survient. Suite aux représentations des enseignants présents, il faudra l’intervention de deux commissaires pour que la directrice générale soit autorisée à répondre aux questions avant d’être victime de gestes et d’attitudes blessantes. 

Le nouveau règlement sur la délégation de fonctions et de pouvoirs a été approuvé le 25 avril 2017 pour une entrée en vigueur le 1er juillet. Son application devenait effective à compter du début septembre, mais dès le 26 septembre, le conseil décidait, sans prévenir la directrice générale ni la secrétaire générale, de réviser en profondeur plusieurs dispositions du règlement et de retirer certains pouvoirs délégués sans évaluer l’impact de ces changements sur le fonctionnement de la direction générale et des écoles. Cette décision a entraîné la suspension du processus de saine gestion et de clarification des rôles qui avait débuté en 2016.

Puis, le 13 octobre, le directeur des enquêtes du ministère de l’Éducation informait la présidente du conseil et la directrice générale du mandat général d’enquête qu’il devait entreprendre à la demande du ministre, à compter du 16 octobre. L’enquête est toujours en cours et on comprend que les conclusions et les recommandations seront soumises au ministre. 

Cette décision, comme les incidents précédents relatés plus haut, ont fait l’objet d’une couverture médiatique abondante et généralement critique de la gestion de la directrice générale. Si la couverture médiatique dont elle a été l’objet avait été sobre et généralement positive depuis juin 2016 jusqu’en mai 2017, son traitement a été tout autre par la suite, même si elle ne s’est jamais exprimée publiquement.

À la suite de ces épreuves et de l’acharnement dont elle est l’objet, la directrice générale est, depuis le 31 octobre, en arrêt de travail pour raison de santé et la secrétaire générale s’est résignée à prendre la même décision deux jours plus tard. Ces absences compréhensibles sont regrettables. 

Depuis son embauche en 2016, la directrice générale a travaillé avec acharnement au repositionnement de notre commission scolaire, en plaçant toujours la réussite des élèves au cœur de ses décisions. Elle a su collaborer avec les directions de toutes les écoles et des centres de formation, tout en respectant le travail indispensable des enseignantes et enseignants, des autres membres du personnel, ainsi que le rôle des instances syndicales. Bien entendu, rien ni personne n’est parfait et la mise en œuvre de changements importants pour la réussite des élèves se heurte parfois à des résistances qui demandent des ajustements. Elle a su, en toutes circonstances, se comporter avec dignité et faire preuve d’intégrité et de transparence dans ses relations et sa reddition de comptes à l’égard du conseil des commissaires. Si nous avons véritablement à cœur la réussite de tous les élèves de notre région, nous devrions favoriser son retour en poste le plus rapidement possible et lui offrir la plus entière collaboration du conseil des commissaires, tout en assumant nos responsabilités respectives dans le meilleur intérêt public. 

Sonia Desgagné 

Chicoutimi