L’auteur de cette chronique est le professeur Stéphane Allaire, du département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi

Aux élèves des Rives-du-Saguenay

OPINION / Chères et chers élèves. Vous vous demandez comment il est possible que la commission scolaire que vous fréquentez chaque jour soit le théâtre d’un conflit aussi important que celui qui sévit depuis plusieurs mois. Comment il est possible qu’une situation de harcèlement psychologique impliquant des adultes soit au cœur d’un environnement éducatif de qualité, alors que des actions sont prises pour vous sensibiliser contre l’intimidation. Y a-t-il quelque chose à apprendre de ce malheureux événement ? Je crois que oui. Même si on s’en serait évidemment passé.

Vous avez probablement déjà été impliqués dans un conflit avec un camarade de classe. Pour régler la situation, on vous a dit d’en discuter calmement avec la personne concernée. Pour expliquer votre point de vue. Pour comprendre celui de l’autre. Habituellement, les gens sont capables de trouver un terrain d’entente satisfaisant.

Hélas, dans de rares cas, la situation est si grave qu’une personne extérieure à l’événement doit mener une enquête. Un juge rencontre alors les personnes impliquées de près ou de loin dans le conflit. Il analyse les événements qui se sont déroulés. Il vérifie si des lois et règles balisant notre société ont été bafouées. Puis il rend une décision impartiale. Ce dernier mot est particulièrement important. Le juge est neutre. Sa décision fait suite à une analyse des faits. Il n’y a pas de place pour son opinion à propos des personnes impliquées dans le conflit.

Notre réaction à propos de la décision d’un juge ne devrait pas être une question de préférence personnelle. Habituellement, on accepte le verdict, car la société reconnait que la rigueur du travail accompli a permis aux gens impliqués dans le conflit de se faire entendre de façon juste et équitable. Cela dit, si on pense que l’enquête menée est incomplète ou renferme des failles, on peut en demander une autre. Dans le dossier qui nous intéresse, les conclusions n’ont pas été remises en doute par quiconque à partir de la procédure prévue à cette fin.

Pourquoi des gens sont-ils allés appuyer la personne reconnue coupable alors ?

Il faudrait leur demander. Néanmoins, ce mouvement est susceptible de communiquer indirectement quelques messages pour le moins hasardeux. S’agissait-il d’un appui formel au harcèlement ? Ce serait bien surprenant de la part d’éducateurs. S’agissait-il d’une insatisfaction à propos de décisions prises antérieurement par la victime dans l’exécution de ses fonctions ? Il est possible d’être en désaccord avec les idées d’un ami, d’un membre de sa famille, d’un collègue, d’un patron ou d’une personne qu’on n’apprécie pas. Toutefois, cela ne permet pas de le lui faire savoir en l’intimidant ou en louangeant une personne qui a été reconnue coupable de harcèlement à l’égard de celle avec qui on est en désaccord. C’est intolérable.

Pourquoi les enseignants ne peuvent-ils pas vous parler du conflit ?

La réponse courte est : parce qu’ils ont reçu cette consigne de leur patron. Mais il y a une raison plus fondamentale et elle concerne l’éthique professionnelle. Puisque les enseignants sont en situation d’autorité par rapport aux élèves (ils vous enseignent et évaluent vos apprentissages), il est de bon usage de s’abstenir de commenter des dossiers controversés. En commentant, cela pourrait donner l’impression qu’ils essaient d’utiliser leur position pour vous influencer. Une réserve est d’autant plus nécessaire de la part des enseignants qui ont des affinités particulières avec les personnes au cœur du conflit.

Pour conclure, comme c’est le cas des connaissances que vous étudiez chaque jour dans différentes matières, le savoir-être fait partie des apprentissages que l’école permet de cultiver. Le personnel vous offre habituellement des modèles positifs. Mais il arrive qu’on doive apprendre par contre-exemple. Il est particulièrement regrettable qu’on doive faire appel à cette méthode dans la présente situation.

Stéphane Allaire, 

professeur du département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi