Aux côtés de tous les francophones

Mélanie Joly
Ministre du Développement économique et des Langues officielles
POINT DE VUE / Cette année, nos confrères et nos consoeurs de l’Acadie célébreront le 15 août de façon différente. Habituellement, les Acadiens et leurs alliés sortent dans les rues en faisant du bruit, question de célébrer la beauté et la richesse de la culture acadienne dans le cadre du Tintamarre. Toutefois, confrontés aujourd’hui à la COVID-19, nous devrons festoyer autrement.

Le Tintamarre est une belle célébration, mais aussi une réflexion sur l’identité acadienne. Les Acadiens sont bien enracinés dans leur milieu, fiers de la langue française et résilients devant l’adversité au fil des siècles. En tant que Québécois, c’est l’occasion de réfléchir tous ensemble aux épreuves que les Acadiens et l’ensemble des francophones minoritaires au pays ont dû surmonter et de célébrer leurs victoires. C’est ainsi que le fait français demeure bien vivant et fort.

Nous vivons une période d’anxiété et personne n’est épargné. En temps de crise, les questions liées aux langues et aux cultures sont souvent reléguées au second plan. En effet, lorsque surviennent des situations exceptionnelles qui requièrent toute l’attention des gouvernements, il arrive que les obligations habituelles soient ignorées temporairement. Ce sont là des inquiétudes bien fondées; trop de communautés acadiennes et francophones ont vécu des tragédies à divers moments de leur histoire. Il faut donc demeurer aux aguets.

Ces derniers mois, le gouvernement du Canada s’est concentré sur les mesures importantes qu’il devait mettre en place pour aider les Canadiens à surmonter la crise. Ces mesures sont nombreuses, telles l’aide accordée aux personnes touchées par la pandémie afin qu’elles puissent payer leur loyer et mettre de la nourriture sur la table et l’aide aux entreprises pour qu’elles gardent leurs employés et qu’elles aient plus de liquidités. Cela étant dit, je tiens toutefois à vous rassurer : le gouvernement et moi sommes toujours aussi engagés à protéger les droits linguistiques. En fait, nous sommes plus déterminés que jamais.

Voilà pourquoi, malgré la crise, nous avons pris une décision fondamentale pour l’avenir des Acadiens et des communautés linguistiques en situation minoritaire. Pour la première fois depuis l’adoption de la Loi sur les langues officielles, tous les Canadiens seront appelés à exprimer leurs réalités linguistiques lors du recensement de 2021. Cela permettra un meilleur dénombrement des ayants droit à travers l’Acadie et l’ensemble de nos régions au pays. Nous assurerons ainsi un meilleur accès à l’éducation et aux services, permettant la transmission de la langue de génération en génération, contrant du même coup l’assimilation des francophones. Tel que mentionné par plusieurs, il s’agit là d’une des plus grandes avancées des dernières années en matière de droits linguistiques, avec la création de l’Université de l’Ontario français.

Nous sommes toujours aussi déterminés à moderniser la Loi sur les langues officielles et à revoir, voire créer, de nouveaux règlements afin de lui donner plus de mordant. Au cours des prochaines semaines, nous travaillerons avec les communautés afin d’atteindre cet objectif.

Même si les Acadiens ne peuvent pas célébrer dans les rues cette année, je sais que leur sentiment de fierté – envers leur langue, leur culture et leur identité – est indéfectible. Ils sont investis d’une force qui les accompagne depuis plus de 400 ans, quatre siècles marqués par des bouleversements, la répression et, finalement, leur renaissance. C’est cette même force qui leur permettra de faire face à la pandémie. Alors que les Acadiens poursuivent leur combat pour protéger leur langue et leur culture, nous, Québécois et francophones, devons être à leurs côtés pour les soutenir.