Autisme et déficience intellectuelle : trouver un terrain d’entente

OPINION / Il y a quelque chose de désolant à voir les élus du gouvernement et de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale être incapables de s’entendre sur un mandat d’initiative afin de se pencher sur la prestation de services aux personnes autistes. Quoique le refus du gouvernement d’octroyer le mandat à la Commission de la santé et des services sociaux à l’initiative de la députée de Westmount-Saint-Louis, Jennifer Maccarone, soit déplorable, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) convient qu’il faut élargir le mandat d’initiative.

Toutefois, elle n’embrasse pas la vision globale évoquée par la députée de Soulanges, Marilyne Picard, car la mise en place d’une telle consultation serait longue et paralyserait pendant des mois la capacité d’action du gouvernement alors que les besoins sont criants.

Pour notre syndicat, qui représente les intervenants travaillant avec les personnes autistes, un terrain d’entente nous paraît possible et permettrait de s’attaquer aux enjeux soulevés par Mme Maccarone, dont la fin de la prestation des services par le réseau de la santé et des services sociaux (RSSS) lorsqu’une personne autiste atteint ses 18 ans. Il s’agirait d’élargir le mandat d’initiative pour y inclure une autre population, les personnes avec une déficience intellectuelle, qui elle aussi se voit privée de services une fois sa majorité atteinte.

Bien qu’il s’agisse de deux populations vivant des réalités différentes, elles ont tout de même certains points communs, dont le manque d’autonomie dans de nombreuses circonstances. C’est pour cette raison, entre autres, qu’on les a réunies au sein du même centre d’activité dans le RSSS, soit les centres de réadaptation en déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme (CRDITSA).

Comme nous le disions plus tôt, ces familles et ces enfants qui étaient soutenus par nos services publics se retrouvent du jour au lendemain à devoir faire appel au secteur privé, onéreux au point d’être bien souvent hors de portée, ou bien au secteur communautaire, débordé et sous financé. Les choix qui se présentent alors sont limités, inadaptés et toujours déchirants. Le stress et l’anxiété découlant de cette situation deviennent bien souvent insoutenables.

De plus, le bris des liens thérapeutiques que ces enfants ont établis avec le personnel du CRDITSA crée un choc émotionnel intense. Un sentiment d’abandon qui aura des répercussions sur leur développement. Un choc qui est aussi vécu par les intervenants, qui doivent laisser à leur sort des jeunes qui ont besoin de leur aide et qui devraient normalement poursuivre leur cheminement.

Le gouvernement se doit d’instaurer ou d’accepter un nouveau mandat d’initiative qui inclurait les services aux personnes avec une déficience intellectuelle tout autant que les services aux personnes autistes.

Il a le devoir de s’entendre avec l’opposition officielle, mais aussi avec les autres oppositions. Nous avons des obligations morales et humaines envers ces personnes et la moindre des choses est de prendre un temps de réflexion pour étudier les différentes avenues qui leur permettront d’exploiter leur plein potentiel et d’en faire profiter, si possible, l’ensemble de la société.

Sylvain Lirette

Membre de l’exécutif national

Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)