Michel Gauthier

Au temps des girouettes

OPINION / Avec la décision de Michel Gauthier de se joindre au Parti Conservateur. Peut-on sérieusement croire à un virage à 380° d’un politicien chevronné comme lui ? J’ai personnellement du mal à croire que les dernières années et quelques sondages ont suffi à changer les convictions profondes d’un politicien de la trempe de Michel Gauthier.

Au-delà de l’individu, on observe au Québec, dans la dernière année, un nombre grandissant de politiciens qui passent d’un parti à un autre aussi facilement que de changer de chaussettes. Je serais porté à qualifier ces mouvements politiques d’opportunisme. Mais le mal est plus profond qu’il n’y paraît. En effet, il est à craindre que la politique québécoise et canadienne ne subisse actuellement une crise des valeurs. Nos politiciens n’ont plus de convictions profondes, ils saisissent les idées « in » du moment pour mousser leur carrière et changent d’idée quand le vent vire de bord.

Si la situation touche les politiciens, elle affecte aussi les citoyens qui changent d’idée selon leur intérêt individuel. Ainsi, il n’y a plus de projet de société, juste un « momentum » sociétal qui alimente les débats, mais qui n’a pas de racines profondes.

Le fédéralisme n’est pas plus populaire ni moins, il s’inscrit uniquement dans une démarche actuelle sans prise idéologique. Pour le nationalisme québécois, c’est différent, il faut une pensée profonde pour y adhérer. Ce n’est pas une démarche facile puisqu’il s’agit d’une affirmation identitaire qui fait appel à des valeurs culturelles et une mémoire collective. Et comme cette démarche n’est pas alimentée par des politiciens convaincus, l’idéologie s’effrite sous la poussée altermondialiste.

Ainsi, le Québec vit à l’air des « vire-capots », sans idéologie ni conviction, nourris d’arguments vides, sans racines profondes qui, à la première tempête, vont s’envoler vers de meilleurs horizons.

Annie Bonneau

Roberval

INFORMATIONS NON FONDÉES

OPINION / En réaction à la lettre d’opinion signée par Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal (IEDM), dans notre édition du 29 mai.

Bonjour M. Moreau,

Je déplore qu’encore une fois vous outrepassiez votre champ de compétence en laissant entendre plusieurs informations qui ne sont pas fondées ou qui servent une ligne argumentaire biaisée, telle qu’aucune garantie de résultats n’est au rendez-vous (c’est pourtant le « best-educated guess » à l’échelle nationale, pilotée par des chercheurs chevronnés dans le domaine), ou en optant pour une forme de « triage » des hardes (alors que ce n’est pas envisagé par la loi fédérale ni d’ailleurs par la loi provinciale, seulement évoqué dans la stratégie caribou du Québec, sans assise scientifique), en stipulant que la harde de Val-d’Or a peu de « chances » de survivre (sans analyse de viabilité à la clé ni scénarios concurrents mettant en place des approches de conservation novatrices), et surtout, surtout, surtout en laissant entendre que l’arrêt total de toute activité humaine ne garantirait pas la survie en raison des maladies, des insectes, des feux de forêt, de la prédation et des changements climatiques (cette dernière tirade démontre l’ampleur de votre incompréhension des mécanismes biologiques et écologiques en cause dans le débat liant l’aménagement du territoire et le déclin du caribou… et c’est triste à voir, sincèrement…).

Fort heureusement, c’est sous l’entête « Opinion » que ce texte est publié, ce qui me rassure tout de même un peu, et non dans une note officielle de l’IEDM. Cette réalité ne rend toutefois pas plus acceptable une ligne argumentaire telle que celle proposée et ne participe pas au débat de manière constructive, tendant beaucoup plus à polariser les participants.

Mais là où votre texte me dérange le plus, c’est encore dans cette vision biaisée et édulcorée du « développement durable », qui oppose trois pôles (social, économique, environnemental) entrecroisés comme trois cercles centrés sur les trois pointes d’un même triangle, une vision largement dépassée (mais ô combien souvent reprise par les médias et les politiciens) qui suggère qu’on doit faire des compromis entre les pôles… alors que toute forme de compromis comme cela résultera forcément en une solution diluée qui ne conviendra ni à l’aspect environnemental ni à l’aspect social, et sera très (trop) souvent décentrée en faveur du pôle économique à court terme… Sachez M. Moreau que le développement durable, s’il existe vraiment, n’est pas un triangle, mais bien trois cercles concentriques, où l’environnement représente le plus grand cercle à l’intérieur duquel les sociétés se développent en équilibre avec ce que l’environnement peut leur fournir de manière durable dans le temps (il n’y a qu’une planète… !), et à l’intérieur duquel la possibilité de créer des richesses existe, mais n’est pas garantie (donc le cercle économique est le plus petit, et ne peut exister que si les besoins environnementaux et sociaux ont été comblés)… voir l’image jointe pour une vision plus réaliste de ce que devrait être le développement durable.

Au plaisir d’en discuter avec vous de vive voix un de ces jours,

Sincères salutations,

Martin-Hugues St-Laurent

Biologiste PhD/Professeur titulaire en écologie animale

Université du Québec à Rimouski