Au-delà de la « super-infirmière »

OPINION / Le projet de déployer 2000 infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne (IPSPL) d’ici 2025, déjà amorcé par le premier ministre Philippe Couillard, ainsi que l’assouplissement des règles encadrant leur pratique, sont des enjeux politiques considérables. Alors que la majorité des partis politiques s’entendent pour dire que la population québécoise nécessite un plus grand accès aux soins de santé en première ligne, concrètement, qu’est-ce qu’une « super-infirmière » peut vous apporter ?

« Super-infirmière », ce titre attribué par les médias à l’IPS, n’est pas reconnu légalement par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Son rôle consiste principalement à : « améliorer l’accessibilité, la qualité, la sécurité et la continuité des soins et des services de première ligne […] pour une clientèle de tout âge. » Pour répondre aux critères d’admission du programme d’IPS, l’infirmière détenant un BAC doit avoir exercé au minimum 3650 heures dans sa spécialité. Pour obtenir son titre d’IPS, l’obtention d’un DESS et d’une maîtrise en science infirmière viennent s’ajouter au baccalauréat. Cette formation l’emmène à avoir des connaissances avancées et à exercer 5 activités médicales en plus de toutes celles réservées à l’infirmière.

Par exemple, vous n’avez pas de médecin de famille et vous êtes contacté par le guichet d’accès pour une prise en charge par une IPSPL. Suite à l’obtention d’un rendez-vous avec celle-ci, elle effectue une évaluation globale de votre état de santé et constate une tension artérielle élevée. L’IPSPL vous fait part de son analyse et demande des examens médicaux comme des prises de sang et un monitorage ambulatoire de pression artérielle (MAPA). Suite à l’analyse de vos résultats, elle vous revoit à sa clinique pour vous transmettre ses impressions cliniques. En plus de vous enseigner en quoi consiste la problématique et de promouvoir de saines habitudes de vie, elle débute une médication et assurera votre suivi de façon autonome, ce qui veut dire que le médecin n’a pas besoin de vous prescrire ni de modifier le dosage de votre médication. Toutefois, le fait de poser un diagnostic demeure un acte réservé exclusivement au médecin. Le Collège des médecins du Québec (CMQ) recommande fortement au médecin partenaire de vous voir dans un délai de moins de 30 jours pour vous donner votre diagnostic. De ce fait, l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ) dénonce un dédoublement de services, ce qui est très coûteux pour les contribuables.

En bref, que ce soit pour favoriser l’accès à des soins de santé, avoir davantage de ressources au niveau des soins à domicile ou une meilleure qualité de soins dans les CHSLD et plus encore, le champ d’expertise varié de l’infirmière praticienne spécialisée en première ligne vient répondre à plusieurs besoins sociétaux actuels. Il s’agit d’une profession n’étant pas encore exploitée à son plein potentiel et qui constitue une piste de solution au financement en santé, un enjeu politique considérable en cette période électorale.

Julie Castonguay

Saguenay

Jennie Boivin

Dolbeau