Ansème et son temps des Fêtes

OPINION / Avant toute chose, y faudrait bien que je me présente : Ansème, de mon p’tit nom. Mais la plupart des gens qui me connaissent à Chicoutimi disent pour me taquiner : « Ansème à tout vent ». Que voulez-vous, ça doit être parce que je suis tout le temps dehors et que je sème la bonne humeur partout, beau temps, mauvais temps. Ouais, j’travaille, des fois, à moins 20 sous zéro. J’suis mon seul patron et mon seul employé. Travailleur autonome, comme y disent.

Tenez, l’autre jour, j’étais justement en train de faire mon chiffre au centre-ville, que voilà ti-pas qu’un étudiant en journalisme, avec sa caméra photo, me demande comme ça si ça me tentait de lui parler de mon métier. En fait, de témoigner au nom de mes semblables, de ma non moins heureuse vocation de quêteux. J’ai répondu : « Ah, j’peux vous en glisser mots, mon jeune. Mais j’dois vous dire que j’suis pas allé à l’école plus qui faut. Je m’exprime, voyez-vous, comme certains de mes confrères de travail qui ont étudié à l’université d’la rue. » Alors, je lui ai parlé d’une petite expérience que j’ai vécue y’a pas longtemps. Tenez, j’vous raconte ça à vous autres aussi, parce que je vous aime bien. J’vais me forcer pour m’exprimer de mon mieux.

L’autre jour, sur un trottoir de la rue Racine, y’a un monsieur qui s’approche pendant que j’quêtais. Un grand monsieur propre, bien costumé : un vrai prince. Là ,j’me suis dit : « Ça y’est, le gros lot arrive. Y va me sortir un beau cinq piastres. » Ça fait qu’il enlève tranquillement et soigneusement un de ses beaux gants en cuir luisant. Y me regarde un beau dix secondes dans les yeux. Ensuite, il me serre la pince avec un grand sourire chaleureux. J’étais ému comme c’est pas permis. Là, j’ai pensé : « Ça y’est c’est lui, c’est le Bonyeu en personne. Y commence à me jaser ça mes amis. »

« J’aimerais vous souhaiter une belle journée, monsieur Ansème. » Torrieux, y connaissait même mon nom ! C’te monsieur va bien me sortir un beau gros vingt. Le temps des Fêtes bat son plein après tout. Eh ben non ! Y commence plutôt à me conter qu’il était président d’une grosse compagnie et qu’il venait de faire faillite. Tout le monde l’avait laissé tomber. C’est ben pour dire, hein ! Pis là, il me dit comme ça : « Vous savez, monsieur Ansème, je suis certainement aussi pauvre que vous aujourd’hui. » Le pauvre yable que j’me suis dit en mon for intérieur. Puis, il a enlevé son foulard pour me l’enrouler autour du coup. Un beau foulard neuf qui m’a donné. Sapré nom, on aurait dit une remise de médaille olympique. Tout ce qui manquait, c’était l’hymne national. Juste avant que le monsieur s’en aille, j’ai vu comme une espèce de petite lueur nuageuse dans ses yeux. Je l’ai regardé s’en aller parmi la foule, la tête un peu penchée, mais le corps droit, gardant quand même une sorte de noblesse dans la démarche. Vous savez, comme une espèce de roi déchu. Vous pouvez pas savoir le motton que ça m’a fait, mes amis. J’ai failli courir derrière lui pour lui donner les 58 cents qui me restaient au fond des poches. Après avoir vu ça, dites-moi pourquoi j’viendrais me plaindre en vous racontant ma soi-disant misère de quêteux itinérant. J’dois être un optimiste de l’existence. Ouais, c’est ça, un clochard de luxe, comme y disent. C’est certain qu’y a des jours où je mange presque pas. Heureusement que je marche sur mon orgueil parfois et que j’vais à la soupe populaire du coin. Sinon, j’sais pas comment je m’en sortirais.

Aussi, j’en profite pour remercier tous ceux et celles qui m’ont encouragé à date, en m’offrant des sous ou en me faisant simplement un sourire. Je sais que j’suis un bonhomme pas évident, comme ça, à première vue. En tout cas, j’aimerais vous souhaiter un joyeux temps des Fêtes et une belle nouvelle année.

Yvan Giguère

Saguenay

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LE STRESS DE LA PÉRIODE DES FÊTES

En cette période de grandes réjouissances, tous seront enfin réunis pour la période des Fêtes. Réjouissances, vraiment ? Nous savons très bien qu’il n’en est pas toujours ainsi. Pour plusieurs, la période des Fêtes est une étape joyeuse, mais pour d’autres, elle réactive des stress importants. Des vécus passés qui ont été difficiles (disputes, conflits, trahisons) et qui demeurent non résolus.

Pour ne pas déplaire à l’entourage, plusieurs adultes tentent de « passer l’éponge » sur ce passé, de peur de blesser ou de déstabiliser le noyau familial. Ainsi, en occultant leurs ressentis profonds, ils maintiennent en eux-mêmes le conflit refoulé. Mais refouler une tension interne ne la règle pas, bien au contraire. Plus on vit dans le déni, plus le stress généré par le conflit augmente, envahit et cherche à s’exprimer, parfois bien malgré sa volonté.

En conséquence, devant toute cette tension réactivée par les traditionnelles rencontres familiales, certaines langues se délient, notamment sous l’effet de l’alcool. Des remarques déplacées faisant référence au passé, des propos qui « égratignent » au passage. Dans certains cas, la crise éclate au grand jour, certains quittent la fête en claquant la porte. Dans d’autres cas, on fait comme si de rien n’était, nous jouons le jeu dans le confort du déni familial. En conclusion, lorsque vous serez réunis à cette belle et grande table des Fêtes, n’oubliez pas que pour certains, les réunions familiales ne sont pas synonymes de réjouissance, mais de sentiments d’amertume, de tristesse et de peur qui prennent naissance au fond du petit enfant en soi.

La solution ? Ouvrir sa pleine conscience sur ces difficultés passées et non résolues. Tenter de comprendre, demander des explications aux acteurs impliqués, parler, remettre en contexte et – parfois au bout de plusieurs années de démarche – arriver à pardonner. Ne pas accepter, mais pardonner en faisant la paix avec ce passé qui, malgré nos mécanismes de défense perpétuels (et énergivores), affecte quotidiennement nos pensées, agissements et motivations. En fait, c’est ce que l’on doit souhaiter le plus à recevoir en cadeau pour qu’enfin, cette période des Fêtes prenne tout son sens.

Joyeuses Fêtes !

Frankie Bernèche, professeur Saint-Mathieu-du-Parc