Alimenter le doute

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Nous traversons une période sans précédent. Toute cette crainte face à la COVID-19 est sans doute légitime. La méconnaissance de ce virus, l’absence d’un vaccin et l’ignorance du moment où on pourra enfin retrouver un semblant de vie normale sont autant d’éléments qui contribuent à alimenter notre inquiétude.

Malgré le sérieux de la situation, comment expliquer que le message gouvernemental ne passe plus dans une bonne partie de la population ?

Dès mars dernier, nous nous sommes pliés à des règles strictes, car on nous avait fait la démonstration du sérieux de la menace. La succession rapide des annonces, l’effet de surprise, l’inquiétude généralisée des citoyens et la répétition mécanique des messages par tous les médias ont paralysé toute la population qui n’a eu d’autre choix que d’acquiescer.

Six mois plus tard, rien ne va plus. Les regroupements se multiplient, les manifestations se poursuivent et la contamination gagne du terrain. Les sceptiques nous inondent de messages accusant les décideurs de comploter pour nous asservir, semant ainsi le doute. Mais qu’est-ce qui nous a amenés à un tel revirement de situation ?

Je crois que le changement d’attitude de François Legault et un comportement pour le moins désinvolte du docteur Arruda ont contribué à ce changement d’attitude de la population. Bien sûr, ils ne sont pas les seuls responsables, mais comme ils doivent agir en leaders, ils sont sur la ligne de front.

Tout le printemps, M. Legault s’est adressé à la population en « bon père de famille ». Il apparaissait en contrôle de la situation, rassurant et bien entouré. Son empathie, le ton utilisé et le message honnête réussissaient à rallier derrière lui une bonne partie des Québécois. Le premier ministre de mars dernier n’a rien à voir avec celui de septembre.

Depuis quelques semaines, il semble avoir perdu le contrôle. Il est passé du gars rassembleur à celui qui utilise la menace pour passer son message. C’est connu, les personnes renseignées et raisonnables ne marchent pas à la menace. L’incohérence du message, la confusion dans l’application des nouvelles règles et l’improvisation dont font preuve les décideurs alimentent le doute et donnent des munitions à ceux qui contestent ces mêmes directives.

Il ne faudrait pas négliger de considérer le comportement parfois discutable du docteur Arruda lui-même. Principal conseiller en santé publique du premier ministre, ses déclarations contradictoires sur l’efficacité du masque, son attitude désinvolte alors qu’il participait à l’enregistrement d’une vidéo pour un rapper, sa recette de tartelettes alors qu’on était en point de presse pour annoncer le nombre de personnes infectées et le nombre de morts, son humour discutable sur le fait d’aplatir la courbe et son comportement de rock star à Tout le monde en parle ne sont que quelques épisodes du mauvais numéro de vaudeville qu’il nous a servi.

L’automne s’annonce difficile. Rien n’est encore gagné dans cette lutte contre cet ennemi invisible. Cependant, il faut rapidement que M. Legault reprenne le contrôle du message et réussisse à convaincre la population du sérieux de la situation. Pour y arriver, il faudra qu’il retrouve ce ton rassurant qui le caractérisait au printemps dernier et qu’il ramène à l’ordre le docteur Arruda.

Gervais Villeneuve

Chicoutimi