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Aire protégée publique: coupable ou innocente?

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / À la suite de l’article du journaliste Louis Tremblay paru dans le journal Le Quotidien du 31 mai 2021 et intitulé « Alliance Forêt Boréale: Legault refuse une demande de rencontre », j’aimerais partager une réflexion. Dans cet article, Pascal Cloutier d’AFB exprime son inquiétude face à une éventuelle crise forestière en 2023 et craint son amplification « par la mise en place du Plan caribou du gouvernement du Québec et la création de nouvelles aires protégées qui se trame en sourdine ».

Par Thérèse Gagnon, membre du Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka

Je me suis sentie interpellée puisque je suis membre du Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka. Ce comité défend depuis plus de dix ans un projet d’aire protégée située dans le couloir visuel de la rivière Péribonka, soit dans le magnifique segment entre le lac Tchitogama et les fourches de la rivière Manouane.

Alliance Forêt Boréale remplit son mandat de défendre son territoire forestier et les emplois qui y sont reliés, mais ce n’est pas pour rien. Notre région du Saguenay-Lac-Saint-Jean est en effet la plus grosse région forestière du Québec. Elle s’étend sur 106 508 km carrés, dont 80 % sont recouverts de forêt et, fait intéressant, il y a un plus grand nombre d’usines et de scieries au Lac-Saint-Jean qu’au Saguenay. Alors, imaginez les embûches pour obtenir une aire protégée dans notre région, particulièrement au Lac-Saint-Jean.

Comme le dit le proverbe, « il est prudent de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Je trouve que cela s’applique aussi à notre bien collectif qu’est la forêt publique. La protection d’un territoire unique représente aussi une capacité de développement et procure des impacts positifs à long terme qu’il ne faut pas négliger.

Au Québec, la superficie en forêt est de 905 800 km carrés, soit plus de la moitié du territoire du Québec, dont 92 % de cette superficie qui est sous la responsabilité de l’État, qui gère l’ensemble des activités qui s’y déroulent. Alors, comment comprendre le fait que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, réserve 40 millions $ d’argent public pour faire des ententes avec le privé et les compagnies pour créer de futures aires protégées « dans le sud », alors que 83 aires protégées sur le territoire public du Québec étaient prêtes « clé en main » en décembre 2020, dont notre projet.

Si je reviens à mes moutons, l’aire protégée du couloir de la rivière Péribonka ne représente que 268 km carrés. Alors ce n’est certainement pas ce projet qui brisera l’économie forestière de la région.

Cette aire protégée offrirait plutôt aux citoyens de la région et aux amateurs de plein air et de tourisme d’aventure une rivière inoubliable et accessible située au cœur de notre région. Cette dernière est particulièrement riche en paysages grandioses, en forêts rares. On y retrouve trois espèces menacées, dont le caribou des bois, des falaises de 600 mètres, et n’est-elle pas la plus importante rivière du Nitassinan?

Notre projet d’aire protégée n’est pas une menace pour la foresterie, elle est un joyau à secourir avec fierté pour notre MRC et pour la région. Selon moi, c’est même un devoir collectif que d’appuyer ce projet dans la région forestière qui possède le plus grand territoire forestier au Québec.