À qui faire confiance ?

OPINION / Lorsque j’ai été embauché par ma compagnie, je n’avais aucune raison de ne pas lui faire confiance lorsqu’elle m’indiqua, parmi les nombreuses conditions d’embauche, qu’à ma retraite, je recevrais une pension sécurisée à 100 %, et ce, pour le restant de ma vie. J’étais naïf.

Je constate aujourd’hui, avec l’énorme déficit de solvabilité accumulé dans notre régime de retraite à prestations déterminées (déficit qui a reçu l’aval des gouvernements) que cette condition d’embauche pourrait fortement ne pas être respectée, la situation financière de ma compagnie étant notablement précaire. Cette éventualité fut malheureusement une réalité lors de faillite pour les retraités de Nortel, de Sears, de White Birch et de nombreuses autres compagnies, et en particulier pour leurs retraités ayant travaillé à l’extérieur de l’Ontario. L’Ontario disposant depuis 40 ans d’une assurance-retraite, les travailleurs retraités de ces entreprises, qui ont travaillé en Ontario, ont été beaucoup moins affectés que leurs homologues des autres provinces qui ont vu des coupures de 20 à 40 % de leur rente annuelle.

J’ai donc perdu confiance en ma compagnie qui ne traite pas équitablement tous ses retraités ayant participé à sa continuité économique.

J’ai aussi perdu confiance en le gouvernement du Québec à qui, via les associations de retraités dans lesquelles j’oeuvre, j’ai demandé d’établir une assurance pension similaire à ce qui se fait en Ontario, avec une fin de non-recevoir.

À la réflexion, au lieu de faire profiter une entreprise privée de mes services durant toute ma carrière et de contribuer à sa capacité de rémunérer grassement ses dirigeants et ses actionnaires, j’aurais dû choisir de travailler pour le secteur public et voir ma retraite garantie à vie par l’ensemble des payeurs de taxes.

Mon seul espoir, c’est que le gouvernement du Québec tire les leçons de la crise de la COVID et prenne finalement soin des aînés en CHSLD, où je risque de me retrouver bientôt. Qui sait, peut-être ira-t-il jusqu’à faciliter le maintien à domicile, ce qui serait mon premier choix, mais bien sûr si j’en ai les moyens, et ça, c’est beaucoup moins garanti !

Par mesure de transparence, Retraite Québec devrait publier, depuis l’élimination du remboursement du déficit de solvabilité des fonds de retraite en 2016, le montant économisé annuellement par les compagnies, sur le dos des retraités, au bénéfice des actionnaires et dirigeants.

Jean-Paul Joanisse

Retraité et chargé de projet Régime assurance pension du Québec (RAPQ)