À propos de la méthode

Carrefour des lecteurs
Carrefour des lecteurs
Le Quotidien
OPINION / Dans son éditorial du 6 juin intitulé Économie de l’après-pandémie, Denis Bouchard convie le Saguenay–Lac-Saint-Jean à une grande réflexion sur son avenir. Évoquant les angoisses collectives actuelles à travers tous les replis individuels et corporatifs dans un contexte régional en changements accélérés, le directeur général et rédacteur en chef du Quotidien préconise de bouger tout de suite et vigoureusement.

L’auteur de cette lettre est Marc-Urbain Proulx, directeur des programmes d’études de 2e et 3e cycles en Développement régional à l’UQAC et directeur du Centre de recherche sur le développement territorial. De 2003 à 2009, il a été l’animateur du mouvement Vision 2025 au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Ce clairon, qui sonne pertinemment pour la mobilisation, se situe à travers d’autres, souvent bien réussis dans l’histoire régionale. Un bel exemple réside dans le lancement du journal Progrès du Saguenay par Joseph-Dominique Guay en 1887 afin d’alimenter l’intelligence collective face aux enjeux à relever. Signalons aussi la fondation de la Chaîne coopérative en 1949, la mobilisation du Groupe St-Thomas en 1959, le mouvement des Caisses d’entraide économique initié en 1960, l’animation de la démarche collective qui a conduit au Sommet socioéconomique de 1984 et bien d’autres appels à la communauté. Avec fierté, il faut constater que l’organisation collective possède de puissants ancrages régionaux qui peuvent offrir, à l’analyse, des leçons pour relever le défi lancé par Denis Bouchard.

Actuellement, il ne s’agit pas de multiplier les études, dont plusieurs sont déjà disponibles. Il serait par contre pertinent d’examiner celles qui existent déjà afin de saisir les tendances, les forces, les faiblesses, les occasions, les contraintes, etc., de manière à visualiser ensemble des scénarios d’avenir régional à la lumière des bons et mauvais coups du passé. Minimalement, il serait pertinent de bien comprendre les conditions historiques des succès, demi-succès et échecs en région. Il faut adresser collectivement des questions. À titre d’exemple, pourquoi la volonté collective pour un Sommet régional claironné pendant la décennie 2000 ne fut concrétisée qu’en 2015, pour ne générer au final que si peu de retombées structurantes alors qu’il était présidé par le premier ministre lui-même ? La question mérite l’attention. Sachons que sans une lecture attentive du chemin parcouru dans la région, il sera extrêmement difficile de bien réussir une prochaine réflexion collective en regard d’une ambition communautaire à traduire en valeurs, finalités et objectifs pour stimuler l’émergence d’initiatives nouvelles si nécessaires pour affronter le changement.

Soulignons à cet effet que le Saguenay–Lac-Saint-Jean a mis en place le premier CRD (Conseil régional de développement) du Québec, en 1946. Pourquoi n’existe-t-il plus malgré les belles initiatives des années 1960-70-80 ? Qu’est-il arrivé depuis pour que le régionalisme soit actuellement si éteint ? Quelles seraient les conditions pour le renouvellement de notre intelligence collective pour laquelle la région n’est aucunement dépourvue avec ses entreprises technologiques, ses élus locaux engagés, ses administrations publiques outillées, sa société civile volontaire, ses services spécialisés expertisés, sa classe d’affaire allumée, ses laboratoires de recherche collés sur les besoins réels, ses collèges impliqués, son université agile ?

Nous avançons que la toute première condition du rebondissement régional nécessaire réside dans la méthode. Pour réussir une réflexion régionaliste capable d’engendrer des options innovatrices et structurantes, il faut impérativement une démarche collective bien articulée, mobilisatrice, interactive et rigoureuse sur une longue période. Sinon, nous gaspillerons encore l’actuel momentum. En avons-nous le loisir ?