À mes concitoyens du Saguenay-Lac-Saint-Jean

OPINION / Richard Garneau est l'ancien président-directeur général de Produits forestiers Résolu.

 En novembre 2016, un expert en analyse de contenu médiatique témoignait devant le comité permanent du Patrimoine canadien qui avait le mandat d’étudier « la façon dont les Canadiens, et particulièrement les collectivités locales, sont informés sur les événements locaux et régionaux [...] » ainsi que « sur les conséquences imprévues de la concentration des médias d’information et l’érosion du journalisme local et l’impact des nouveaux médias ».

Son constat était implacable : en une quinzaine d’années, les régions avaient perdu 88 % de leur poids dans l’écosystème médiatique et leurs particularités y étaient de moins en moins abordées. Au début des années 2000, environ 8 % de tout le contenu médiatique quotidien au Québec traitait des régions, comparativement à moins de 1 % en 2016.

Trois ans plus tard, loin de s’être résorbé, le problème s’est aggravé et les régions font face à une crise, voire une menace sans précédent, alors que les problèmes de liquidités du groupe propriétaire de six quotidiens québécois, dont Le Quotidien/Le Progrès, l’ont contraint à se mettre en processus de vente en justice.

Heureusement, l’intervention rapide et salutaire du gouvernement du Québec a permis de limiter les dégâts et de dégager un peu de temps pour trouver une solution de rechange à un modèle d’affaires incapable de résister aux assauts répétés des géants du Web qui ont accaparé jusqu’à ce jour 80 % des revenus de publicité des médias traditionnels.

Forte d’une longue tradition de coude à coude, notre région n’est pas restée les bras croisés. Elle s’active sur un projet de coopérative de solidarité afin d’être en mesure de présenter, avant l’échéance du 25 octobre fixée par le syndic, une offre de reprise cohérente, crédible et acceptable. Chacune des cinq autres régions concernées travaille d’ailleurs dans le même sens, toutes plus conscientes les unes que les autres qu’il y a péril en la demeure.

Au cours des années que j’ai passées à la direction de la société Produits forestiers Résolu, j’ai été à même de mesurer l’importance primordiale d’une presse écrite régionale, rigoureuse et indépendante. En effet, alors que les médias dits « nationaux » faisaient – et font toujours ! – leurs délices des sorties spectaculaires des activistes de l’environnement, Le Quotidien, lui, allait plus loin en questionnant entre autres les impacts catastrophiques des campagnes de désinformation et les appels au boycottage de ces groupes de pression sur l’industrie et, ultimement, sur les travailleurs, leurs familles et la région.

Sans complaisance ni parti pris, avec professionnalisme et ténacité, le journal refuse systématiquement de tomber dans le piège du sensationnalisme de l’information spectacle et d’être le porte-voix des parties en présence, que ce soit l’industrie (direction et syndicats), ses pourfendeurs ou les élus et les fonctionnaires gouvernementaux.

Je n’hésite pas à affirmer que Le Quotidien a joué un rôle de premier plan dans la sauvegarde de centaines d’emplois dans la région alors que la société Produits forestiers Résolu était la cible d’attaques frontales d’activistes environnementaux.

Les analyses et les réflexions des membres de l’équipe de rédaction ont été d’une qualité telle que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, de même que le premier ministre du Québec, ont été contraints de dénoncer le travail de désinformation et de sape de ces jusqu’au-boutistes sur la scène internationale, un fait sans précédent dans l’histoire du Québec.

Aujourd’hui, alors que s’amorce la campagne Je coopère pour Le Quotidien, l’ensemble de la région doit s’acquitter d’une dette envers une institution plus que centenaire qui n’hésite jamais à promouvoir et à défendre les intérêts supérieurs de la population. Concrètement, nous nous devons de répondre à l’appel pressant de Louis Tremblay de remplir le formulaire d’engagement (www.coopmonjournal.com) et d’envoyer une contribution volontaire pour assurer le démarrage d’une coopérative forte et crédible.

Ce devoir de solidarité est primordial, car une information régionale de qualité, produite par et pour les gens d’ici, est garante non seulement de la vitalité de nos communautés respectives, mais aussi de la santé de notre démocratie. Elle n’a donc pas de prix.

Même si l’humain tient trop souvent pour acquises des choses essentielles jusqu’à ce qu’il prenne conscience du risque réel de les perdre, le temps est venu non plus de réagir, mais d’agir, en manifestant concrètement notre attachement profond à un instrument de liberté et de progrès dont nous pouvons être fiers, de même que notre soutien indéfectible aux femmes et aux hommes qui font notre Quotidien et voient à notre Progrès.

Je vous remercie de votre attention et vous prie de recevoir mes cordiales salutations.