Carrefour des lecteurs

LA DEVISE DU QUÉBEC

Lors de son départ de l’Assemblée nationale, après 42 ans continus de loyaux services, dans son discours de fin de session, M. François Gendron, député d’Abitibi, s’est dit désolé que la devise du Québec doive devenir « Je ne me rappelle plus ». Il attribue cela à « la montée de l’individualisme, l’absence de culture générale des citoyens, sans compter leur méconnaissance du Québec ». Pourtant, le « Je me souviens » est gravé sur le fronton de l’Assemblée nationale à Québec. C’est Eugène-Étienne Taché, architecte de l’édifice, qui a créé la devise du Québec. Tantôt, on parle de l’État du Québec ; tantôt, on nous parle de la province de Québec dans un document intitulé « La devise québécoise “Je me souviens” ». Dès la fin du XIXe siècle, les Québécois avaient adopté la devise de Taché, comme en témoigne, par exemple, un discours prononcé en 1895 par Thomas Chapais, historien, conseiller législatif et ministre : « La province de Québec a une devise dont elle est fière et qu’elle aime à graver au fronton de ses monuments et de ses palais. Cette devise n’a que trois mots : “Je me souviens”. Mais ces trois mots, dans leur simple laconisme, valent le plus éloquent discours. Oui, nous nous souvenons du passé et de ses malheurs, du passé et de ses gloires.»

« On ne trouve aucun débat public sur cette devise et les contemporains de Taché ne se posaient pas de question sur sa signification. Jusqu’en 1977, les interprétations sont constantes dans la documentation consultée sur le sujet, même si l’État n’en a jamais donné d’interprétation officielle. Comme Chapais, plusieurs auteurs évoquent le souvenir de l’histoire en général. »

L’histoire de la devise du Québec est pourtant d’une remarquable simplicité. Elle invite à se souvenir de notre histoire. Encore faut-il que l’histoire soit enseignée. « Ceux qui ont voulu lui donner un sens revanchard ou s’en servir dans des débats constitutionnels ignoraient sûrement qu’elle avait été inscrite sur la façade de l’hôtel du Parlement, sous les pieds des statues de Montcalm et de Wolfe. »

« La Belle Province » est une périphrase utilisée pour désigner le Québec en tant que province du Canada. Cette devise a été sur les plaques d’immatriculation de la province de 1963 à 1977. Ce slogan a été décidé sans consultation pour rentrer dans la tête des Québécois qu’ils sont des provinciaux et que le Québec était une province comme les autres, plutôt qu’un État. Pour mieux nous assimiler, on nous a dérobé le nom Canada français et l’hymne national des Canadiens français, l’ Ô Canada, composé par Adolphe-Basile Routhier et Calixa Lavallée. En 1978, la devise de Taché remplacera le slogan « La Belle Province » sur les plaques d’immatriculation des voitures, une initiative de la ministre Lise Payette.

Le « Je me souviens » est également la devise du Royal 22e Régiment. Toutefois, de nos jours, en pratique, le gouvernement du Québec n’utilise pas la devise nationale. À l’image des armoiries qui ont été troquées pour un logo dans les années 1970, la devise a été délaissée au profit de slogans gouvernementaux. Souvent, ces slogans sont inspirés de ceux utilisés lors de la campagne électorale ayant fait élire le gouvernement : l’équipe du tonnerre ; un plan pour le Québec ; un Québec pour tous ; ensemble, on fait avancer le Québec.

Mon cher François Gendron, député de l’Abitibi pour quelque temps encore, comment taxer le peuple québécois d’amnésie si le gouvernement est amnésique lui-même à propos de la devise et maléfique en troquant les armoiries pour des logos ? J’exprime le désir qu’en plus de la devise « Je me souviens » soit écrit « J’aime le Québec » dans le haut de la plaque automobile. Je vous demande d’en faire une proposition avant de quitter vos fonctions à l’Assemblée nationale du Québec en octobre prochain.

Martin Belley

Saint-Nazaire

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BACS BRUNS ET ARÉNA

À la dernière séance du conseil de ville Saguenay, un règlement d’emprunt de 5,5 millions $ a été voté pour l’achat de bacs bruns. Comme prévu, des registres permettant aux citoyens de s’y opposer doivent être ouverts dans chaque arrondissement, mais voilà que Josée Néron, qui a toujours défendu la démocratie lorsqu’elle était dans l’opposition, a décidé qu’il n’y aurait qu’un seul bureau, situé à Chicoutimi, afin de limiter les opposants et réussir sa manoeuvre. La mairesse a-t-elle oublié qu’il y a deux autres arrondissements et que c’est insensé d’obliger les citoyens de Jonquière et de La Baie à parcourir une vingtaine de kilomètres pour aller signer les registres ? Elle oublie aussi que deux conseillers de La Baie se sont opposés aux bacs bruns et que son style de gestion (« me,myself and I ») commence à tomber sur le système des conseillers de Jonquière, dont Kevin Armstrong et Jean-Marc Crevier.

C’est évident qu’un seul bureau pour les registres ne permettra pas d’atteindre le nombre suffisant de signatures obligeant la tenue d’un référendum et que le bac brun fera son apparition. Mais les citoyens l’attendent au détour pour le règlement d’emprunt qui suivra nécessairement son fameux projet de construction d’un méga aréna au centre-ville de Chicoutimi. Sur ce point, je doute de la nécessité d’ajouter un nouvel édifice puisque Saguenay en possède déjà dix, l’équivalent d’un aréna par 16 000 citoyens, alors que Gatineau, qui a 100 000 citoyens de plus, en a neuf, soit un aréna par 30 000 personnes.

Eugène Tremblay

Chicoutimi