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La vanille et le nickel

OPINION / L’été arrive à grands pas et nous incite souvent à visiter les comptoirs de crèmes glacées. Le choix populaire d’une année à l’autre demeure la vanille, la saveur la plus en demande au monde, sans contredit. Mais produire la vanille n’est pas de tout repos. Le prix de la vanille a tellement grimpé que l’on se demande si les produits que nous adorons contiendront toujours de la vanille naturelle, la reine des épices.

Ces dernières années, le kilo de vanille est passé de 70 $ à plus de 780 $. Une augmentation sans précédent qui rend cette épice la plus dispendieuse au monde. 

Le safran n’arrive que bon second au palmarès des épices les plus dispendieuses. 

La vanille se vend même plus cher que le nickel ! Le prix de la vanille a toujours beaucoup fluctué, mais sa valeur sur le marché de la transformation alimentaire vient d’atteindre un niveau record.

Bien sûr, plusieurs d’entre nous se contentent de saveurs artificielles pour les plats cuisinés à la maison, ou même lors d’achat d’aliments ou de mets en magasin ou au restaurant. 

Mais après avoir apprivoisé le goût de la vraie vanille, il devient extrêmement difficile de retourner aux saveurs artificielles. 

Certaines entreprises ont dû reformuler leurs recettes afin de maintenir le prix de leurs produits à un niveau acceptable pour les consommateurs. 

En effet, en raison de la hausse du prix de la vanille, le Canada en importe beaucoup moins. 

Plusieurs entreprises se consacrent désormais à la reformulation des produits, remplaçant la vanille par de l’essence artificielle. 

En 2013, le Canada importait à peine pour 10 millions de dollars de vanille. L’an dernier, le montant passait à 43 millions $, même si le prix au kilo était dix fois plus élevé. 

Mais pour les entreprises qui ne jurent que sur les ingrédients naturels, le coût de la vanille fait mal, très mal.

La production de vanille sur la planète n’est pas très répandue. Le plus grand producteur de vanille au monde l’an dernier était l’Indonésie. Mais historiquement, plus de 75 % de la production de la vanille se récoltait au Madagascar. 

Les deux tiers de la quantité de vanille consommée au Canada proviennent du Madagascar, et, une année sur deux, les Malgaches subissent le passage d’un cyclone qui détruit une grande partie de leur production.

La vanille a toujours été une production hautement vulnérable aux changements climatiques. Tout comme le café et le cacao, la culture de la vanille se fait principalement autour de l’équateur, une zone procurant une température stable toute l’année, mais qui comporte son lot de défis. Cette culture intensive requiert une attention manuelle de haut niveau. 

La production est assurée par des producteurs paysans qui n’ont pas les ressources nécessaires pour contrer les effets des changements climatiques. Un vanillier peut prendre jusqu’à cinq ans avant de produire sa première floraison et récolte de fruits. 

De plus, la recherche n’a pas les mêmes effets qu’en Occident, où les méthodes évoluent d’année en année. Sans protection, les vanilliers tombent facilement au combat en raison d’invasion de pestes nuisibles, d’insectes, de moisissure et de virus. Les équipements modernes se font rares, et les producteurs paysans s’en tiennent souvent aux traditions et aux croyances pour contrecarrer les aléas de la nature. 

La pauvreté crève les yeux dans ces régions où l’agriculture est vraiment une question de survie.

Le climat ne représente qu’un des problèmes, puisque le prix très élevé attire les pilleurs qui volent sans merci la vanille des agriculteurs. La corruption et la politique mettent en péril la sécurité des paysans.

Alors, pourquoi le Canada ne produit-il pas de vanille ? Vu la volatilité du prix, il devient extrêmement difficile d’attirer des investisseurs. 

Soit, cela n’empêche pas la Chine, entre autres, de produire de la vanille. D’ailleurs, les Chinois occupent le 5e rang des plus grands producteurs de vanille au monde. 

Un projet canadien de production de vanille pourrait voir le jour, mais il faudra que la vanille vaille son pesant d’or, et non pas seulement celui du nickel.

Sylvain Charlebois

Professeur en distribution et politiques agroalimentaires

Facultés de Management et d’Agriculture

Université Dalhousie (Nouvelle-Écosse)

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Concilier besoin identitaire et fusion

OPINION / Dans cette ville du Haut-Saguenay, nous reconnaissons tous l’importance de satisfaire les besoins identitaires des citoyens de chacune des municipalités fusionnées en 2002. Dans son projet de loi, le législateur visait la rationalisation des opérations et des relations avec les municipalités et, en aucun temps, la disparition des noms des municipalités concernées. La majorité des habitants des anciennes municipalités, tant celles fusionnées en 2002 qu’en 1975, sont fiers, et avec raison, de dire encore qu’ils demeurent dans le secteur de Grande-Baie, Port-Alfred, Bagotville, Laterrière, Rivière-du-Moulin, Chicoutimi, Chicoutimi-Nord, Canton Tremblay, Saint-Jean-Eudes, Arvida, Lac Kénogami, Jonquière, Kénogami ou Shipshaw. Ils tiennent à la visibilité de leur secteur. Rien ne les empêche de le faire si l’administration municipale et le gouvernement du Québec y adhèrent.

Dans la vie de tous les jours, il se produit, entre autres, des événements sociaux, culturels, politiques ou sportifs, des accidents ou des crimes que les médias peuvent facilement associer à ces secteurs, tout en faisant abstraction du nom de la ville ou de l’arrondissement, à la condition, bien sûr, que ces médias n’obligent pas les professionnels de l’information à s’en tenir au nom de la ville ou des arrondissements.   

Par contre, au niveau légal, la ville possède deux niveaux décisionnels : le conseil municipal et les trois conseils d’arrondissements. C’est à ces niveaux seulement qu’on doit plus spécifiquement utiliser, tant par les élus que les médias d’information, les noms de Jonquière, Chicoutimi et La Baie en ce qui concerne les arrondissements et le nom de la ville, dans ce cas, Saguenay, pour les désigner et rapporter leurs décisions. Toutefois, dans le cas du nom de la ville, toutes les autres villes issues des fusions ont choisi le nom d’une de leurs anciennes municipalités, qui avait la plus grande valeur pour les situer géographiquement et comme siège de leur mémoire collective. Aucun de ces choix historiques et logiques n’a dû passer par une consultation populaire et n’est actuellement contesté.  

Ici, le gouvernement du Québec s’en est lavé les mains et le conseil municipal a fait de même malgré l’avis de la Commission de toponymie du Québec qui favorisait le nom Chicoutimi et malgré l’opposition de la Société historique du Saguenay pour l’utilisation du nom Saguenay. Le conseil municipal n’a pas pris le leadership de la situation, en laissant les partisans du nom Saguenay et ceux du nom Chicoutimi s’entredéchirer deux mois avant de procéder à une consultation populaire. Consultation bâclée, parce que la population n’a reçu, au préalable, aucune information objective et non partisane qui aurait dû découler d’audiences publiques, pilotées par un commissaire indépendant qui aurait publié les mémoires ou témoignages déposés. Ceci aurait permis à la population, pour faire un choix éclairé, de connaître les recommandations du commissaire et les raisons qui ont motivé son choix. Loin de prendre le leadership, le conseil municipal publicisait, à grands frais, à la télé, le nom « Saguenay ».

Considérant que le conseil municipal de 2002 n’a pas fait ses devoirs, le Mouvement Chicoutimi considère qu’il n’est pas trop tard pour corriger la situation et qu’il y a moyen de concilier les besoins identitaires de chaque citoyen, d’une part, et d’autre part, la reconnaissance d’un nom pour la ville qui soit le plus approprié. Qu’ils soient pour le nom Saguenay ou Chicoutimi, les citoyens devront irrémédiablement corriger cette absence de consultation démocratique qui aurait dû être à la hauteur du sujet concerné : quel est le nom le plus approprié pour cette ville du Haut-Saguenay ? De quelle façon préserver et mettre en évidence les noms des municipalités fusionnées ?      

Jacques Pelletier, président 

Mouvement Chicoutimi

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Engagements demandés

OPINION / Dans le cadre de l’élection partielle dans Chicoutimi-Le-Fjord qui a été déclenchée le 13 mai 2018, vous aspirez à devenir député le 18 juin prochain. Loge m’entraide vous demande de prendre deux engagements électoraux majeurs en faveur des locataires à faible revenu que nous défendons et représentons de par notre mission.

Mme Lina Boivin, Parti libéral du Canada

M. Éric Dubois, Nouveau Parti démocratique

M. Richard Martel, Parti conservateur du Canada

En premier lieu, êtes-vous prêts à vous engager à intervenir auprès du gouvernement fédéral afin que les sommes prévues dans la Stratégie canadienne sur le logement (30 milliards sur 10 ans) servent au développement de nouveaux logements sociaux ? En second lieu, êtes-vous prêts à intervenir pour que le gouvernement fédéral adopte une loi garantissant le droit au logement ?

Au moment d’écrire ces lignes, vous avez déjà entre les mains la documentation et les détails rattachés à ces deux engagements. Pour vous aider à bien saisir l’ampleur du problème, vous avez aussi le documentaire « Loge m’entraide : 20 ans de combat » dans lequel des locataires expriment leur joie d’avoir un logement social, d’autres leur besoin d’obtenir un logement social afin d’être logés dignement. Les chiffres sont éloquents pour justifier ce besoin à Saguenay : 7655 ménages consacrent plus de 30 % de leur revenu au logement, dont 660 ménages plus de 80 % (recensement de 2016). Quoi dire de plus devant un tel constat ?

Au nom du droit au logement et de la lutte à la pauvreté, vous avez été par le fait même invités à venir nous rencontrer afin de discuter de cet enjeu majeur dans le cadre de cette élection partielle. Les engagements que vous déciderez de prendre en faveur des locataires à faible revenu seront pour eux une preuve tangible de votre intention de leur venir en aide si vous devenez député le 18 juin prochain. À vous maintenant de faire un premier pas vers cette portion vulnérable de notre société ! Notre porte vous est grande ouverte.

Sonia Côté

Coordonnatrice, Loge m’entraide

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Donner du «love»

OPINION / On a entendu au début du gala Artis les deux jeunes animateurs dire : « On vous donne du “love” ».

Sommes-nous en train d’aliéner notre langue ? Un peu plus tous les jours, et ce, dans l’indifférence la plus totale ?

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Grandeur et beauté pour le G7

OPINION / Charlevoix est une véritable oasis de beauté et un havre de paix. Région qui a inspiré bons nombre de nos plus grands peintres et où ont séjourné de grandes écrivaines telles Laure Conan et Gabrielle Roy.

Pour y être allé à plusieurs reprises pour le travail, ou encore pour les vacances, j’ai toujours eu un faible pour Baie-Saint-Paul, pour son aspect culturel et son événement Rêves d’automne. Mais selon moi, c’est à La Malbaie, dans le secteur Pointe-au-Pic, où l’on peut apprécier l’un des plus beaux points de vue au Québec sur le fleuve Saint-Laurent. Particulièrement le long du chemin du Quai, où l’on peut marcher allégrement jusqu’au petit port de la ville tout en appréciant la magnificence du lieu et de ses superbes couchers de soleil.

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Couillard et son engagement

OPINION / Lorsque j’ai lu dans Le Quotidien du 5 mai dernier le bref article ACFAS : Couillard, invité d’honneur, je me suis étouffé avec mon café matinal. Il y était écrit : « Nous sommes ravis que M. Couillard ait accepté d’être l’hôte de marque de ce 86e Congrès. Cet appui prestigieux témoigne de l’engagement du premier ministre et de son gouvernement à soutenir une recherche scientifique forte et engagée et à reconnaître ses retombées essentielles pour la société, ce qui est de bon augure pour l’avenir ».

Les règles de la politesse obligent Mme Sauvageau, présidente de l’ACFAS, à manifester tous ces égards envers notre brave docteur, le député de Roberval. Cependant, si le passé est garant du futur, l’avenir de la science au Québec s’annonce très sombre. 

Le gouvernement Couillard est responsable de la pire période d’austérité que le Québec a connue dans son histoire récente. Même le gouvernement Bouchard n’est pas allé aussi loin dans sa quête du déficit zéro. Pour les exercices budgétaires 2014-2015 et 2015-2016, l’IRIS (L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques) a totalisé des compressions de 4 024 027 000 $. Pour ceux qui ont la mémoire courte, le site internet de l’IRIS compilant ces mesures d’austérité est toujours actif. 

Le secteur de l’éducation postsecondaire n’a pas été épargné, loin de là. Ces mesures vont d’une compression de 72 800 000 $ dans l’ensemble des Universités du Québec en 2015, d’une coupure de 10 000 000 $ du Fonds québécois de recherche nature et technologie (FQRNT) en 2015, des compressions de 300 000 $ au Cégep de Chicoutimi, etc. La liste est trop longue pour toute l’énumérer. Dans le secteur de la recherche forestière, que je connais mieux, ce gouvernement a aboli le volet V du Programme de recherche en partenariat sur l’aménagement et l’environnement forestiers, ainsi que le Programme d’appui à la recherche forestière. Ces mesures ont été précédées d’une coupe de 10 M$ du fonds Nature et Technologie (FQRNT). 

Le Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale de l’UQAC a vu son budget de recherche passer de 2 M$ à 600 000 $, au cours des dernières années. Le Consortium a cessé ses activités après 22 ans d’existence. Ces coupes sont d’autant plus vicieuses qu’elles ont été camouflées. Dans le cas du volet V du Programme de recherche en partenariat sur l’aménagement et l’environnement forestiers (ouf), le gouvernement n’a pas annoncé l’abolition du programme comme il l’a fait en Abitibi, mais des hauts fonctionnaires ont décidé que tous les projets soumis en 2015 par les chercheurs de l’UQAC dans le domaine de la foresterie n’étaient pas pertinents. C’est assez incroyable que ces chercheurs qui performaient si bien les années précédentes deviennent soudainement les cancres de la recherche cette année-là. Le public et la presse n’en ont pas eu vent parce que tous les intervenants dans ce dossier sont restés muets, incluant le recteur de l’université de l’époque. 

Mon hypothèse est que cette information a été camouflée par les hauts bureaucrates du ministère pour ne pas nuire au député de Roberval. Pensez-y, l’exploitation forestière est vitale pour l’économie du Lac-Saint-Jean et il est insensé de ne pas consacrer plus d’efforts à la recherche scientifique dans un comté qui dépend autant des ressources forestières. Le défi qui attend le Québec dans les prochaines années est de faire face à la concurrence de ses partenaires commerciaux dans un marché mondial de libre-échange. Si l’on ne fait pas de R&D et que l’on n’investit pas dans l’éducation, à tous les niveaux, nous serons déclassés et relégués à une économie de pays sous-développé. Les électeurs du comté de Roberval devraient s’attendre de leur député qui est aussi le premier ministre de la province un peu plus considération pour ce secteur essentiel à l’économie locale.

Ça n’a ni queue ni tête. Mais dans ce monde bureaucratique, on ne doit s’étonner de rien. En 2016, j’ai été contacté par le ministère des Forêts pour réaliser un contrat de recherche en région en partenariat avec le bureau régional du ministère. Pas des sommes folles, 25 000 $, mais quand même un projet porteur susceptible d’accroître d’une manière significative la productivité des plantations forestières. Eh bien non, le doyen de la recherche et de la création de l’époque à l’UQAC a refusé la subvention parce qu’il avait peur de ne pas être payé par le ministère. Son argument était que dans le cadre des derniers PFRDAF, le ministère n’a pas été capable d’honorer le paiement de la troisième année des ententes qu’il avait signées avec plusieurs universités québécoises, dont l’UQAC. Le Québec engrangeait à l’époque 4 G$ de surplus budgétaire, si on inclut le fond des générations et notre brave doyen croyait le gouvernement Couillard insolvable. C’est le bout ! 

Ç’a été mon coup de grâce et je n’ai plus jamais travaillé en recherche depuis ce temps. Il faut dire que je ne suis qu’un pion dans ce vaste échiquier bureaucratique, et que les pions ne sont là que pour être sacrifiés. Je termine en citant l’éditeur du philosophe Alain Deneault au sujet de son livre publié en 2015, La Médiocratie. « Dans son essai La médiocratie, Alain Deneault dénonce la perte de la pensée critique et la montée de la médiocrité dans toutes les sphères du pouvoir. Il remet en question “l’ordre médiocre érigé en modèle” et dénonce la perversion des établissements, notamment des universités, qui suivent à la lettre des théories de gestion menant au mépris de leurs employés. Il constate la caution de modèles productivistes stériles et montre du doigt la fragmentation du travail, qui suppose que tout travailleur est interchangeable, pour expliquer la montée de la médiocrité dans la société. ». À lire et à méditer en cette année électorale.

Denis Walsh

Chicoutimi

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Des autobus remplis d'air

OPINION / En réaction à la lettre de madame Sylvie Dussault, publiée le 9 mai courant :

nne dans ma rue, j’ai fait à un passant le commentaire suivant : « Ce véhicule devait être surchargé ! » Et le monsieur m’a répliqué du tac au tac : « En effet, il y a beaucoup d’air, là-dedans ! » J’ai bien ri du trait d’esprit, mais il faisait quand même le constat d’une réalité déplorable. Car cela fait des décennies que nos autobus sont majoritairement vides.

Aussi, de vouloir à tout prix lier, dans notre ville, le réseau de transport en commun à la protection de l’environnement et à la diminution des gaz à effet de serre, c’est une vue de l’esprit. Dans une société où on dénonce comme un scandale le fait que les automobiles ne transportent souvent qu’une seule personne, comment peut-on considérer comme vertu le fait qu’un véhicule de cinquante places ne contienne la plupart du temps que le chauffeur… et de l’air ?

D’un autre côté, de comparer notre situation à celle de Paris ou même de Montréal, là, c’est de la démagogie. On ne va quand même pas prétendre que les contraintes imposées par la densité de la circulation, les stationnements et les distances sont pareilles à Saguenay ! Même à Québec, j’ai vu des autobus, des doubles articulés, s’il vous plaît, complètement vides. Mais je laisse à Québec ses problèmes.

Voici la vérité. Le temps l’a démontré, on ne ressuscitera pas chez nous le transport en commun, quelles que soient les mesures que nos politiciens mettront en place. Depuis au moins quarante ans, plus ça change, plus c’est pareil. En réalité, c’est le modèle gros transporteur, qui ne change pas ; que ce soit pour écraser un brûlot ou un diplodocus, on met en œuvre le même marteau-pilon. Comme corollaire à ce constat, les autobus sont ruineux et extrêmement polluants, compte tenu de leur taux d’efficacité. Non seulement ils consomment énormément, ils sont très coûteux d’achat et d’entretien. De plus, en raison de leur poids, ils détruisent carrément les infrastructures routières, surtout dans les quartiers résidentiels, qui ne sont pas prévus pour le trafic lourd.

Il y a quelques semaines, notre vénéré premier ministre s’est amené à Saguenay pour annoncer une nouvelle subvention de quelques millions au transport en commun. On l’a vu à la une en compagnie de la mairesse et du député de Dubuc. Tous, ils étaient tout sourire pour nous annoncer qu’on allait engloutir un peu plus de fonds publics dans une cause perdue. Par ailleurs, chaque fois que vous renouvelez l’immatriculation de votre véhicule, vous déboursez un montant pour un transport en commun globalement inefficient, du moins dans notre communauté.

Que faire ? Faut-il mettre un terme au service ? Non ! Mais il est évident que les politiciens sont à court d’idées sur le sujet. Ce que je dis, c’est qu’il faut confier le transport en commun à l’entreprise privée. Ça se fait à certains endroits, et avec succès. Vu les subventions qui sont consenties à cette activité, je suis persuadé qu’une entreprise ferait fortune en un rien de temps. C’est bien connu, les instances politiques ne savent pas économiser, seulement dépenser.

Je fais de plus le pari qu’une corporation privée assurerait un meilleur service que la STS, un service davantage personnalisé. En même temps, je pourrais presque garantir qu’elle ne mettrait pas des fardiers sur la route pour transporter une ou deux personnes ; ainsi, elle ménagerait les voies urbaines, si coûteuses à entretenir, si enclines à se consteller de nids-de-poule.

Clément Martel

Chicoutimi

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La blockchain, solution miracle ?

Pendant quelques mois, le bitcoin suscitait l’intérêt de l’ensemble des médias de la planète. Même si les choses se calment un peu, la cryptomonnaie a mis en lumière le concept de la blockchain, aussi connu sous le nom de chaîne de blocs. Bien sûr, cette dernière peut servir dans plusieurs sphères de notre économie ; services publics, services de consultation, systèmes de justice, secteurs de l’énergie, domaine pharmaceutique et bien d’autres. Avec tout cela, il faut se demander si le concept peut vraiment aider le secteur agroalimentaire.

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission de données, transparente et sécurisée, fonctionnant sans accès pour personne et sans organe central de contrôle. La blockchain n’appartient à personne et démocratise l’information. Prenez comme exemple un aréna de hockey sur glace. Pendant que l’on retrouve l’information, tous les renseignements du système sur la patinoire peuvent être vus par l’ensemble des participants dans les estrades. Les bandes servent à protéger l’information et personne ne peut altérer quoi que ce soit. La patinoire nous offre un portrait exact du secteur, qui transige avec qui, avec quoi, les quantités, la qualité, et tout cela en temps réel. De façon un peu grossière, la blockchain pourrait s’expliquer ainsi.

Pour le secteur agroalimentaire, cette technologie peut apporter son lot de bénéfices. Par exemple, au Canada chaque année il survient au-delà de 150 rappels alimentaires tandis que plus de quatre millions de Canadiens souffrent d’au moins une intoxication alimentaire au cours de cette même période. Normalement, vu notre traçabilité saccadée entre chaque maillon de la chaîne, un rappel exige des jours pour retracer l’origine d’une éclosion. Avec la blockchain, quelques secondes suffisent. Walmart aux États-Unis a effectué quelques projets-pilotes ayant fourni des résultats très probants. Le Carrefour, le géant de la distribution française, a tout récemment fait l’annonce de son adhésion au concept de la blockchain.

Le Carrefour mise beaucoup sur cette nouvelle technologie, mais pas uniquement pour assurer une meilleure salubrité et innocuité des aliments ; mais la fraude alimentaire se retrouve carrément dans la mire du tricolore français. Pour ainsi dire, les poulets et autres denrées vendus par Le Carrefour porteront une étiquette avec un Code QR, bien connu par le public. À l’aide d’un téléphone intelligent, le consommateur aura accès à diverses informations inscrites préalablement dans la blockchain par les différents acteurs de la chaîne d’approvisionnement, telles que le nom de l’éleveur, l’alimentation que la bête a reçue, la date de l’abattage, le lieu d’emballage, les médicaments utilisés, et plus. La transparence crève les yeux et permet de rassurer les consommateurs plus frileux. Produits biologiques, commerce équitable, achats locaux, génie génétique ; la blockchain permet à l’industrie de faire preuve d’une plus grande intégrité envers les consommateurs. Alibaba en Chine évalue aussi la façon dont la blockchain pourrait aider l’entreprise à mieux garantir la qualité et la provenance de ses aliments.

En revanche, cette technologie n’est pas parfaite et comporte ses limites. D’abord, tous les participants au sein d’une chaîne d’approvisionnement doivent y adhérer, sans faute. En effet, la redistribution équitable des pouvoirs au sein de la chaîne est loin d’être assurée. Il ne relève donc pas du hasard si Walmart et Le Carrefour sont à l’aise avec la blockchain puisque ces deux entreprises contrôlent déjà des normes implicites établies au sein de la chaîne. Compte tenu de leur rôle, un producteur agricole, ou un transformateur agroalimentaire auraient du mal à imposer sa loi blockchain. Bref, une plus grande transparence rendra certains joueurs sensiblement plus vulnérables. Toutefois, en ayant plus d’information, les producteurs peuvent mieux reconnaître la valeur de leurs denrées à la récolte et ainsi négocier de meilleurs prix. Mais encore là, le pouvoir au sein de la chaîne reste toujours difficile à contrer.

Il demeure cependant problématique de concilier la confidentialité des transactions et des joueurs faisant partie du système avec le fonctionnement de la blockchain. Le monde agroalimentaire abonde de façons de faire et de caprices détenus par des entreprises souvent familiales. Celles-ci ne veulent pas toujours dévoiler au grand jour tous leurs secrets, souvent déterminants pour leur avantage concurrentiel. La blockchain ne discrimine pas qui que ce soit et elle existe pour servir le public et la société de manière générale.

L’autre défi pour la blockchain réside dans la qualité des données. Une fois les données insérées dans le système, elles y resteront même si la qualité est plus ou moins fiable. Le concept comporte donc d’énormes limites. En principe, la blockchain permettra aux consommateurs d’y gagner seulement si cette technologie permet à l’ensemble des acteurs de la chaîne de mieux collaborer les uns avec les autres. Et là-dessus, ce n’est pas encore très clair. 

Sylvain Charlebois

Professeur en distribution et politiques agroalimentaires 

Facultés de Management et d’Agriculture

Université de Dalhousie (Nouvelle-Écosse)

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Un peu de positif

OPINION / Depuis quelque temps voire quelques années, on entend surtout parler des lacunes des services offerts aux personnes âgées dans les résidences et foyers qui les hébergent.

Ayant côtoyé ce milieu avec mes frères et sœurs dans l’accompagnement de notre mère décédée à la fin d’avril, il m’apparaît important de faire part d’une expérience élargie de ce réseau :

— Foyer privé autonome et semi-autonome

— Hôpitaux (un hôpital et un centre de réhabilitation)

— CHSLD

Dans chacune de ces institutions, un manque de personnel occasionne certes parfois des écarts avec les attentes du bénéficiaire ou de ses proches. Vitement cependant, le professionnalisme, l’empathie, le don de soi des intervenants, du spécialiste au personnel de soutien (« mopologistes » inclus), ont su haut la main combler les lacunes et les quelques maladresses rencontrées.

Il est certain que dans chacun de ces milieux ma mère n’a pas retrouvé le bien-être de sa maison à savoir :

— Repas préparés selon ses goûts et à une heure coutumière

— Bains pris à la fréquence voulue

— Réponse aux besoins et autres demandes

— Visite amicale à la personne seule.

Pour les deux derniers points, une part de responsabilité incombe aussi à la famille dans sa relation avec l’être cher et dans sa relation avec le personnel de ces institutions.

Prenons aussi le temps de voir la qualité du service prodigué, ne laissons pas le négativisme monté en épingle sur des cas isolés et souvent non mis en contexte, négativisme nourri par les médias sociaux. 

Pour notre part, nous voulons, mes frères, mes sœurs et moi, manifester notre appréciation aux personnes attentionnées qui ont fait la différence tant pour nous que pour notre mère. Ils ont su jour après jour rendre des services de haut niveau malgré des situations difficiles, compte tenu entre autres des conditions de leurs clients.

Merci en particulier aux responsables et au personnel des institutions suivantes :

— Manoir Champlain (services autonomes et semi-autonomes) 

— Hôtel-Dieu de Chicoutimi (urgence, départements de chirurgie, de pneumologie, de soins palliatifs)

— Centre de réhabilitation de l’hôpital de la Baie

— CHSLD

Ginette Wauthier

Québec

Un coup de dés

Bel intérêt porté de ma part au texte du journaliste Daniel Côté paru dans Le Quotidien du 7 mai et qui se voulait en quelque sorte un portrait de Jean-Pierre Vidal, ancien professeur de littérature à l’UQAC, écrivain et fier citoyen du monde, inscrit en lettres majuscules dans la modernité.

Cet intellectuel accessible et fort sympathique participe au congrès de l’ACFAS, cette semaine, réunissant 3000 chercheurs à Chicoutimi. Vidal est un érudit qui a les deux pieds bien ancrés dans notre époque, mais qui a toujours eu le regard posé vers le futur. Je me souviens fort bien du professeur Vidal, un beau jour de septembre 1982, alors que j’étais étudiant en lettres à l’UQAC. Celui-ci avait posé une colle à ses étudiants lors de son premier cours de la session. « Quel écrivain français a écrit : Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ? » Imaginez, pas un étudiant de la classe n’a pu répondre à ladite question. Faut dire qu’en 1982, aucun d’entre nous n’avait accès à Internet via un téléphone portable. Internet n’était pas encore facilement accessible. En fait, il aurait suffi de taper : « Un coup de dés n’abolira jamais » sur Google, pour avoir presque instantanément la réponse. Mais Vidal nous avait donné jusqu’au cours de la semaine suivante pour trouver la réponse. Et l’exercice a valu la peine puisque, pendant une semaine, nous avons procédé à une recherche intensive à la bibliothèque de l’université pour trouver réponse à la question.

Et notre professeur ne nous avait pas indiqué s’il s’agissait d’un romancier ou d’un poète. Si bien qu’une semaine plus tard, aucun d’entre nous n’avait réussi à dénicher le nom de l’auteur tant recherché.

Et c’est avec un air narquois, empreint de compassion, que notre professeur inscrivit au tableau la réponse : Stéphane Mallarmé, grand poète français du 19e siècle.

Vidal venait de m’offrir sur un plateau d’argent cet engouement que je porterais dorénavant à Mallarmé et du même coup à d’autres poètes de la fin de ce siècle que sont Baudelaire, Rimbaud et Verlaine. Plus tard, ce fut pour Paul Éluard, poète issu de l’école du surréalisme qui écrivit lui aussi un vers célèbre : « La terre est bleue comme une orange. » Mallarmé et Éluard étaient, à leur manière, de grands chercheurs du domaine littéraire. De grands praticiens de la poésie. Et c’est nul autre qu’un chercheur émérite, un sémioticien réputé qui me les fit connaître et aimer. Et j’ai nommé Jean-Pierre Vidal.

Et c’est lui aussi qui me poussa à m’adonner à la poésie et à écrire un court poème, qui remporta en 1986 le 1er prix de la catégorie « Quatre lignes » du concours de la revue La Bonante du département des lettres de l’UQAC. Le poème a pour titre Approche nominale. « Le souffle des formules humaines éblouit/À la rencontre des corps d’axes parallèles/Sur des hypothèses d’attachements verbaux/Que le temps d’aimer fourvoie dans son calcul. »

Tout comme moi, des jeunes passionnés de littérature moderne de l’époque, tels Daniel Danis et Hervé Bouchard, remportèrent des prix à ce concours qui perdure encore aujourd’hui. Et Jean-Pierre Vidal fut l’un des premiers à nous encourager à poursuivre notre passion d’écrire et éventuellement, à publier. On connaît la suite pour le dramaturge qu’est devenu Daniel Danis, traduit en plusieurs langues, ou encore pour Hervé Bouchard, un de nos plus brillants romanciers.

Alors que dire de plus que merci à vous, Jean-Pierre Vidal, pour votre encouragement et bravo pour votre contribution essentielle à l’essor de notre littérature d’expression française.

Yvan Giguère

Saguenay

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Au nom d’une véritable protection des consommateurs

OPINION / Depuis l’automne, plusieurs voix ont dénoncé et soulevé des préoccupations majeures quant à des pans entiers du projet de loi 141 (PL 141) relatif au secteur financier. Cela concerne tant l’assurance de dommages, l’assurance de personnes que l’épargne collective, soit presque la totalité des Québécois.

Le 7 mai dernier, toutes les associations de consommateurs du Québec, appuyées par plusieurs intervenants indépendants, ont demandé conjointement le retrait du PL 141. Aujourd’hui, de manière totalement apolitique et non partisane, mais forts de nos expériences et expertises, nous en appelons solennellement aux parlementaires. 

Depuis 20 ans, plusieurs lois ont été adoptées et modifiées par différents parlements en établissant un équilibre fondamental permettant la fabrication de produits et services financiers, par des compagnies, et leurs distributions, par des professionnels. C’est à cette fin que l’Autorité des marchés financiers (AMF) et les organismes d’autoréglementation, telles la Chambre de l’assurance de dommages (ChAD) et la Chambre de la sécurité financière (CSF), se sont vu confier des rôles complémentaires. 

Le PL 141 rompt cet équilibre et propose un retour en arrière au détriment des épargnants et de la responsabilité des professionnels. Il incarne une tentative de capture réglementaire possiblement à l’avantage des grosses institutions. En ouvrant tout grand la distribution sans représentant et par Internet sans les garde-fous adéquats, le PL 141 laissera n’importe qui « conseiller » les consommateurs, sans détenir de certification de l’AMF et sans être imputable de ses gestes. Cela favoriserait d’ailleurs la réduction du nombre de professionnels, avec un impact particulièrement marqué en régions.

L’expérience a démontré que, sans négliger une surveillance des compagnies, un encadrement centré en premier lieu sur les personnes physiques est plus efficace, car il s’incarne clairement dans la préservation de leur réputation et de leur responsabilité. Pourtant, le déséquilibre découlant du PL 141 repose sur l’écoute privilégiée et la place prépondérante octroyée aux personnes morales pour influencer la réglementation. L’abolition des organismes de protection du public que sont la ChAD et la CSF minerait inévitablement un système assurant présentement de hauts standards de professionnalisme pour les consommateurs.

Contrairement aux prétentions du ministère des Finances, nos craintes ne sont pas que des fabulations. En mars dernier, l’Agence de la consommation en matière financière du Canada publiait un rapport très éloquent sur les manquements et les risques constatés dans les pratiques de vente au détail de produits par les institutions financières canadiennes. Au Québec, entre juillet 2017 et avril 2018, le site Internet de l’AMF ne recense pas moins de 16 ententes survenues avec de grosses institutions (dont Chubb, Manufacturers, Aviva, Desjardins Sécurité financière, Industrielle Alliance, Lloyds, etc.) pour des manquements associés aux ventes. Des sanctions administratives leur ont été imposées, mais demeurent nettement inférieures aux primes et rémunérations découlant de pratiques inconvenantes. Malheureusement, l’adoption du PL 141 augmenterait vraisemblablement de telles occurrences.

Ce projet de loi mammouth – contenant 485 pages, 2349 articles, modifiant 60 lois existantes et nécessitant 4653 pages de notes explicatives remises aux membres de la Commission des finances publiques – est si complexe qu’après 10 séances en étude détaillée, seulement 27,7 % des articles ont été abordés. À l’évidence, l’adoption à la vapeur du PL 141 au cours des dernières semaines de ce parlement manquerait non seulement de sérieux, il constituerait un déni de démocratie aux conséquences fâcheuses et irréfléchies.

Nous souscrivons à l’idée d’actualiser le cadre législatif et réglementaire, mais force est de constater que cela requiert davantage de travail en amont et de consultation pour moderniser optimalement l’encadrement du secteur financier. Par respect pour les consommateurs et la sécurité financière des Québécois, nous enjoignons donc à tous les parlementaires d’exiger le retrait du PL 141.

Bernard Landry

Ancien premier ministre, ministre des Finances (PQ)

Alain Paquet, Ph.D

Ancien ministre délégué aux Finances (PLQ)

Rosaire Bertrand

Ancien ministre (PQ) 

Hubert Benoit

Ancien député (ADQ)