Bébé et les stéréotypes

CHRONIQUE / Sans tabou, sans préjugé, sans jugement, voilà comment naissent ces petits bébés. Nos poupons viennent au monde immaculés, voilà ce que je pense. En fait, je m'en doutais déjà, mais j'ai compris encore plus le jour où j'ai partagé sur ma page Facebook professionnelle cette vidéo proposant, pour l'heure du conte en bibliothèque, une drag queen comme lecteur !
Devant ce personnage inédit, oui, leurs petits yeux d'ange, je dirais préscolaires, ont affiché des points d'interrogation. J'ai bien vu, le temps d'un court instant, leurs regards intelligents déceler l'inhabituel à la vue des paillettes, des parures, de la perruque, « pis toute », comme dirait l'autre. Mais sans plus. Au-delà d'un homme vêtu de l'attirail féminin, ils ont vu une personne, sans faire de cas, et ont tôt fait de réclamer leur histoire et tout le plaisir venant avec !
De ce fait, comment expliquer que ces chérubins puissent, en l'espace de peu de temps, devenir intolérants vis-à-vis la différence ? Se pourrait-il, adultes, que nous les contaminions de nos propres valeurs, opinions, convictions négatives ? Est-il possible qu'ils absorbent, tel un papier buvard, ces stéréotypes imposés par notre société. 
J'en ai bien peur ! Alors, comment faire pour inculquer d'abord et avant tout une éducation dépourvue de clichés à ces petits qui, un peu beaucoup à l'image des grands qu'ils côtoient, deviendront grands ? Le rôle de parent consiste oui à le prémunir, mais encore plus à l'éduquer face à la différence. Donner l'exemple de tolérance, en voilà un beau mandat. Comment ?
En exposant les enfants à l'inaccoutumé de leur quotidien. La visite de la drag queen en bibliothèque en est un exemple plus que surprenant, me direz-vous. Mais, possiblement pas tant que ça, vous répondrais-je ! Puisque qu'un post-mortem efficace avec papa-maman me semble inévitable, parions que de faire verbaliser ces derniers sur l'événement, de ressortir leurs perceptions, leurs opinions, leurs sentiments, le comment ils ont vécu l'expérience, permettra une possible ouverture face à toute différence. 
En leur évitant les clichés. Loin de moi l'idée de prôner une éducation dans une bulle de verre avec pour vision qu'un avenir aux teintes rosées. Ceci dit, puisque nos petits ne sont pas aptes à cerner tous les rouages de l'humour, les non-dits subtils, les sous-entendus, le double sens, pourquoi agir au-delà de leurs capacités ? Vous me voyez venir. Porter un chandail à 4 ans affichant comme message « Têtue : normal, je suis une fille » témoigne d'une cause à effet aussi simple qu'un plus un égale deux pour eux. Une nécessité ? Absolument pas. 
En reconnaissant nos failles en tant qu'adulte-modèle. En nous se cachent officiellement quelques idées préconçues. Quoi de plus humain ! Force est donc de les reconnaître. Peut-être que pour vous, comme pour moi, un homme se travestissant frôle l'entêtement, en voilà un droit. Ceci dit, d'exposer cette réalité à votre enfant en commençant par un « voyons donc », « voir si ça du bon sens », « tu parles d'un tordu ! » implique nécessairement une possible programmation chez votre progéniture qui enregistre la « vérité » parentale. Le travestisme risque de devenir alors une aberration pour lui aussi. 
Des enfants ouverts, en voici une alternative intéressante pour notre futur impliquant nettement plus que de simples questions sexologiques. Qui sait, les religions, l'ethnicité, les idéaux politiques, les grands enjeux de demain se verront peut-être moins sujets de divergences ainsi. Allons savoir !