Au sujet des CHSLD, écouterons-nous les Forces armées?

La signataire de cette lettre, Lise Lapointe, est présidente de l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ)

Des rapports accablants tablettés sur les CHSLD et des enquêtes indépendantes avec des recommandations sans conséquence, voilà des décennies de laisser-faire dans le réseau des CHSLD. Nous n’avons pas écouté les travailleurs de la santé, les aînés et les experts durant tout ce temps. Alors qu’en Ontario, un rapport des Forces armées canadiennes semble pousser leur gouvernement à agir pour améliorer les conditions de vie des personnes aînées hébergées, nous espérons qu’il en sera de même pour le Québec.

La situation en CHSLD n’est pas nouvelle. Ça fait des années que des intervenants réclament des actions concrètes pour corriger le problème, dont l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ) que je représente.

Nous demandions des chambres individuelles avec la réfection des établissements actuels, ce qui aurait d’ailleurs probablement limité la propagation du virus dans plusieurs établissements. On nous a plutôt proposé de bâtir des nouvelles Maisons des aînés, qui ne pourront accueillir tout le monde. Qui seront les chanceux? Qui seront les perdants qui finiront leurs jours dans les vieux CHSLD?

Pas seulement une question de salaire

Nous réclamions l’augmentation des ratios pour le personnel infirmier et les préposés. On nous a dit que des postes étaient ouverts, mais laissés vacants. Il ne suffisait pas d’ouvrir des postes, mais aussi de valoriser le travail du personnel. Non seulement par l’augmentation du salaire, mais aussi par des conditions de travail adéquates et une stabilité. D’ailleurs, l’instabilité a visiblement joué un rôle prépondérant dans la propagation du virus puisque du personnel de la santé devait se déplacer d’un établissement à l’autre, de zones froides à zones chaudes.

Des zones chaudes et brûlantes

Nous exigions la climatisation des CHSLD pour le bien-être des résidents et du personnel, faisant face aux canicules chaque été. On nous disait que c’était impossible en raison de la vétusté de plusieurs établissements. Ensuite, on nous a dit que c’était possible, mais trop coûteux. Finalement, il y a les gens qui ont les moyens de se le payer, et les autres, on les abandonne à leur sort. Pris de cours par une canicule prématurée, le gouvernement vient de donner le feu vert à la climatisation des CHSLD. C’est une bonne chose! Le hic? Encore une fois, la bonne volonté gouvernementale se bute au mastodonte des CIUSSS où la confusion règne. Des directions attendent des directives, rien n’est clair et, par conséquent, il est risqué que rien ne se passe. La bureaucratie aura encore raison de la dignité des personnes en situation de vulnérabilité.

L’armée à la rescousse

Il aura fallu une pandémie, des milliers de morts, des histoires d’horreur et l’intervention de l’armée pour que collectivement on puisse peut-être, et je dis bien peut-être, nous résoudre à améliorer le sort de celles et de ceux qui ont contribué toute leur vie dans l’espoir que la société ne les laisse pas tomber dans des moments d’extrême vulnérabilité. Les Forces armées canadiennes ont, à leur tour, fait leur rapport sur la situation au Québec, un rapport accablant encore une fois.

Maintenant, est-ce que ce rapport sera tabletté comme les dizaines d’autres dans le passé? Il ne le faut pas, et ce, en la mémoire de cette génération entière qui a souffert dans le silence, et pour le bien-être de la génération des boomers qui, bientôt, en très grand nombre, auront besoin de ces services. À la loterie de la perte d’autonomie, tout le monde finit par gagner, qu’on le veuille ou non.