Politicienne, communicatrice, journaliste, écrivaine et productrice, la mort de Lise Payette et les témoignages de ceux qui l’ont côtoyée nous rappellent à quel point son parcours est inspirant.

Appelez-la Lise

Lise Payette était une féministe. Mais pas seulement ça. C’était une femme intelligente avec de très grandes qualités. Politicienne, communicatrice, journaliste, écrivaine et productrice, sa mort et les témoignages de ceux et celles qui l’ont côtoyée nous rappellent à quel point son parcours est inspirant. Femme de conviction, elle a défendu l’indépendance du Québec et l’égalité des femmes tout au long de sa vie. Il est difficile d’imaginer tous les combats qu’elle a faits pour défendre ses positions au milieu de tous ces boy’s clubs : télévision, journaux, production et, évidemment, le milieu politique. Il ne faut jamais oublier le contexte de l’époque. Née dans une famille pauvre, Lise Payette avait neuf ans quand les femmes ont obtenu le droit de vote. Jusqu’en 1964, la femme mariée n’avait pas la capacité juridique et devait obéir à son mari. Ce n’est que plusieurs années plus tard qu’elles ne sont plus obligées de porter le nom de leur mari. C’est dans ce contexte social et politique que Lise Payette s’est battue pour les femmes et pour le Québec.

J’entends l’annonce de sa mort à la radio. Les premiers souvenirs qui me reviennent sont malheureusement les récents épisodes négatifs autour de Jutras et de Léa Clermont-Dion. Les commentaires hargneux, décontextualisés et excessifs que j’avais lus et entendus m’avaient chagrinée, le jugement me semblait dur. Je sais pourtant la grande femme qu’a été Lise Payette. Pour la rappeler à ma mémoire, j’ai choisi de visionner le documentaire Un peu plus haut, un peu plus loin (2014) où elle se raconte à sa petite-fille Flavie.

La grand-mère de Lise Payette était une femme forte. Marie-Louise avait remis à sa place un curé qui la sommait de faire des enfants, qu’elle en ait le goût ou non. Elle fut un modèle pour Lise tout au long de sa vie. Animatrice, elle n’a pas hésité à dépasser les normes avec un style qui lui était particulier. On la ramena à l’ordre lorsqu’elle parla, au début des années 60, de la pilule contraceptive qui arrivait au Québec. Seule femme ministre au sein du premier cabinet de René Lévesque en 1976, elle exigeait qu’on l’appelle Madame la Ministre. Comme elle a dû en baver ! Pauline Marois, qui a travaillé avec elle, affirme être devenue féministe en trois semaines par simple contact avec la dure réalité. C’est vous dire. Évidemment, il y a eu le fameux dossier des Yvettes qui l’a blessée profondément. Imaginez, Thérèse Casgrain était assise sur la scène. J’en parle uniquement pour raconter une partie moins connue de l’histoire. Après avoir présenté ses excuses à la femme de Claude Ryan, qu’elle avait comparée à une Yvette, elle dira merci aux 14 000 femmes qui ont manifesté au forum. Pourquoi ? Parce qu’elles se sont déplacées pour dire ce qu’elles pensent. « Je dis toujours que les femmes doivent s’affirmer, c’est ce qu’elles ont fait en se déplaçant au forum et je les remercie ! » De quoi faire réfléchir chaque féministe sur le concept de solidarité. Moi comprise, évidemment.

On doit l’assurance automobile à Lise Payette ainsi que le fameux « Je me souviens » sur les plaques d’immatriculation, cet appel collectif à se rappeler l’histoire du Québec. Lise Payette fait partie de cette époque où le Québec avait un projet de société et une vision collective. C’est un rappel douloureux qui vient avec sa mort.

Lise Payette était une féministe. Elle était une femme. Elle était plusieurs femmes. Celles que nous sommes toutes, à un moment ou un autre, et parfois en même temps. Ces identités multiples où se côtoient et se confondent l’amoureuse, la mère protectrice, l’effrontée, la résistante, la malheureuse. La femme qui se tient debout, qui se sent forte. Celle qui est brisée, vulnérable, celle qui a peur. La femme qui se trompe, qui regrette, celle qui vieillit, qui a peur de mourir. La dépendante. L’indépendante. Lise, l’indépendantiste féministe.