Anges ou rebelles : qui sommes-nous?

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
OPINION / Monsieur Legault, à 80% des femmes, sous-payées et surchargées, nous œuvrons dans des résidences privées pour personnes retraitées; certaines d’entre elles sont déjà vulnérables et ont besoin de soins qu’elles paient à la carte, à fort prix; plusieurs vont se retrouver un jour, pas si lointain, en soins de longue durée.

Quotidiennement, nous «tenons le fort». Que ce soit aux soins, à l’entretien ménager, à la maintenance ou à la buanderie, aux services alimentaires ou à la salle à manger, au transport ou aux loisirs, à la sécurité ou à la réception, nous formons une équipe essentielle. Sans notre contribution, que seraient devenues les résidences pour personnes aînées en pleine éclosion du virus? Dès le début de la pandémie, nous avons mis notre santé et celle de notre famille en péril. Si nous avions quitté le navire en pleine tempête, que serait-il arrivé?

À Québec, Gatineau, Saguenay, Montréal et dans la Montérégie, nous devons actuellement négocier dans plus de 15 résidences Chartwell, et dans certains cas, recourir à la grève, pour revendiquer des salaires décents. Les conditions de travail diffèrent d’une résidence à l’autre, mais pouvez-vous imaginer un seul instant que, dans certains endroits, on offre 15,50 $ de l’heure à l’embauche pour une infirmière auxiliaire, 13,90 $ pour une préposée aux bénéficiaires, 12,61 $ pour une préposée à l’entretien ménager… moins que le salaire minimum? Oui, puisque certaines conventions n’ont pas été renouvelées depuis 2018. Dans ces circonstances, notre généreux employeur se plie à la loi et paie le 13,10$.

Bonne chance pour recruter du personnel lorsque la deuxième vague frappera!

Le 29 juillet dernier, nos collègues de la résidence privée pour aînés Chartwell Bois-de-Boulogne ont dénoncé publiquement les conditions de vie qui y sévissent en raison du manque de personnel. Dans sa réaction médiatique, Mme Marie-France Lemay, vice-présidente aux Opérations et ventes chez Chartwell, a tout nié en précisant que l’établissement est actuellement en négociations avec le syndicat et en insinuant que ce dernier fait campagne pour discréditer l’employeur.

Curieusement, le lendemain, notre syndicat recevait une mise en demeure concernant l’utilisation de l’adresse de résidents des établissements Chartwell dans le but de les informer de leurs droits en matière de plaintes. Qui les aurait informés si nous ne l’avions pas fait?

En négociations ou pas, notre organisation syndicale, le Syndicat québécois des employées et employés de services, section locale 298 (FTQ), a toujours compris le désarroi que nous éprouvons à la fin d’une journée de travail en constatant tout ce que nous n’avons pu faire pour le confort, le bien-être physique et la santé mentale des bénéficiaires. Depuis des décennies, le SQEES dénonce les conditions de vie dans les établissements pour personnes aînées. Tous les gouvernements qui se sont succédé ont fait la sourde oreille à nos cris d’alarme. Comme société, nous en avons payé un prix exorbitant : la mort de milliers de personnes aînées.

L’urgence : un décret et des normes avant la deuxième vague

Monsieur Legault, malgré toutes vos bonnes intentions, nous doutons que vous puissiez acheter tous les Chartwell. C’est le plus gros employeur au Québec et au Canada dans les résidences privées pour personnes retraitées et sa valeur dépasse le deux milliards. Le secteur du vieillissement ne décline pas, il est en pleine expansion, une mine d’or pour qui veut faire du profit.

Comment s’occupera-t-on de tous ces «aînés», si chers à Mme [Marguerite] Blais qui ne finit pas de s’outrer et de s’indigner sur la place publique, promettant des comités par ici et par là. Où sont les actions concrètes? Les problèmes sont pourtant connus depuis longtemps.

Maintenant, M. Legault, vous êtes au courant de la situation. N’attendez pas la prochaine vague : cela prend un décret pour des salaires qui reconnaissent notre contribution et qui assurent le recrutement du personnel de même que des normes garantissant la qualité des soins et services dans les résidences privées. Permettez-nous de travailler dignement au mieux-être des résidents. Nous faisons partie des solutions.

Ni anges ni rebelles : 800 travailleuses et des travailleurs sous-payés et surchargés.

Hélène Lajoie, représentante des travailleuses et travailleurs en grève à la Résidence Chartwell Villa Saguenay

Christine Dubé, représentante des travailleuses et travailleurs en grève à la Résidence Chartwell Villa Jonquière

France Tremblay, représentante des travailleuses et travailleurs en grève à la Résidence Chartwell Villa Chicoutimi

Marlaine Lapointe, représentante des travailleuses et travailleurs en grève à la Résidence Chartwell Manoir Archer

Jean Vallerand, représentant des travailleuses et travailleurs en grève à la Résidence Chartwell Domaine de Bordeaux

Karine Mailhot, représentante des travailleurs et travailleurs en grève à la Résidence Chartwell Appartements de Bordeaux

Alexandre Potvin, représentant des travailleuses et travailleurs en grève à la Résidence Chartwell Faubourg Giffard