Amener l'athlète en état de grâce

TRIBUNE / Les Jeux olympiques d’hiver s’amorcent dans une semaine. Pour les athlètes, il s’agit de la réalisation d’un rêve caressé depuis toujours. Jude Dufour est entraîneur en vélo de montagne qui a accompagné le cycliste Léandre Bouchard jusqu’à cet objectif.

À titre d’entraîneur ayant déjà vécu l’expérience olympique, je vais essayer de tracer les grandes lignes directrices qui ont permis à Léandre Bouchard, athlète en vélo de montagne, de se rendre à Rio en 2016.

À la base, un athlète de pointe doit posséder d’excellentes aptitudes physiques et techniques pour atteindre le niveau international et doit être nécessairement doué. À ce chapitre, je peux vous confirmer que Léandre Bouchard possède les outils physiologiques et psychologiques pour faire face à la musique sur la scène internationale. À ce niveau, les athlètes ont généralement tous des aptitudes physiques et techniques similaires. Selon moi, c’est la capacité d’« entraînabilité » individuelle qui fera la différence à travers le temps. À ce jour, Léandre a su démontrer une excellente courbe de progression depuis son jeune âge. 

À l’avenue des Jeux olympiques, Léandre devait se préoccuper de son aspect mental. Le tout était axé sur son dialogue interne positif, sa concentration et sa capacité à s’établir des objectifs de performance et de résultats tout en ayant une grande capacité de se mettre en action. Un athlète motivé est capable de se dire : voici mes projets, voici mes raisons d’agir et voilà ce que je vais accomplir. À la place de penser à gagner, il doit plutôt penser à comment il veut être pendant sa performance

À travers ses différentes charges d’entraînement, il faut qu’il soit en mesure de se dire : « Qu’est-ce que je peux faire maintenant pour essayer d’améliorer ma situation ? » L’athlète doit croire à son projet et rester constamment dans le processus. Ce processus fait référence à la modulation dans le temps des différents axes de la performance, soit l’aspect physique, psychologique et émotionnel. 

Il faut noter d’entrée de jeu que chaque athlète est différent, on appelle ça le principe de l’individualité. Comment un athlète de pointe peut atteindre les jeux olympiques et rentrer dans son état de « flow » au grand jour ? Dans le fond, l’athlète est un peu comme un robot avec plusieurs boutons. Chacun des boutons permet de contrôler les différents axes de performance. Ces trois axes bien alignés permettent à l’athlète d’entrer dans son jour de grâce. Ça semble simple en théorie, mais c’est là que la planification de l’entraîneur prend tout son sens. L’outil utilisé pour faire cette modulation est le plan annuel d’entraînement. Ce cadre de référence reflète un effort rationnel et systématique qui vise à identifier les objectifs de performance atteignables, les dates des événements importants, le découpage de l’année, les priorités et le volume d’entraînement. 

Avant de se présenter à Rio, Léandre devait se soumettre à des courses importantes durant 2 ans sur le circuit de la coupe du monde. Comme il est très difficile pour un athlète d’atteindre deux pointes de performance durant une année, mon rôle consistait à assurer un bon équilibre entre son état de fatigue et son niveau de forme. Il y avait là un défi de taille au quotidien. La relation entre l’entraîneur et son athlète de pointe est centrale. 

De plus, comme un athlète ne se développe pas seul et en vase clos, il faut rapidement mettre en place une équipe d’intervenants et de partenaires. Il est nécessaire d’établir une cohésion de travail entre l’entraîneur responsable de l’athlète et les divers spécialistes dans le domaine de la performance sportive. Le rôle de l’entraîneur est celui d’un chef d’orchestre et non d’un homme-orchestre. 

Pour ma part, je crois que le défi dans le monde du cyclisme de performance est l’humanisation à travers l’ère numérique. Entre autres, l’utilisation des différentes technologies comme les capteurs de puissance qui nous permette de calculer les TSS (Training stress score), mais il faut aussi valider la charge affective des entraînements. Selon moi, le génie du coaching réside dans la capacité de l’entraîneur à fournir du renforcement à l’athlète. 

Ce que je retiens de cette expérience olympique, c’est qu’il s’agit d’un long processus et le mot-clé est patience, patience et patience…