Véronique Proulx est d’avis que compte tenu de l’importance du secteur manufacturier pour l’économie québécoise et de sa dépendance envers le marché américain, la renégociation de l’ALENA doit permettre aux manufacturiers d’accéder au marché américain dans des conditions favorables.

ALENA : que fait-on pour le secteur manufacturier?

Le secteur manufacturier québécois est représenté par plus de 23 000 entreprises, qui emploient 492 500 personnes à travers le Québec. Les entreprises manufacturières exportent pour 85,3 milliards $ par année, 70,5 % de ces marchandises sont vendues aux États-Unis. Ce sont des entreprises qui fabriquent des biscuits, des portes et fenêtres, des avions, du papier, et qui tous les jours, exportent leurs produits aux États-Unis.

Compte tenu de l’importance du secteur manufacturier pour l’économie québécoise, et de sa dépendance envers le marché américain, la renégociation de l’ALÉNA doit permettre aux manufacturiers d’accéder au marché américain dans des conditions favorables. L’incertitude engendrée par le piétinement dans ces négociations a trop duré et les effets se font sentir durement.

Quel est l’impact de cette renégociation pour les manufacturiers québécois?

Plusieurs de nos membres manufacturiers nous font part du fait qu’ils reportent leurs projets d’investissement au Québec, et qu’ils choisissent plutôt d’investir aux États-Unis. Je pense entre autres à une PME qui a choisi d’agrandir son entrepôt aux États-Unis afin de prévoir un espace pour la fabrication, dans le cas où elle n’aurait plus accès au marché américain de façon favorable.

Depuis plusieurs années, on constate que l’investissement direct étranger canadien vers les États-Unis est en forte croissance, alors que les investissements des Américains au Canada stagnent. En effet, en 2012, le Canada et les États-Unis investissaient de part et d’autre 20 milliards $. En 2017, le Canada investissait 100 milliards $ (cinq fois plus!), et les États-Unis toujours 20 milliards $. Les politiques protectionnistes américaines ont clairement profité aux États-Unis.

En parallèle, le Canada accuse un retard de productivité important dans le secteur manufacturier, qui s’illustre notamment par les investissements en équipement et machinerie. Le Canada se classait avant-dernier parmi les pays de l’OCDE en 2017 pour la croissance de ces investissements. Ainsi, le fait que nous investissions de plus en plus dans des usines américaines, plutôt que dans les usines au Québec, fait en sorte que notre retard de productivité ne fait que s’accroître.

Enfin, tout cela se passe dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qui contribue à augmenter l’inquiétude des manufacturiers québécois et à nuire à leur compétitivité.

Et que fait-on pour le secteur manufacturier?

Le gouvernement du Québec a un rôle important à jouer pour s’assurer de bien représenter les intérêts des entreprises québécoises dans ce type de négociation. Nous avons entendu les chefs se positionner sur la gestion de l’offre, qui est certes un enjeu important pour le Québec dans le cadre de la renégociation de l’ALÉNA, mais qu’en est-il du secteur manufacturier?

Dans le cadre de cette campagne électorale remplie de promesses, quelles sont les intentions des chefs de partis? Quelles sont les mesures qu’ils proposent pour stimuler l’investissement dans le secteur manufacturier, nous permettre de rattraper notre retard de productivité, augmenter notre compétitivité et ainsi nous permettre d’être concurrentiels aux États-Unis, mais également à l’échelle planétaire?

N’est-ce pas là une priorité?

Véronique Proulx, EMBA
Présidente-directrice générale Manufacturiers et Exportateurs du Québec