À pas de bébé

Je ne suis pas un de ces cyniques qui croient que nous n'avançons pas en tant que société, voire même que nous régressons. Certes, lorsque nous faisons collectivement un pas en avant, c'en est souvent un de bébé, or, n'est-ce pas une étape nécessaire afin d'ultimement pouvoir se dresser debout?
Comme je suis né en 1980, je n'ai jamais vécu à proprement dit dans une société qui tolérait l'homophobie. Évidemment, je serais de mauvaise foi de vous raconter que je n'ai jamais été témoin d'une manifestation quelconque d'une forme d'homophobie. Toutefois, d'un point de vue légal, le système dans lequel je vis a toujours fait en sorte que, dans l'éventualité où l'une de ces manifestations homophobes dont j'étais témoin venait à porter directement atteinte à l'intégrité ou à la sécurité d'un individu, tous les outils légaux seraient à ma disposition afin que je puisse intervenir en dénonçant ces actions ou ces comportements.
Fort heureusement, d'une certaine façon du moins, les gestes homophobes auxquels j'ai assisté jusqu'ici m'ont toujours semblé beaucoup plus dégradants pour ceux et celles qui les posaient que pour les individus auxquels ces gestes étaient destinés. Ici, je fais allusion à toutes ces blagues de mononcles, ces allusions rétrogrades, ces clichés quant à la "fifure" et j'en passe. En fait, chaque fois que je socialise avec un individu qui croit fermement qu'il charmera son auditoire en s'adonnant à de l'humour homophobe, je suis toujours fasciné et intrigué quant à quel drôle de chemin sa logique peut bien emprunter. Et est-ce nécessaire que j'en pense autant de ces spécialistes en blagues misogynes ou racistes?
Il reste que ce que j'avance ici est plutôt convenu comme idée. Si ce n'est pas vous qui vous en chargerez, le système ne manquera certainement pas de sensibiliser vos enfants à l'importance de ne pas poser de gestes ou de tenir des propos discriminatoires.
Maintenant, il y a une ligne à tracer quant à savoir jusque dans quelle mesure il faut voir de la discrimination partout autour de nous. Mais c'est là un tout autre débat auquel je me livrerai à un autre moment si le temps me le permet un jour.
Mais bon, on peut bien se péter les bretelles comme quoi nous vivons dans une société avancée et ouverte d'esprit, il reste qu'il ne faut jamais rien tenir pour acquis. Là, vous me voyez venir avec mes grosses bottes à caps d'acier, mais on n'a qu'à jeter un coup d'oeil sur ce qui se passe en Russie quant à la communauté lesbienne-bisexuelle gaie-transsexuelle (LBGT). D'ailleurs, je vous invite tous à farfouiller sur le web afin d'en savoir plus à ce sujet si la situation qui y règne actuellement vous est inconnue. Car bien que selon certaines études, une bonne partie de la population soit en défaveur de la discrimination, la communauté LBGT en Russie est aux prises avec une énorme vague de crimes.
On assiste donc à des scènes désolantes où de jeunes homosexuels se font piéger à l'occasion de rendez-vous truqués et où, s'ils ne se font pas battre, parfois même jusqu'à la mort, ceux-ci sont humiliés en étant aspergés d'urine afin d'être purifiés de leur " maladie ". Mais ce qui est encore plus alarmant, c'est que ces crimes sont souvent dévoilés fièrement au grand jour sur le web par les bourreaux eux-mêmes, car ceux-ci sont convaincus de s'adonner à un acte de justice tout à fait légitime.
Alors voilà, on progresse collectivement, mais à pas de bébés. Et lorsque l'on voit la position adoptée par le gouvernement en Russie, et notamment celle de Vladimir Poutine, il est clair que celui-ci n'est doté que de l'équilibre d'un bébé. Il croit avancer, mais son vacillement le pousse par-derrière. C'est " cute " quand c'est un bébé qui fait ça. Or, c'est affreux lorsqu'il s'agit d'un homme d'État.
Ne reste plus qu'à souhaiter que les Jeux olympiques soient pour Poutine et son gouvernement l'équivalent de ce pas de trop par en arrière qui vous fait tomber sur les fesses devant le regard amusé de tout un chacun.