L’abbé Marc Girard

50 ans au service de la parole de Dieu

CHRONIQUE / En septembre 1966, un jeune homme de 21 ans quittait Chicoutimi pour se rendre à Rome afin d’entreprendre des études spécialisées en sciences bibliques. Le séminariste ordonné l’année suivante ne pouvait pas se douter à ce moment-là de l’ampleur de la carrière d’exégète qui l’attendait. Ce jeune homme, c’était Marc Girard.

De retour dans la région en 1970, il débute sa carrière de professeur à la toute jeune Université du Québec à Chicoutimi, fondée l’année précédente. Toujours très attaché à ses racines saguenéennes, il y sera actif pendant quatre décennies. Au fil de ces 40 ans d’enseignement (1970-2010), il forme des générations d’étudiants en théologie : des prêtres, des diacres, des animateurs de pastorale, des professeurs d’enseignement religieux ou encore des bénévoles engagés. Comme tout exégète, il explique les textes de la Bible. Et à vrai dire, il ne fait pas qu’enseigner ou expliquer ; il propage le « feu dévorant » (Jérémie 20,19) qui l’habite. Pour lui, en effet, la Bible est avant tout la Parole de Dieu faite Écriture. Bien des années plus tard, nous sommes nombreux à avoir encore en mémoire les expressions qu’il a forgées, pour rendre compte du mystère d’un Dieu ayant pris chair humaine pour rencontrer chez eux les humains : la « plus-que-vie », la « plus-que-lumière », la « plus-que-naissance ». Mais nous nous souvenons avant tout de lui comme d’un sage et un témoin.

Un exégète de réputation internationale

En 2010, au moment de prendre sa retraite, l’UQAC lui accorde le titre de professeur émérite pour souligner à la fois ses talents de pédagogue et son rayonnement exceptionnel comme auteur et chercheur. Tandis qu’il enseignait dans notre région, l’abbé Marc se faisait effectivement de plus en plus remarquer dans le monde universitaire, par les articles et les livres qu’il publiait. Il a partagé les fruits de ses découvertes dans près de vingt livres et dans de très nombreux articles scientifiques. Il est un des pionniers et un des plus grands spécialistes de la « critique structurelle », une méthode qui s’intéresse à la manière d’écrire des auteurs bibliques. Il est également reconnu pour ses travaux sur le symbolisme biblique, de même que pour ses études des Psaumes et de l’Évangile selon Jean. Conférencier et prédicateur de retraite recherché, il est depuis longtemps invité un peu partout au Québec et à l’étranger.

Le pape Jean-Paul II a reconnu sa valeur d’exégète, mais aussi son amour de l’Église et son esprit de service, en lui demandant en 1996 de devenir membre de la Commission Biblique Pontificale au Vatican. Il y restera jusqu’en 2009. En 2008, il a été convoqué par Benoît XVI comme expert au Synode sur la Parole de Dieu.

Sa retraite n’a pas sonné le glas de son travail d’exégète, bien au contraire. Pour une septième année consécutive, il passera l’hiver à Jérusalem comme professeur invité à la prestigieuse École Biblique et Archéologique, où il dirige un projet de recherche et donne des cours au niveau doctoral à des étudiants de toute nationalité.

Un pasteur engagé au service de son Église

Tout cela peut nous sembler un peu loin de chez nous. Pourtant, comme à toutes les époques de sa vie, l’abbé Marc continue d’œuvrer dans la région en se consacrant à des engagements diocésains qui lui tiennent à cœur. Autrefois, il a été animateur du mouvement La Flambée pour les jeunes adultes (1982-1997) ; il est depuis plusieurs années animateur spirituel au Centre Notre-Dame-de-la-Salette à Chicoutimi ; et depuis 2008, il participe au ministère de l’évêque de Chicoutimi en présidant des confirmations de jeunes d’âge scolaire et de jeunes adultes. Beaucoup de gens de la région le connaissent donc avant tout comme un pasteur dévoué et attentif aux mouvements de leur vie.

Alors qu’il vient de publier le deuxième tome d’un commentaire sur l’Évangile de Jean tout à fait riche et original, je suis fière de lui faire hommage de ce portrait en guise de reconnaissance pour cinquante années d’engagement comme « serviteur de la Parole » (Luc 1,2).

Anne-Marie Chapleau, professeure à l’Institut de formation théologique et pastorale